Centre Jean-Bosco de Koudougou: un refuge pour personnes abandonnées

Le centre sociosanitaire Jean-Bosco de Koudougou, communément appelé «Lafi ziiga» accueille des personnes vulnérables : orphelins, enfants de la rue, veuves et femmes victimes de violences de toutes sortes. Sidwaya est allé à la rencontre des responsables et des pensionnaires de cet établissement social.

Il est 10 heures, ce mardi 16 avril 2019 à Koudougou. Les Koudougoulais vaquent à leurs occupations habituelles, sous un soleil de plomb. Assise sur une terrasse au Centre sociosanitaire Jean-Bosco de Koudougou, communément appelé «Lafi ziiga» (havre de paix en langue nationale mooré), la soixantaine révolue, Lalé Zoma se rappelle comme si c’était hier, l’histoire qui a fait d’elle aujourd’hui, une «sorcière». Pour cette pensionnaire, se rappeler les faits, c’est revivre ce passé douloureux. Le cauchemar de Lalé Zoma commence en 2007, lorsqu’elle perd son troisième fils. «Ma belle-famille m’a accusée de l’avoir tué. J’étais assise dans ma case en train de faire mon deuil, quand une foule de personnes est venue s’en prendre à moi. J’ai été traitée de mangeuse d’âmes et rouée de coups. Ma case a été incendiée», se souvient-elle. Dans la course-poursuite qui s’en est suivie, elle trouve refuge dans la brousse, le corps couvert de blessures, sans avoir eu le temps de prendre des vêtements. Humiliée, la sexagénaire a dû quitter le village, sans destination précise. «Je ne savais pas où aller. J’ai marché dans la brousse pendant quatre jours sans manger, ni boire. J’ai même pensé à un moment donné, mettre un terme à ma vie», relate-t-elle, les yeux embués de larmes. «Au quatrième jour de ma fuite, un jeune homme m’a aperçue, assise à l’ombre d’un arbre. Il m’a approchée et a échangé avec moi. Ayant eu pitié de moi, il m’a conduite au centre oasis Jean- Bosco de Koudougou. J’y vis maintenant depuis une douzaine d’années, sans nouvelles de mes enfants et de ma famille», rapporte-t-elle. Selon la directrice du centre, Clarisse Mussoni, la vieille Zoma est arrivée malade, le corps recouvert de nombreuses blessures. «Elle était toute affaiblie, avec le corps recouvert de nombreuses blessures. Notre première réaction a été de la prendre immédiatement en charge, de lui donner une douche, des vêtements et de la nourriture», soutient Mme Mussoni. Yyerega Luigi Bertrand Bama, un autre pensionnaire, est originaire du village de Pouni dans la province du Sanguié. Il est arrivé, au centre en 2018, après le décès de sa mère. Nourrisson de 15 mois à l’époque, très malade, il est abandonné par les siens. «Vu les circonstances, j’ai immédiatement entamé les démarches nécessaires auprès des services de l’Action sociale afin que celui-ci soit interné au Centre de récupération des enfants (CREN)), car il était mal en point. Aujourd’hui âgé de 3 ans, le petit va très bien», raconte Mme Mussoni.

« Décédés du SIDA »

En classe de CP2, I.K a 10 ans. Orpheline de père et de mère, elle a été abandonnée par ses proches. «Lorsque nous l’avons accueillie, elle était très mal en point», se souvient la responsable du centre. Tes parents viennent-ils souvent te voir ? A cette question, elle éclate en sanglots. Selon la directrice du centre, aucun des membres de sa famille, pourtant résidant à Koudougou, n’a daigné prendre de ses nouvelles. Au lieu d’être soignée, la « petite » a été rejetée par sa famille et déposée au «refuge», parce que ses géniteurs sont décédés du SIDA, regrette la patronne du centre. «Heureusement, grâce au centre, j’ai un toit où dormir, je pars à l’école et j’ai même des amis avec qui jouer», témoigne I.K, tout émue. Elle est actuellement, sous traitement antirétroviral, d’après Mussoni.

Sauvée de justesse

Le centre Jean-Bosco de Koudougou héberge actuellement quatre vieilles femmes. «Elles étaient auparavant au nombre de 18. Malheureusement, treize d’entre elles sont décédées. Et une autre a été récupérée par son fils qui vit en Côte d’Ivoire. Lors des décès, certaines familles ont refusé de prendre les dépouilles», fait savoir la directrice. En plus des femmes du 3e âge, l’établissement accueille des orphelins, des malnutris, des malades du SIDA, des femmes ayant fui le lévirat et des filles excisées. C’est le cas de Marie Zio, âgée aujourd’hui de 18 ans. Orpheline de père et de mère, elle est arrivée au centre à l’âge de 6 ans, en 2001, à la suite d’une excision qui a failli lui coûter la vie. Après avoir subi cette pratique, elle a été sauvée de justesse par un inconnu qui l’a laissée à la porte du centre. «Elle est arrivée dénuée de toute force. Nous l’avons conduit sur-le-champ à la clinique pour des soins», se souvient dame Mussoni. Après s’être rétablie, elle subira plusieurs interventions réparatrices. «Ces interventions m’ont permis de retrouver ma santé», soutient la jeune fille. Aujourd’hui spécialiste du tissage et de la teinture, Marie Zio transmet à présent son savoir aux autres pensionnaires. «C’est elle qui forme les nouvelles venues en technique de teinture du pagne tissé», souligne Mme Mussoni. A l’image de ces pensionnaires, ils sont environ 4 000 au Centre Jean-Bosco de Koudougou. « Nous recevons par an près de 400 personnes avec des cas différents », précise la responsable. Il existe au sein du centre une école primaire de neuf classes, réduite à six par manque de moyens, et un Collège d’enseignement général (CEG) au profit des pensionnaires. «Nous prenons en charge 220 élèves sans compter ceux qui sont parrainés mais fréquentent d’autres établissements», indique la directrice. C’est le cas d’Ernest Bationo. Il est inscrit en première année de Mathématiques et physique-Chimie à l’université Norbert-Zongo de Koudougou. Il affirme être à la charge du centre depuis ses premiers pas à l’école. «J’ai un vélo et chaque deux semaines, j’ai droit à une demi-tine de mil pour mon alimentation», confie-t-il.

Formées à l’autoemploi

Au centre Jean-Bosco, les femmes victimes de violences basées sur le genre (lévirat, mariage forcé, excision, refus de paternité) s’adonnent au tissage, et à la fabrication du beurre de karité. «Les articles qu’elles confectionnent sont envoyés en Italie pour des expositions- ventes. Les sommes engrangées récoltées leur permettront de s’installer à leurs propres comptes», affirme Clarisse Mussoni. Ces femmes sont autorisées à rester un bout de temps au centre. «Après leur départ du centre, nous continuons à les suivre pour voir si l’activité menée leur permet de vivre», renchérit-elle. Mamounata Ouédraogo, pensionnaire du centre, est aujourd’hui une tisseuse accomplie. Elle est devenue une formatrice. Elle est arrivée au centre avec ses gosses sous les bras, après la mort de son mari. «J’ai perdu mon mari. Avec cinq enfants sous les bras, je ne savais pas à quel saint se vouer. Mais, grâce au centre, j’arrive à prendre soin de mes enfants et à subvenir à leurs besoins», assure-t-elle. «Quand je vois toutes ces personnes joyeuses, je suis heureuse de savoir que j’ai fait œuvre utile dans ma vie», se réjouit Clarisse Mussoni.

Un travail reconnu

Malgré la noblesse de la mission du centre, des difficultés existent. En effet, à sa création, Jean-Bosco comprenait une clinique, une pharmacie et un centre de couture. Mais faute de moyens financiers depuis 2009, ses structures sont fermées. La directrice souhaite avoir un appui en personnel en vue de la réouverture de la clinique, étant donné que le matériel est disponible. «Cela va beaucoup nous soulager et éviter d’aller à l’hôpital pour des soins, sauf les cas très graves», estime-t-elle.
Aussi, le centre, fait-elle savoir, manque cruellement de fonds spécifiques pour sa gestion. «Nous vivons grâce aux dons de nos amis en Italie. Cette aide est parfois insuffisante. Depuis sa création, le centre n’a jamais reçu d’appui financier de l’Etat», déplore la directrice. Pourtant, l’établissement reçoit souvent, confie-t-elle, des cas référés par la direction provinciale de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire. Cela est effectivement confirmé par le directeur provincial du ministère en charge de l’action humanitaire, Jules Zongo. «Notre département reconnaît à sa juste valeur le travail abattu par le centre. Car, il contribue énormément au soutien des personnes vulnérables de la région du Centre-Ouest. Il nous arrive effectivement de référer des cas à la structure», relève-t-il. C’est pourquoi, la direction provinciale de l’action humanitaire, explique M. Zongo, suit les activités de Jean Bosco. Mieux, elle apporte des appuis-conseils dans la gestion des pensionnaires.

Fleur BIRBA
fleurbirba@gmail.com

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L’histoire du centre Oasis
Le centre oasis «Lafi Ziiga» de Koudougou a vu le jour en 1994, grâce à la bonne volonté de l’Italien, Mussoni. Celui-ci était venu au Burkina Faso, précisément dans le village de Goundi, à quelques kilomètres de Koudougou, pour servir comme un volontaire chez le frère Sylvestre, un religieux. Après un mois de séjour, Mussoni est reparti dans son pays natal. Par amour et par solidarité pour les populations de ce village, il est revenu vivre à Goundi pendant huit ans. «Ce que son père adoptif faisait l’a motivé à vouloir apporter son aide aux personnes vulnérables. Il l’a ainsi aidé à acquérir le terrain à Koudougou, pour construire le centre», explique son épouse, Clarisse Mussoni. Il fut baptisé centre socio-sanitaire oasis Jean-Bosco. La structure a été reconnue par l’Etat en 1996. Aujourd’hui, le centre emploie 17 personnes.

F.B.

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