Le processus Désarmement-démobilisation-réinsertion (DDR) au Mali est entré dans sa phase opérationnelle. En effet, un premier groupe de plus de 1 000 anciens rebelles a rejoint les rangs des Forces armées maliennes (FAMA), après trois mois de formation dans la région de Ségou. Avec cette première « promotion », le processus prévu par l’accord de paix d’Alger, signé en 2015, est officiellement sur les rails.

En somme, 74 000 ex-combattants armés ont été enregistrés dans le cadre du DDR, selon des chiffres officiels. Parmi eux, 4 000 hommes vont intégrer les rangs des forces armées, 2 300 environ dans les services paramilitaires (police, douane et autres) et le reste, dans la police territoriale (police municipale). Les 1000 premiers hommes qui viennent de rejoindre les FAMA sont issus des groupes signataires de l’accord d’Alger, tels que la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), la Plateforme, mais aussi des groupes dissidents tels que le MSA, avec une soixantaine qui s’est revêtue de grade d’officiers et les autres à des échelons inférieurs. Le démarrage de ce processus, qui a mis du temps à se concréti-ser, est un premier pas à saluer, car il a fallu une volonté politique des gouvernants et surtout des groupes armés.

La paix au Mali, et partout ailleurs, passe par des concessions. Il reste maintenant l’épineuse question de la réinsertion socioéconomique de tous ceux qui ne sont pas éligibles à cette intégration dans l’armée et dans les forces paramilitaires.
Cette réinsertion socioéconomique, qui ne manquera pas de rencontrer des
« poches de résistance », risque d’être plus longue, car plus complexe, en raison des questions liées aux financements. La conception de projets, l’étude de leur faisabilité, la recherche de financement… prendront un long et périlleux chemin. Si l’on sait que la réinsertion dans l’armée est prévue pour prendre fin en 2020 et celle socioéconomique conçue sur deux à trois ans, il faudra tenir compte des sautes d’humeur qui pourront naître chez les porteurs de projets impatients et insatisfaits quant aux montants qui leur seront servis pendant que leurs « frères d’arme », déjà intégrés dans les FAMA, se la coulent douce.

Comme du lait sur le feu, les autorités maliennes et la communauté nationale et internationale doivent surveiller ce processus de DDR et surtout l’accompagner, pour éviter à ce pays de retomber dans les travers de la violente crise qui l’a dévasté. Jusque-là, les efforts conjugués des différentes parties ont permis d’éviter un retour
« grave » à la case de départ et les conditions doivent être réunies pour maintenir la dynamique.

Ce processus, s’il venait à aboutir, permettra de taire définitivement les armes des groupes « sécessionnistes », pour faire plus sereinement face au terrorisme et aux affrontements intercommunautaires qui continuent de décimer des dizaines de populations, plus précisément au Centre du pays.
Au-delà du Mali, le retour à la normale avec les groupes armés profitera à toute la bande sahélo saharienne, parce que la multiplication des crises, dans ce « pays-rempart » aux effets pervers de la crise libyenne, a des conséquences incalculables sur le reste de la zone.
Quoique laborieux, le fragile processus DDR au Mali apparait comme un ouf de soulagement pour le pays et ses voisins. Il ne reste qu’à le soutenir pour qu’à terme, le pays puisse entamer ses vastes chantiers de développement, au sens propre comme au figuré, compte tenu du retard qu’a pris le pays et de l’étendue de son territoire.

Jean-Marie TOE

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