L’erreur médicale et le mal congénital !

Il ne devait pas lui injecter ce produit, mais il l’a fait avant de se rendre compte que c’était une erreur. Il n’a rien dit au malade, ils n’ont rien dit aux parents. Il y a des choses qu’on n’avoue pas. Pour son intervention chirurgicale, il y a eu une coupure de trop, une déchirure de plus et après avoir refermé son ventre, ils ont oublié de lui administrer un produit très important, il est resté sur la table. Quant à elle, elle était juste venue les voir pour donner une vie, elle n’a jamais pu « ajouter de la terre à la terre » ; elle a fini six pieds sous terre avec le poids d’un bébé de cinq kilos. Celles qui devaient s’occuper d’elle étaient occupées à regarder leur Télénovélas préféré, elles avaient d’autres chats à fouetter qu’une femme à délivrer.

Abandonnée sur la table d’accouchement, elle n’a pas eu un seul attouchement, elle a succombé à l’indifférence et à la négligence. Lui, a été alité et transfusé ; la transfusion ne devait pas se faire sans examen préalable, il était diabétique, il est resté dans son sommeil. La liste noire est peut-être encore longue, notre peine en est davantage. Combien entrent sur leurs deux pieds dans nos hôpitaux et en ressortent dans un cercueil à la suite des écueils ? Combien d’erreurs sont commises ou perpétrées par inadvertance ou par négligence ? Pour le profane, c’est Dieu qui a repris, mais en vérité, parfois c’est nous-mêmes qui prenons et sacrifions. Dans le secret des conciliabules entre confrères d’Hippocrate, on joue à l’hypocrite, on reconnaît avoir tacheté la blouse blanche de sang, mais on usera de subterfuges pour nier la bavure aux yeux du monde et justifier le drame. Seule la conscience jugera les faits, la déontologie a une hémorragie, le professionnalisme manque de sacerdoce. Voilà pourquoi on vous accouchera en vous insultant, on vous consultera avec une humeur noire, on vous plantera une seringue sans vous amadouer, sans vous rassurer.

J’ai la nostalgie des anciens infirmiers, ces toubibs bienveillants qui vous tâtent et vous écarquillent les yeux avec une tendresse qui soulage. Aujourd’hui, il y en a qui doubleront des gants pour vous toucher ; leurs interrogations ressemblent à un interrogatoire avec un ton péremptoire ; ils vous soignent comme on traite un bœuf à l’abattoir. Peu importe votre douleur, votre souffrance, ils arrêteront le rang à dix personnes, la onzième peut supplier et se plaindre, tant pis ! Ils sont pressés de rejoindre la clinique où des malades chics et pleins de frics les attendent. Pour votre rendez-vous à l’hôpital, revenez dans deux ou trois mois, si vous êtes toujours en vie ou rejoignez-le le même jour à la clinique, si vous êtes « forts ». Le pauvre peut se noyer, se baigner dans son sang et mourir au couloir, dans les allées ou au bas des escaliers des urgences ; le riche est bien accueilli et vite conduit en salle climatisée ou évacué à bord d’un vol médicalisé pour des soins plus spécialisés au pays du développement. Pendant ce temps, le maïeuticien d’Etat porte main forte à la sage-femme aigrie à la lueur de la lampe d’un téléphone portable quelque part dans les tréfonds du « pays réel ». Pendant ce temps, la parturiente en travail est transportée à dos d’âne vers le centre de santé le plus proche
à quinze ou vingt kilomètres de son « biotope ».

Très souvent, ces femmes enceintes sont ramenées inertes et sans souffle dans une charrette de fortune ; l’ambulance est en panne, le groupe électrogène se débat sans gêne ; le bloc opératoire ressemble à un dépotoir avec ou sans plafond, surtout n’y cherchez pas un bistouri, vous allez déranger les souris. Le plateau technique de nos hôpitaux sans chapiteaux est un tas de vétusté encombrante venus d’ailleurs. Demandez à faire un scanner ou une simple radiographie, on vous dira que c’est en panne depuis des mois. Pendant ce temps, le décideur prend son vol chaque mois pour enjamber le mouroir du peuple et atterrir à mille lieux de là pour se faire une « révision complète » et revenir promettre à la populace le changement dont il n’a même pas la volonté. Pourquoi allez en France, au Maroc ou en Tunisie pour des soins qu’on aurait pu avoir chez nous ? En quoi, sont-ils meilleurs que nos spécialistes ? Je me demande parfois comment vous faites pour ne pas mourir de honte à chaque fois que vous négligez les vôtres pour aller vous faire soigner chèrement chez les autres. Hélas, la honte ne tue que les dignes ! Après près de soixante ans d’indépendance, l’hôpital national reste un géant anémié, sous perfusion de faux espoirs, avec un personnel démotivé et « aigri », plus dangereux que la maladie. Tant pis pour les patients désabusés ! Alors, ne tombez jamais malade !

Mais si vous en avez envie, consultez d’abord votre carnet d’adresses et faites défiler les noms des docteurs et des professeurs. Soyez sûr que votre promotionnaire du petit séminaire est de garde ou de service ; rassurez-vous que le toubib cousin de l’oncle maternel du frère de votre ami de longue date est toujours à l’hôpital ; et venez le voir à 9 heures et n’ayez pas froid aux yeux de « brûler » le long rang des patients impatients qui attendent depuis 4 heures du matin. Votre grand beau est à l’hôpital ? Marchez sur les pieds du malade agonisant qui encombre le passage et entrez sans taper. Parce que, quand on ne connaît pas « quelqu’un » à l’hôpital, on n’est rien, on ne se paie pas le luxe de tomber malade, on meurt, point barre ! L’erreur est humaine, fatale quand elle est médicale, mais à qui la faute si le mal est congénital ?

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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