L’heure n’est pas à la sérénité dans la Corne de l’Afrique. Cette partie du continent connaît, depuis le dimanche dernier, un regain de tension marquée par un mouvement de soldats éthiopiens. Par centaines, les forces de défense nationale éthiopiennes ont occupé le territoire du Jubaland, une région de la Somalie qui revendique sa souveraineté. Cette manœuvre éthiopienne risque de plonger cette partie du continent noir dans un conflit entre les trois pays frontaliers avec la zone séparatiste. Ce sont la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya. Le pouvoir central somalien est engagé dans un bras de fer avec la région fédérale du Jubaland. Les soldats des deux camps se sont déjà affrontés. L’on sait aussi que le torchon brûle entre le Kenya et la Somalie à cause du soutien supposé de Nairobi au leader du Jubaland, Ahmed Madobe.

Le climat entre le Kenya et l’Ethiopie n’est guère meilleur. En 2019, les deux armées avaient failli s’affronter près de Kismayo, car Addis-Abeba voulait y renforcer sa présence. Mogadiscio qui entend reprendre la main sur la région du Jubaland a comme allié important le pouvoir éthiopien. De son côté, le Kenya en proie aux attaques terroristes perpétrées par les Shebabs utilise cette région comme zone-tampon. Pour cela, il compte vraiment sur Ahmed Madobe, un ancien membre fondateur du groupe terroriste Shebab repenti. Ce dernier qui a déjà fait ses preuves en mettant en difficulté ses anciens compagnons et est aujourd’hui un allié indéfectible du Kenya dans la lutte contre le terrorisme. Ces rivalités et jeux d’alliance montrent que la menace d’instabilité de la zone est imminente. Pour l’instant, aucune information n’est donnée par Addis-Abeba pour justifier ce déploiement de forces.

Mais selon certains analystes, il s’agit d’un message envoyé au Kenya de ne surtout pas essayer de changer la donne dans la région. Pour les observateurs, une dissension entre le Kenya et l’Ethiopie pourrait mettre en péril la stabilité de la région, alors que leurs troupes armées luttent conjointement contre le terrorisme sur le théâtre somalien. Il est clair qu’une dégradation de la situation sécuritaire ne sera nullement profitable aux différentes parties. Elle ne sera que du pain béni pour les groupes terroristes qui pourraient avoir une mainmise sur la zone maritime au potentiel pétroliers de Jubaland. Un conflit armé dans un contexte actuel marqué par la propagation du coronavirus serait un cocktail Molotov pour la zone. Le gouvernement kényan a annoncé lundi 23 mars 16 cas de coronavirus sur son territoire. Un cas de COVID-19 est aussi signalé en Somalie. Même si l’Ethiopie n’a pas encore signalé de cas, la menace est à sa porte. Une telle situation doit décourager les parties belligérantes à abandonner l’idée d’un affrontement pour une piste pacifique. A cet effet, l’Ethiopie et le Kenya pourraient mettre à profit le fruit de leur partenariat passé vieux de 50 ans.

Abdoulaye BALBONE

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