Inoussa Ouédraogo, président de l’UNPSB du Burkina : « Pour cette campagne, nous envisageons 20 mille tonnes de semences »

Dans cet entretien, le président de l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB), Inoussa Ouédraogo, fait le point de sa première année à la tête de l’organisation. Il y a eu beaucoup d’acquis, mais des défis à relever, selon le semencier.

Sidwaya (S.) : Après un an passé à la tête de la faîtière des semenciers, dites-nous comment se porte la filière semence ?
Inoussa Ouédraogo (I.O.) : En une année d’exercice, nous avons réalisé plusieurs activités. Mon équipe et moi avons participé dès mon installation à des rencontres d’envergure comme la Journée nationale du paysan (JNP) en 2019. Ce forum nous a permis de défendre notre union et de présenter certains projets de la filière semence. Nous avons eu par la suite la journée promotionnelle de semences agricoles certifiées améliorées de Ouagadougou en 2019. Cette rencontre a donné une visibilité à la semence améliorée et l’a rapprochée des producteurs. Cette foire a connu la participation de 1800 visiteurs en deux jours et a permis d’écouler 25 tonnes de semence. Grâce à l’accompagnement de nos partenaires dont le ministère de l’Agriculture, cette foire a été un véritable succès. Nous avons aussi eu des missions de suivi de la campagne dans les 13 régions du pays. Pour la campagne écoulée, nos prévisions étaient de 12 mille tonnes, en matière de production réelle, toute spéculation confondue. Mais en raison de l’insécurité et de la prolongation des pluies, nous sommes parvenus à 11 mille tonnes de semence certifiée. Par ailleurs, nous avons également pu renforcer nos partenariats avec les structures étatiques et les Organisations non gouvernementales (ONG). Nous avons eu une série de formations autour des thèmes comme les lois semencières, la mécanisation agricole, etc. Des membres de l’union ont également été formés à la production de la semence de base. Nous avons réussi à obtenir des équipements agricoles de qualité.

S. : Quels sont en ce moment les défis de l’union?
I.O. : La relecture de notre manuel de procédures afin de nous conformer à notre vision du moment, est l’une de nos préoccupations. Nous sommes en train d’élaborer notre plan stratégique de développement de la filière pour les cinq prochaines années. En termes de perspectives, nous avons l’ambition de mettre en place un centre de formation d’expérimentation et de mécanisation agraire. Cela va permettre de maîtriser nos outils, afin de relever le défi. Nous travaillons de sorte à avoir une ouverture sous régionale en matière de semence certifiée. Notre souhait est aussi de relancer la foire de semences de Ouagadougou dont la deuxième édition devrait se tenir cette année mais qui est ajournée du fait de la maladie à coronavirus. L’union œuvre également à l’amélioration de la qualité de ses produits via l’installation de petites unités de nettoyage et de calibrage des semences. Avec nos partenaires, nous comptons mettre en place des boutiques de semences plus proches des petits producteurs. Pour cette campagne, nous envisageons produire 20 mille tonnes. Il y a aussi la planification de la production que nous devons opérer avec l’appui des ministères de la Recherche et de l’Agriculture.

S. : Comment les semenciers vivent le COVID-19 ?
I.O. : Nous sommes dans la dynamique d’autoprotection et de respect des mesures barrières édictées par le gouvernement. En termes d’information, nous sensibilisons les producteurs afin qu’ils prennent toute la mesure de la pandémie. Avec notre partenaire allemand GIZ, nous avons obtenu des kits d’hygiène à distribuer à nos membres. Nous sommes dos au mur, étant donné que cette maladie pourrait amener certains producteurs à réduire leurs superficies, faute de main-d’œuvre.

S. : Comment se fait la fixation des prix des semences améliorées ?
I.O. : C’est de façon concertée que nous fixons les prix, et ce depuis longtemps. En fonction de la situation de la production, les prix peuvent varier d’une spéculation à une autre. En effet, chaque année, le ministère de l’Agriculture organise une rencontre avec l’ensemble des parties concernées. Nous discutons et nous aboutissons à un prix fixe. Cette année par exemple, les prix du riz et du maïs ont été revus à la baisse pour faire face à certaines difficultés d’ordre social.

S. : Comment avez-vous géré la fronde de semenciers de la région du Centre-Sud ?
I.O. : Cette question va bientôt connaître un dénouement heureux. Car, nous sommes en dialogue avec les producteurs qui ont des revendications.
En toute situation, nous sommes disposés et ouverts aux négociations. Quelle que soit la région où il y a des difficultés, nous sommes obligés d’aplanir ces querelles et travailler pour le développement durable de la filière.

S. : Quel rôle la semence améliorée joue-t-elle dans le cadre de l’autosuffisance alimentaire et l’adaptation au changement climatique ?
I.O. : Les semences améliorées certifiées sont conçues pour s’adapter aux zones agro-climatiques. En termes de cycle, de productivité, de rentabilité, de goût de rendement (…) elles sont très efficaces et recommandées. Les chercheurs travaillent à mettre au point des semences de qualité et adaptées à la nature des sols et au changement des saisons.
Avant, on avait des semences de 135 voire 140 jours de cycle. Avec le changement climatique, il est risqué d’emblaver ces variétés sous peine de ne rien récolter.

Entretien réalisé par Wanlé Gérard COULIBALY

 

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