Mali : l’intransigeance de la CEDEAO

Quand bien même la junte malienne a donné des gages d’une franche coopération avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO) dans la mise en place d’une transition civile, l’institution sous régionale traine les pieds pour lever les sanctions. Le chef de la junte, Assimi Goïta et ses hommes ont renoncé à diriger la Transition en confiant les rênes du pays, comme elle l’exigeait, à un militaire retraité en la personne de Bah N’Daw. Un grand pas a été également franchi avec la nomination d’un Premier ministre, Moctar Ouane, un civil. Trois jours après la nomination du chef du gouvernement, l’on s’attendait à ce que la CEDEAO lève les sanctions dont les effets se ressentent dans le quotidien des populations. L’on se demande si la vision qui est de faire de l’institution sous régionale, une CEDEAO des peuples est toujours d’actualité. Il est vrai que certains points de désaccord persistent dans les négociations, notamment la version finale de la charte de la Transition et les prérogatives du vice-président. Mais au regard de la bonne volonté affichée par les putschistes, les chefs d’Etat de la sous-région devraient procéder à la levée des sanctions, le temps que toutes les exigences soient prises en compte. Cette intransigeance de la CEDEAO est plus préjudiciable au peuple malien qu’aux militaires au pouvoir. Si l’institution est soucieuse de travailler au service des peuples comme cela est clamé depuis plusieurs années, c’est dans ces circonstances particulières qu’elle devrait faire preuve de réalisme. Depuis le départ du pouvoir du président élu Ibrahim Boubacar Keita, le 18 août dernier, la junte a manifesté sa bonne foi de maintenir le dialogue avec les instances sous régionales. D’ailleurs, c’est ce qui a permis d’avancer dans la mise en œuvre de la Transition civile. Il serait inopportun de vouloir se montrer intraitable avec la junte malienne, alors que l’institution est inaudible sur d’autres préoccupations dans la sous-région. Si la CEDEAO veut incarner les idéaux de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest, elle devrait avoir les mêmes exigences envers les chefs d’Etat qui bafouent les Constitutions pour se maintenir au pouvoir. Au Togo, le président Faure Gnassingbé s’est fait élire à un troisième mandat au mépris des règles constitutionnelles. Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire et en Guinée-Conakry, c’est dans un climat d’incertitude que les deux chefs d’Etat sortants, Alassane Ouattara et Alpha Condé, veulent rempiler, tous les deux, pour un troisième mandat. Tout cela, dans une interprétation tendancieuse des lois fondamentales de leurs pays. Sur ces situations qui présagent de lendemains incertains dans ces deux pays et dans la sous-région, la CEDEAO donne l’impression de faire la politique de l’autruche. Après, quand ce qui pouvait être évité se produit, on en vient à jouer les sapeurs-pompiers de circonstance. La démocratie se construit dans le respect des institutions qui garantissent sa consolidation, des textes et dans la prise en compte de la volonté des peuples. L’idéal d’une CEDEAO des peuples sera effectif lorsque les chefs d’Etat auront l’audace de fustiger les comportements antidémocratiques de certains de leurs homologues.
Il ne saurait y avoir de traitement particulier pour des militaires qui prennent le pouvoir par la force et des chefs d’Etat qui se plaisent à jouer les potiers en modifiant les constitutions à leur guise. Autant il faut condamner les coups d’Etat, autant il faudra empêcher les modifications constitutionnelles. C’est dans cette perspective que les peuples de l’espace communautaire sentiront que la CEDEAO travaille en leur faveur et à l’enracinement du processus démocratique. C’est à l’aune de cette exigence qu’elle pourra parler d’une seule voix et de manière cohérente pour l’avènement de la monnaie commune dans l’espace.

Karim BADOLO

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.