Campagne Eco-bio au Faso: La consommation saine  décryptée par des regards pluridisciplinaires

Le programme de formation de Agrinovia de l’université Joseph Ki-Zerbo, en partenariat avec Mani Tese, Acra, Chico Mendes et la coopération italienne, a organisé un panel interdisciplinaire sur « l’alimentation saine », le vendredi 30 avril 2021, à Ouagadougou.

Le secteur de l’alimentation étant capital et déterminant dans l’existence humaine mérite d’être au centre d’une réflexion pluri disciplinaire. Dans le cadre d’une campagne Eco-bio, le programme de formation de Agrinovia de l’université Joseph Ki-Zerbo, en partenariat avec Mani Tese, Acra, Chico Mendes et la coopération italienne, a donné la parole à des chercheurs, enseignants-chercheurs et acteurs du développement pour appréhender la question de l’alimentation saine. Un panel interdisciplinaire sur le sujet, qui a eu lieu le vendredi 30 avril 2021, à Ouagadougou, a permis aux différents intervenants d’aborder l’alimentation sous divers angles. Le premier intervenant, Pr Henri Nestor Bassolé, enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo, a planté le décor sur ce que la notion de l’alimentation saine. S’appuyant sur l’acception de l’OMS, le professeur titulaire de biochimie a indiqué l’alimentation saine se conçoit comme étant diversifiée, constituée notamment de fruits et légumes, légumineuses, céréales complètes et noix et incluant peu de composants présentant un risque pour la santé. Elle suppose, a-t-il précisé, une réduction sensible des viandes rouges, des sucres, du sel et des féculents. Pr Bassolé a fait le constat que les Africains au Sud du Sahara consomment sept fois plus de céréales qu’il n’est recommandé. Comment corriger une exagération ? Pour lui, il faut passer par une éducation nutritionnelle de la population. « Je prends l’exemple du haricot que les gens ont tendance à abandonner alors que c’est un aliment qui est recommandé. L’un de ses problèmes, c’est la flatulence après consommation. Mais il y a des transformations qui permettent de réduire drastiquement la flatulence », a-t-il argué. A l’entendre, l’on peut manger sainement au Burkina d’autant plus que le pays regorge d’une gamme variée de fruits et de légumes.

« Comment manger local et sain »

L’enseignante-chercheur à l’université Jospeh Ki-Zerbo,Dr Rasmata Bakyono/Nabaloum, s’est appesantie, dans son intervention sur comment manger sain dans un contexte où l’on encourage la consommation locale. « Les gens cherchent non seulement à consommer local, mais à consommer sain aussi. C’est défi de tous les jours d’autant plus que la disponibilité n’est pas toujours au rendez-vous. Nous avons un certain nombre de produits, mais les conditions de production, de transformation et de consommation montrent qu’il y a encore beaucoup à faire », a-t-elle souligné. Au-delà des initiatives individuelles à vouloir consommer local et sain, a relevé Dr Bakyono, c’est de faire en sorte que cela devienne une préoccupation prise en charge par les plus hautes autorités afin de permettre aux consommateurs d’avoir à disposition des produits de qualité saine. Pour relever le défi de la consommation locale et saine, la psychologue a suggéré, entre autres, de passer par l’éducation nutritionnelle, le développement de la culture bio, le contrôle et la labélisation des productions locales.

La toxicité des pesticides

Quant au Pr de Chimie à l’université Joseph Ki-Zerbo Yvonne Bonzi, elle a abordé l’utilisation des pesticides dans l’agriculture. De son avons, ces produits causent énormément de problèmes étant donné leur toxicité très élevée. Les producteurs et transformateurs, a-t-elle indiqué, doivent veiller au respect strict des règles d’utilisation des pesticides dans leurs exploitations. « Des organismes ont classé les pesticides selon leur degré de toxicité et indiqué dans quels domaines ils pouvaient être appliqués. Les doses létales ont été déterminées pour classifier ces produits et permettre de dégager des limites de résidus acceptables dans une production agricole », a détaillé Pr Bonzi. Aux dires de la chimiste, il est difficile pour un consommateur normal de percevoir la présence des pesticides dans les produits parce qu’ils sont invisibles. De ce fait, elle a souhaité que le pays puisse disposer d’une plate-forme d’analyse des résidus de pesticides pour voir les teneurs dans les aliments afin d’obliger les producteurs à faire usage des bonnes pratiques agricoles. « Toutefois, on peut savoir à l’œil nu si un site est complètement pollué. Si par exemple on vend de la salade sur ce type de site, il faut s’abstenir d’en acheter », a-t-elle précisé.

Le médecin nutritionniste, enseignant à l’université de Ouahigouya, Dr Steve Léonce Zoungrana, a axé sa communication sur les vertus du moringa et la solution qu’elle représente dans la lutte contre l’obésité. « Le moringa possède beaucoup de propriétés nutritionnelles en macro et micro nutriments. Les macronutriments contiennent des lipides de bonne qualité qu’on appelle les omégas 3 qui sont des acides gras polyinsaturés. Les oméga3 sont très recherchés en nutrition et médecine. Les feuilles du moringa sont très riches en protéines, en vitamine A, C, en potassium. Tous les macro et micro nutriments se retrouvent dans cette plante », a-t-il laissé entendre.

Une solution contre la malnutrition

En ajoutant de la poudre des feuilles séchées du moringa à la bouillie, a déclaré Dr Zoungrana, cela peut aider à lutter efficacement contre la malnutrition chez les enfants de six à 59 mois. Dr Eveline Sawadogo/Compaoré, chercheur à l’INERA, a, dans son exposé, sur les dynamiques du système social dans l’alimentation au Burkina Faso mis l’accent sur le rôle que jouent les parents dans le choix des produits à consommer dans les familles.

Pour le coordonnateur du Programme, AGRINOVIA, Pr Jacques Nanema, a expliqué que c’est sous l’angle du partenariat que le panel interdisciplinaire a été initié parce que les acteurs du développement doivent être aussi des acteurs de la réflexion sur les meilleures conditions de notre développement. « Il était absolument important d’organiser ce panel pour inviter à la fois des chercheurs, enseignants-chercheurs, des acteurs du développement et des initiateurs de certaines dynamiques de l’agroécologie et l’agriculture bio et des étudiants pour réfléchir sur cette question centrale de l’alimentation et des conditions sanitaires dans lesquelles nous nous nourrissons », a-t-il soutenu. Pour lui, garantir sa propre santé et celle de sa famille passe par une réflexion qui doit à la fois affronter les questions de production, de transformation, de circulation et de commercialisation des produits de l’agriculture. Pr Nanema s’est réjoui de la qualité des différentes communications faites par les intervenants et qui ont démontré la pluri dimensionnalité de la question de l’alimentation. « Il est absolument important d’apprendre à aborder les problèmes de façon multilatérale et polyvalente parce que c’est de cette façon qu’on se donne la chance d’avoir une vue d’ensemble et systémique pour proposer des solutions holistiques.  La diversité des points de vue a été très nourrissante et la salle a été réceptive à cela », a-t-il ajouté. Le programme Agrinovia est né en 2008 et s’est transformé en master en 2011 avec comme leitmotiv l’idée qu’il faut apprendre à innover en partenariat.

Karim BADOLO

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