Réalisation des infrastructures du 11-Décembre : « Je vois toujours le verre à moitié plein », Fatoumata Benon, gouverneure du Plateau central

Partout, peu importe la manifestation, elle mobilise, sensibilise, interpelle… sur la nécessité de réussir l’organisation de la fête de l’indépendance à Ziniaré. Fatoumata Benon, gouverneure du Plateau central, dans cet entretien, fait le point de l’état d’avancement des travaux des infrastructures à réaliser dans le cadre du 11-Décembre.

Sidwaya : A l’occasion des festivités du 11- Décembre 2021, de nombreuses infrastructures seront réalisées dans la région du Plateau central. Ont-elles connu un début de démarrage ?

Fatoumata Benon (F. B). : Aujourd’hui, l’organisation du 11-Décembre s’est standardisée. Depuis quelques années, ce sont des investissements structurants qui sont réalisés dans la région-hôte. Pour ce qui concerne le Plateau central, la construction de la salle polyvalente a commencé et les travaux avancent assez bien. Le chantier est juste en face de mes bureaux. J’ai donc moi-même l’occasion de superviser le travail chaque matin. Le terrassement de la place de la Nation est déjà fait. Pour la cité des forces vives et pour ce qui concerne la commune de Ziniaré, plus de 800 parcelles ont été affectées, les attributaires identifiés, les études de sols effectuées et les voies sont en train d’être dégagées. Dans le cahier des charges, il est prévu que les autoconstructeurs paient une caution en fonction de la catégorie, ce qui a été fait. Dans la procédure, il faut également des autorisations de construire. Le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics (LNBTP) a fait son travail avec diligence pour permettre aux attributaires de commencer rapidement les constructions. La Maison de l’entreprise nous a fait des facilitations pour que les gens puissent déposer leurs dossiers, avoir les autorisations de construire et de disposer à la fin, des titres de propriété. Dans quelques jours, je prévois des sorties de terrain avec mes collaborateurs techniques et les collectivités de Ziniaré pour constater l’avancée des travaux. Eventuellement, nous procéderons aux retraits de parcelles à ceux qui n’ont pas encore débuté, car il est prévu un délai d’exécution des travaux, conformément au cahier des charges établi par la mairie de Ziniaré. En ce qui concerne les logements sociaux, 53 ont été réceptionnés à Ziniaré, 97 sont en cours de construction et 100 logements économiques non encore implantés. A Zorgho, il y a 40 logements sociaux et 10 logements économiques qui sont réceptionnés. A Zorgho et Boussé, il est également prévu des cités des forces vives. Et à cet effet, nous avons obtenu pour Zorgho, 156 hectares et pour Boussé 46 hectares. Etant donné que les techniciens ont fini à Ziniaré, ils vont se déployer sur ces deux villes pour le travail technique préalable. En termes de voiries, Zorgho et Boussé vont bénéficier d’un certain nombre de kilomètres. Il y aura des travaux connexes comme des éclairages solaires, des forages, des clôtures pour infrastructures éducatives et/ou sanitaires, des plantations d’arbres…

S : Au niveau des deux autres chefs-lieux de province (Boussé et Zorgho), les
travaux ont-ils aussi
commencé?

F. B. : Oui ! Des travaux de certaines infrastructures ont déjà commencé. Pour d’autres, ils sont au stade technique.

S : Aujourd’hui, tous les marchés pour exécuter les chantiers du 11-Décembre ont-ils été attribués ?

F. B. : Absolument ! Tous les marchés ont été passés. Beaucoup d’entreprises retenues ont déjà travaillé dans le cadre du 11-Décembre. La liste des entreprises est connue et celles-ci s’activent déjà pour le travail demandé. Elles ont une réputation nationale ainsi que les bureaux d’études. Nous avons eu une rencontre de prise de contact avec ces entreprises. Cela a été l’occasion pour le ministère des Infrastructures d’interpeller chacun sur son rôle et sa responsabilité quant à la bonne exécution de tous les travaux.

S : Vous avez plaidé pour la prise en compte des entreprises locales dans l’attribution des marchés. Sont-elles bénéficiaires de certaines infrastructures ?

F. B. : Ce plaidoyer a été entendu. Il faut rappeler que notre système de passation de marchés est organisé de sorte qu’il y ait une concurrence. On procède par appel d’offres, dépôt de dossiers. Des entreprises locales ont postulé et certaines ont été retenues. Pour ce qui est de la main-d’œuvre locale, je lance un appel aux jeunes qui seront recrutés par les entreprises, d’être d’une grande disponibilité. Les infrastructures doivent être réalisées dans un temps record et être de très belle facture.

S : Pour le suivi de la qualité des infrastructures, il a été annoncé la mise en place d’un comité régional. Quel est son rôle ?

F. B. : Le comité dont vous faites cas ne répond pas directement de la gouverneure de la région. C’est une initiative portée par les forces vives de la région qui ont voulu apporter leur contribution citoyenne. Du reste, lorsque l’Agence des travaux d’infrastructures et du bâtiment (AGETIB) a organisé sa rencontre de prise de contact avec les entreprises déléguées, elle a salué cette démarche et demandé à la société civile de s’investir pleinement dans ce travail de veille et de contrôle.

S : Plusieurs partenaires se sont engagés à réaliser de nombreuses infrastructures socioéconomiques de base. Y-a-t-il des signes dans ce sens ?

F. B. : Absolument ! Je prends l’exemple de Orange Burkina qui doit construire un « village Orange », une école. La compagnie de téléphonie a déjà commencé son travail dans le village de Sa, à quelques encablures de Ziniaré. La téléphonie mobile Moov Africa doit également ériger un monument dans la ville de Ziniaré. J’ai rencontré l’équipe de Moov Africa. Elle a donné l’assurance de le faire. La Poste Burkina a également prévu la construction d’un centre de santé. Elle a déjà recruté une entreprise, le site a été identifié. La LONAB également, à travers une délégation de services, doit construire deux centres de santé dans la région. Nous sommes avancés sur ces dossiers.

S : Au niveau de la cité des forces vives, les parcelles ont été attribuées et les propriétaires terriens indemnisés. Peut-on, aujourd’hui, considérer ce dossier clos ?

F. B. : Oui, le dossier est clos dans certains aspects. Des parcelles ont été affectées et l’on a remis les documents d’affectation aux propriétaires terriens. Il y a un lot de terrains qui était resté. Il y a une commission ad hoc qui est présidée par le maire de Ziniaré, Pascal Compaoré. Cette commission a reçu des réclamations entre temps. Il y a eu des citoyens qui étaient attributaires. Mais sur les parcelles, il y avait des obstacles tels des tombes, des rochers… c’était inexploitable. Ces cas ont été traités. Il y a donc eu une liste additive qui a été traitée. A ce stade, on ne peut plus parler d’ouverture ou de réception de nouveaux dossiers ou d’affectation de terrains pour ce qui est de l’autopromotion. Pour les propriétaires terriens, c’est un autre cas. Il avait été négocié que par nombre d’hectares cédés, un certain nombre de parcelles soit affecté. A Ziniaré, c’était cinq terrains par hectares et un sixième terrain si des maisons devraient être détruites par les aménagements. La commission a travaillé à désintéresser les propriétaires terriens. En la matière, l’Etat ne sert pas d’indemnisation financière, celle-ci se fait en nature, en nombre de terrains. Dans le cas de Ziniaré, les propriétaires terriens qui ont été identifiés depuis longtemps ont été indemnisés. Nous sommes au stade des réclamations. Quand on parle de réclamations, ce sont des cas où les domaines des citoyens se sont retrouvés sur des tombes, des rochers… Les terrains sur lesquels, il y a des tombes ont été remis aux familles des défunts.

S : Plusieurs bénéficiaires de parcelles dans la cité des forces vives évoquent des problèmes d’accessibilité au site. Qu’est-ce qui sera fait pour leur faciliter la tâche afin d’accélérer la réalisation des travaux ?

F. B. : Il faut saluer le fait qu’au niveau du gouvernement, il y ait eu une volonté d’accélérer les travaux. Souvent, lorsque l’aménagement est fait, on donne à chacun les références pour l’autopromotion ou les questions d’indemnisation, c’est vers la fin qu’on fait une sorte de profilage et on réalise les voies à bitumer au sein de la cité des forces vives. Pour le cas de Ziniaré, les bouchées ont été doublement mises pour permettre aux autopromoteurs d’être plus ou moins à l’aise. Ce sont des difficultés inhérentes à toute opération d’envergure comme celle de l’aménagement dans le cadre du 11-Décembre. Je demande de la patience aux différents promoteurs, parce que nous sommes en saison hivernale, tout ce qu’on fera là-bas, il y aura de la boue. Mais que les uns et les autres soient rassurés, les aménagements vont se faire de telle sorte que la mobilité soit effective et fluide à la fin des travaux, pour qu’ils soient à l’aise. Trois kilomètres de routes bitumées sont prévues dans la cité des forces vives. Cela va permettre une bonne mobilité des résidents. Tous les grands projets de ce genre ne peuvent pas se réaliser sans quelques désagréments.

S : Etes-vous optimiste quant à la capacité des entreprises à livrer les travaux à bonne date ?

F. B. : Je suis optimiste. Personnellement, je vois toujours le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Cela aide à avancer et à relever les défis. Du reste, j’ai interpellé les entreprises pour leur dire de mettre les bouchées doubles. A tous les autres acteurs, collectivités, personnes morales, de ressources, leaders associatifs, coutumiers et religieux, j’ai demandé d’accompagner le processus. Si chaque maillon fonctionne, nous pourrons avoir, dans les délais, au moins ce qui est prévu, nécessaire pour une célébration réussie.

S : A la prise du flambeau du 11-Décembre à Banfora, nous avons vu une forte mobilisation des populations autour de l’événement. Que faites-vous pour le maintenir intact ?

F. B. : Nous mobilisons les uns et les autres par le partage d’informations et la communication sur tout ce qui se fait. Nous avons mis en place un dispositif de partage d’informations avec tousmes collaborateurs, hauts- commissaires, maires,
responsables des services déconcentrés et décentralisés. Nous utilisons également les technologies de l’information et de la communication, les réseaux sociaux (groupes Whatsapp, Facebook). On a surtout les médias qui nous offrent des plages, je remercie les Editions Sidwaya pour cette belle tribune, pour mobiliser les forces vives, sensibiliser les populations. Tout ce qui se fait, si ce n’est pas suffisamment expliqué, les populations auront l’impression que les choses ne fonctionnent pas comme elles le souhaitent, alors que chacun a son rôle à jouer. Dans les questions de développement, il y a une responsabilité collective et individuelle. L’Etat à lui seul ne peut pas tout faire. Nous allons maintenir cette mobilisation à travers les échanges, dans les cadres de partage d’information, de rencontres périodiques.

S : L’une des activités-phares du 11-Décembre, c’est aussi la foire. Comment se prépare-t-elle ?

F. B. : La foire se prépare bien. Des avancées significatives sont à noter. La structure chargée de l’organisation a été recrutée à la suite d’un appel à candidature. Un site a déjà été identifié pour abriter la foire. Au niveau régional, nous avons pris sur nous, comme cela doit se faire, d’informer sur la tenue de la foire et instruire que les acteurs régionaux puissent être très représentés. Nous avons la Chambre des métiers, la Chambre régionale d’agriculture, la Chambre régionale de commerce, la Maison de l’entreprise, des associations de femmes, les structures de jeunes. Le dispositif prévoit qu’à une certaine période, une équipe des organisateurs viennent enregistrer les souscriptions de ceux qui veulent prendre part à la foire. La participation à la foire du 11-Décembre est payante pour les exposants.

S : Dans plusieurs localités, les préparatifs des festivités du 11-Décembre ont rimé avec une certaine dépravation des mœurs, notamment des grossesses non désirées. Pour ce qui est du Plateau central, avez-vous pris des mesures préventives ?

F. B. : Ziniaré est l’édition de la capitalisation de tout ce qui s’est passé partout ailleurs. Cela veut dire que nous devons nous inspirer des bonnes pratiques et transformer ces risques en opportunités. Un dispositif a déjà été mis en place et nous avons commencé à parler et faire le plaidoyer depuis l’année dernière, à travers l’antenne régionale du Secrétariat permanent du Comité national de lutte conte le SIDA et les IST (SP/CNLS-IST) qui a proposé un dossier à ce sujet. Au niveau national, le SP/CNLS-IST a écrit aux différents ministères en charge de la réalisation des grandes infrastructures, pour leur rappeler la mission de faire travailler les entreprises et les ouvriers dans un environnement sain, loin des maladies. L’antenne régionale a un plan d’actions sur le sujet. Il y a aussi le Conseil régional des OSC qui mène une campagne contre les IST, les grossesses non désirées, etc. C’est le lieu pour moi d’appeler tous les partenaires qui peuvent accompagner ces initiatives à le faire. Nous allons travailler à éviter que chaque entreprise aille toute seule s’entendre avec des acteurs de la société civile pour mener des actions de lutte. Nous voulons une approche holistique et synergique. Nous voulons de la visibilité, de la traçabilité et qu’au moment venu, nous puissions faire le point de tout ce qui a été mené. Il faut aussi que les actions soient étendues aux provinces, aux communes, aux villages de la région, compte tenu de la mobilité de l’ensemble des acteurs.

Interview réalisée par Djakaridia SIRIBIE
Elodie NIKIEMA
(Stagiaire)

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