A qui est ce monde ?

Ce monde appartient à de méchants vendeurs d’illusions, dans un marché de dupes où la vérité a un visage hideux ; où le bien porte la soutane des morts ; où le bonheur des uns s’épanouie dans la douleur des autres en détresse. Le malheur fait jubiler la terreur dans toute sa laideur. Au coin du sourire de l’homme, la beauté dispute l’horreur des calamités avec une humanité en chute libre. L’homme n’est plus un simple loup pour l’homme ; j’ai vu au zoo des loups apprivoisés par l’homme, se laisser caresser par l’homme.

J’ai vu des lions amadoués jouer au cirque avec une tendresse qui défie la sagesse du maître. Quand je taquine mon chien à la maison, il réplique au jeu avec ses crocs en mordant, sans faire mal. L’humanité est en proie à l’animosité de l’homme. Il suffit de fermer les yeux pour ne plus voir le mal et le mal n’existera pas. Il suffit de se boucher les oreilles pour ne pas entendre les clameurs et les lamentations. La pitié ne renvoie plus à la piété ; on peut se prosterner et prier un certain dieu de bonté et égorger le prochain au nom du même dieu qui a l’apanage de juger.

On peut être bien portant et tirer à bout portant sur son semblable sans se sentir coupable. Avec un bon avocat, on peut sortir acquitté et blanchi d’un tribunal avec les mains toujours tâchées de sang. On ne sait plus à quel saint se vouer ; la sainteté n’a plus d’odeur que de puanteur. Les bouées de sauvetage sont des ballons troués jetés au large, dans la houle du destin qui sombre. Le plus fort a tort, mais c’est de l’or du faible qu’il creusera jusqu’au pied du cerbère qui crie à l’enfer. Autour de la margelle des puits de pétrole, de géants s’abreuvent dans une marre de mazout en s’empoignant avec des buchettes enflammées entre les doigts.

La terre est un havre de paix sur une poudrière où couvent les victuailles de la guerre. Un jour, la boîte de pandore finira par s’ouvrir et le bourbier des uns sera l’enfer de tous. Ce monde est fait de terre et de chair bâti sur du sable mouvant en attendant le cataclysme final. Sous le regard louche d’une certaine communauté internationale, on cherche la paix avec des armes de guerre. L’équilibre de la terreur est une erreur irréversible. Avec le droit de véto, on peut oublier son devoir et s’opposer à la paix qui sauve des vies. On inventera des maladies pour tester et vendre les médicaments ; on opposera les peuples pour mieux leur vendre des armes.

La guerre est devenue un marché où les meilleures affaires portent la culpabilité l’irréparable. Des instances au sobriquet de « machin » brandiront un drapeau blanc sur la scène du crime en entretenant la gangrène avec de la bétadine . On portera un casque bleu pour infliger des bleus à la pucelle sans défense qui crie au secours.

On condamnera les jeteurs de pierres sans blâmer le tireur d’élite qui décapite à distance. On marchera sur sa soutane pour se rabattre sur le néophyte désabusé qui peine à se fier au credo. Après tant de fumée blanche, la tiare papale revient de droit à la « caboche » au visage pâle. Même Dieu, celui qui existe, est un blanc !

Il y a trop de mensonges indicibles sous le couvert de l’omerta ; il y a trop d’injustices légitimées et acceptées au forceps. Entre les œillères de l’ignorance, l’homme n’a pas la même valeur ou le même prix selon qu’il est blanc, jaune, brun ou noir. Dans l’âme des hommes de l’espèce, il y a la même flamme. Pourquoi donc tant de clivages et de distances ? Pourquoi tant de cupidité et tant d’animosité ?

Finalement, à quand le grand déluge ? A quand le grand bigbang, pour tout recommencer ou tout abandonner ? Ce jour-là, les gratte-ciel aux pieds d’acier se mettront à genou ; les fabricants et vendeurs d’armes de destruction massive feront partie de la masse de l’hécatombe ; les explorateurs en quête d’extraterrestres et de cagibi paisible sur Mars ou sur la lune seront à la une de la liste du pogrom.

Et le monde sera un vaste champ de silence assourdissant, où seule la voix du grand Maître retentira. Et nos egos ne seront plus perceptibles dans le capharnaüm du jour fatidique. Et nos mesquines querelles intestines flotteront au-dessus des eaux de la mort. Et finie, la gloire éphémère des géants aux pieds d’argile ; fini, le confort blindé des intouchables aux abois. Finie, la vanité des hommes, pour un nouveau karma avec une nouvelle espèce plus digne.

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

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