Lutte contre le terrorisme : « la défense de la patrie est une urgence pour tous», Roch Marc Christian Kaboré

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a accordé une interview à la télévision nationale, au quotidien Sidwaya et à Oméga TV à l’occasion de la fête nationale le samedi 11 décembre 2021. Pendant une heure et demie, le chef de l’Etat s’est prêté aux questions des journalistes.

La situation sécuritaire dégradée, la réconciliation nationale, l’enquête sur le drame d’Inata, le retour de Blaise Compaoré, le nouveau gouvernement ont été, entre autres, les différents sujets abordés avec le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré avec les journalistes Kader Patrick Karantao de Sidwaya, Jean Emmanuel Ouédraogo de la RTB et Brigitte Yoda de Oméga TV, le samedi 11 décembre 2021. Dans ce face-à-face qui a duré une heure 34 minutes, le chef de l’Etat n’a éludé aucune question. A propos de la dégradation de la situation sécuritaire, le chef de l’Etat a d’emblée reconnu sa gravité et évoqué la nécessité pour les Burkinabè de s’unir pour endiguer le péril terroriste. « Nous devons prendre l’engagement pour venir à bout du phénomène. Le terrorisme auquel nous faisons face est transfrontalier. On est conscient de la nécessité que tous les Burkinabè se rassemblent pour faire face à ce fléau et à cette difficulté qui endeuille notre pays et occasionne des déplacements massifs dans notre pays », a-t-il souligné. Selon le président Kaboré, en tout état de cause, il faut tenir bon face à l’adversité. D’où son appel aux Burkinabè qu’au-delà des divergences, la défense de la patrie est une urgence et une nécessité pour tous. A ceux qui pensent qu’il n’est pas l’homme de la situation, Roch Marc Christian Kaboré a répliqué que c’est une lecture simpliste que de voir les choses sous cet angle. « Les grands pays traversent parfois des difficultés. Mais ce n’est pas en pleurnichant que nous allons nous en sortir. Il n’y a pas d’homme de la situation dans la lutte contre le terrorisme, c’est un combat asymétrique, c’est un combat qui nécessite l’engagement de tous.

Il ne doit pas y avoir de failles entre les Burkinabè », a-t-il souligné. Et de déplorer que des Burkinabè contribuent consciemment ou inconsciem-ment à faire en sorte que les terroristes connaissent les positions des Forces de défense et de sécurité et sachent les actions qu’ils doivent mener. Sur la nomination du nouveau Premier ministre Dr Lassina Zerbo, le chef de l’Etat a dit considérer qu’il fallait redonner du sang neuf à l’Exécutif. « Sur le plan de la compétence, nous n’avons rien à dire sur Lassina Zerbo. Sur le plan de sa capacité à apporter du sang neuf à l’Exécutif et à exécuter les missions pour lesquelles il a été nommé, les prochains jours nous donneront l’occasion d’apprécier la qualité de la personne », a-t-il indiqué. Dès cette semaine, a informé le président Kaboré, il aura sa feuille de route. A l’entendre, le fait qu’il ait fait appel à un compatriote qui vit à l’étranger n’est pas un handicap. « Si on se met au travail, si on cherche à comprendre les fondamentaux de ce pays, il n’y a pas de problème », a-t-il rassuré.

Une cohérence dans les fonctions

Pourquoi la décision de former un gouvernement resserré ? Le président du Faso a affirmé qu’il était important de réduire le nombre de ministres et de donner une cohérence dans les fonctions qui sont attribuées aux membres du gouverne-ment. « Nous devons travailler dans l’intérêt des Burkinabè et dans celui de notre pays. Dans la situation actuelle, il faut regarder les choses en face et leur trouver les solutions les plus appropriées », a-t-il ajouté. Sur la question sécuritaire dans certaines régions du pays, Roch Marc Christian Kaboré a fait remarquer que le Burkina n’est pas en train de perdre une guerre. « Nous avons une situation difficile dans ces différentes zones. Nous sommes en même temps dans le combat contre le terrorisme et dans une réorganisation de nos forces de défense et de sécurité.

Ce qui rend difficile la situation parce nous sommes au four et au moulin. Nous allons y arriver. Nous traversons des moments difficiles, mais je suis contre le défaitisme qui consiste à dire que la guerre est perdue », a-t-il dit. Selon lui, les Burkinabè doivent se mettre ensemble et soutenir conséquemment les FDS qui luttent sur le théâtre des opérations pour défendre la patrie. C’est pourquoi, il a laissé entendre que la réduction du train de vie de l’Etat doit se faire. Le budget de l’Etat supporte 58% des salaires, ce qui, a-t-il relevé, pose le problème des rémunérations globales. « Il y a des efforts qui doivent être consentis partout. Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme si le Burkina était en temps de paix. J’ai appelé à l’effort de guerre, pour inviter chacun à faire ce qu’il peut pour lutter contre le terrorisme ». Aux dires du président du Faso, ce qui s’est produit à Inata le 14 novembre 2021 est inacceptable, d’où l’impératif de situer clairement les responsabilités. « Nous avons demandé qu’un rapport nous soit déposé. Il a été déposé dans les délais, mais le constat est qu’il n’a pas établi de façon claire les responsabilités. En tant que chef de l’Etat, il est impossible d’accepter cela. Dans le rapport, il a été précisé que le délai prévu n’a pas permis d’élucider certaines questions. Il faut que nous puissions situer les responsabilités clairement », a martelé Roch Marc Christian Kaboré.

L’équivoque est à bannir

Dans les changements au niveau de la hiérarchie militaire, pourquoi avez-vous privilégié des jeunes ? « La vision, c’est d’apporter plus d’efficacité sur le terrain. Je considère qu’il faut donner la chance à ceux qui ont des challenges à relever de le faire. Ces changements doivent nous permettre de redonner du sang neuf dans l’action sur le terrain. Nous voulons permettre à ces jeunes de montrer de quoi ils sont capables. Il est nécessaire dans ce genre d’exercices de procéder à des renouvellements », a-t-il répondu. Pour ce qui est des limites de la stratégie militaire face aux terroristes, le chef de l’Etat a promis qu’une reconfiguration est en cours. « Mais réformer en faisant la guerre n’est pas aisé. Nous devons mieux mailler le terrain. Les hommes qui sont au front ont besoin d’être soutenus par leurs supérieurs hiérarchiques d’un certain niveau », a-t-il reconnu. Le président du Faso a loué le sens de patriotisme des VDP qui, avec des moyens dérisoires défendent des villages. Il a expliqué que les problèmes de leurs primes sont liés au fait que leur nombre s’est accru. Qu’à cela ne tienne, des mesures sont, a-t-il dit, en train d’être prises pour remédier à ces difficultés. Selon le chef de l’Etat, le terrorisme qui étreint le Burkina n’a rien d’une rébellion d’autant plus qu’aucune revendication n’a été formulée. « Si le terrorisme circule facilement dans notre pays, c’est qu’il y a des Burkinabè qui ont une attitude équivoque vis-à-vis de ces gens. L’apologie qui est fait du terrorisme sur les réseaux sociaux montre qu’il y a une fracture», a-t-il estimé.

« Chaque homme doit faire face à son histoire »

Concernant le chantier de la réconciliation nationale, le président du Faso a déclaré qu’il faut y aller. La question, est de reconnaitre ce qui s’est passé et de trouver le chemin pour permettre à chacun de réintégrer normalement sa vie dans son pays. A propos de Blaise Compaoré, le président a confié avoir été saisi de la nécessité de le faire rentrer au pays. « C’est un sujet à polémique. Nous sommes d’accord pour qu’il puisse rentrer. On a préparé la maison, mais après on nous dit d’attendre. Le problème n’est pas de notre côté. Nous ne pouvons pas fuir devant nos responsabilités. Nous devons les assumer. Je pense qu’à un moment donné chaque homme doit faire face à son histoire », a clarifié Roch Marc Chistian Kaboré.

Une synthèse de Karim BADOLO

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