Paul Bouda de « Faso sécurisé » à propos des déplacés internes : « Nous sommes engagés à les accompagner à accéder aux terres cultivables »

Le coordonnateur de « Faso sécurisé », Paul Bouda : « Nous voulons que tout citoyen qui en dispose puisse céder une portion de terre cultivable aux déplacés internes ».

L’association « Faso sécurisé », composée d’anciens policiers et gendarmes à la retraite, conduit un projet visant à aider les déplacés internes à accéder à des terres cultivables, en attendant que la situation sécuritaire s’améliore et le retour dans leurs localités d’origine. Dans cette interview accordée à Sidwaya, le coordonnateur de ladite association, Paul Bouda, revient sur les modalités de mise en œuvre de ce projet. Il appelle les Burkinabè à la solidarité.

Sidwaya (S) : Pouvez-vous présenter Faso sécurisé ?

Paul Bouda (P. B.) : Faso sécurisé qui est une association de doyens d’âge en matière de sécurité a été mise en place en 2020 et est composée de policiers et de gendarmes à la retraite. Elle compte aujourd’hui 83 membres, dont 60 policiers et 23 gendarmes, tous à la retraite. Nous avons décidé de mettre en place cette association au regard de la situation sécuritaire de notre pays.

Nous n’avons plus la force pour aller combattre sur le terrain, mais nous pouvons être toujours utiles, à travers des propositions. Nous avons déjà eu à faire des recommandations au gouvernement sortant pour une sortie de crise. Nous avons eu plusieurs activités concernant la lutte contre le vol de bétail par les terroristes. Nous avons également posé pas mal d’actions en matière de renseignements, d’informations que nous gardons dans l’ombre.

S : Concrètement, quels sont les objectifs poursuivis par votre association ?

P. B. : L’objectif premier est d’apporter notre expérience en tant qu’anciens. Ceux qui sont sur le terrain sont nos frères et nos enfants et nous devons les soutenir et les motiver. Il faut savoir qu’en matière de sécurité, le volet le plus recherché est la motivation. Il faut être d’abord motivé pour pouvoir se protéger soi-même et protéger les autres.

S : Etes-vous toujours disposé à apporter votre soutien, vu que la situation sécuritaire se dégrade de plus en plus ?

P. B. : Nous sommes tous concernés par cette situation sécuritaire préoccupante que connait le pays. Ce n’est pas parce que nous sommes des retraités que nous n’allons pas apporter notre soutien, nous sommes engagés et nous sommes prêts à apporter notre soutien si vraiment le besoin se fait sentir.

S : Il y a la situation des déplacés internes et la question de leur accès aux terres cultivables. Avez-vous une stratégie ou une proposition pouvant contribuer à résoudre cette problématique ?

P.B. : En tant qu’association et ancien fonctionnaire au niveau de la sécurité, il y a plusieurs activités d’informations. Beaucoup d’efforts ont été faits par rapport aux déplacés. Mais ce n’est jamais suffisant. On ne peut pas vivre en comptant toujours sur l’aide des autres. Nous y avons réfléchi et nous estimons en même temps que nous avons trouvé la solution.

La plupart des déplacés vivaient des travaux champêtres et vu la situation sécuritaire, ils sont contraints d’abandonner leurs terres cultivables. Aujourd’hui, ils vivent dans des conditions difficiles. Nous sommes engagés à les accompagner à accéder aux terres cultivables.

Et déjà sur le terrain, en collaboration avec le ministère en charge des questions sociales, nous travaillons afin de pouvoir aller vers les particuliers, des personnes de bonne volonté qui sont des propriétaires terriens pour négocier des terres pour aider leurs frères en difficulté qui n’ont pas demandé à être dans cette situation. Ces portions de terres vont permettre aux déplacés de cultiver pour pouvoir se nourrir.

Le problème du foncier est assez complexe. Nous voulons que tout citoyen qui veut vraiment accompagner les déplacés puisse leur céder une portion de terre pour leur permettre de cultiver en attendant que la situation sécuritaire s’améliore. Il y a déjà des personnes sur le terrain qui ont entamé les négociations.

En tant que porteurs de projets, nous ne favorisons pas des personnes au détriment d’autres. Vous remettez la portion de terre, ensuite nous allons identifier l’endroit et revenir travailler avec le ministère en charge des affaires sociales. C’est à lui de proposer des bénéficiaires parce qu’il a déjà des nécessiteux dans sa plate-forme. Cela sera toujours suivi par le même ministère. Une fois que vous avez effectué le don de votre terre, vous devenez le tuteur du déplacé et c’est ensemble que vous allez travailler comme des frères et sœurs.

S : Avez-vous l’expertise pour mener une telle activité ?

P. B : Nous ne sommes pas des techniciens dans ce domaine mais nous sommes des doyens, nous avons la sagesse de négocier pour avoir cette portion de terre. Nous sommes en collaboration avec les services sociaux qui sont en contact avec des agents qualifiés. Nous assurons seulement la négociation des portions de terres. Nous comptons approcher des agents techniques pour une collaboration.

S : Avez-vous déjà une expérience en la matière ?

P.B. : J’ai eu la chance de travailler à l’ONU où je gérais les problèmes de genre, des droits de l’homme. J’ai fait l’ONCI en Côte d’Ivoire, j’ai été au Mali, en Angola et au Libéria. J’ai vécu la majorité de ma vie hors du pays. J’ai croisé pas mal de déplacés mais les contextes ne se ressemblent pas. Pourquoi ne pas négocier des terres pour que les déplacés puissent cultiver et vivre en attendant que la situation se décante ?

Partout où il y a des déplacés, nous allons mener nos activités de négociation de terres cultivables. Il ne s’agit pas forcément de remettre un déplacé dans sa localité. Ce sera en fonction de la localité de la terre obtenue que les services sociaux désigneront la famille qui ira s’y installer. Nous irons négocier dans toutes les zones. Nous croyons que le plus important est d’abord chercher à libérer les personnes en difficulté.

Il faut que ces personnes trouvent de quoi s’occuper. Beaucoup d’efforts sont en train d’être menés mais sont-ils suffisants ? Les déplacés ne demandent qu’à retourner dans leurs zones d’origine pour retrouver leur vie d’avant. Cela est un peu compliqué car il ne se fera pas dans l’immédiat. En attendant, pourquoi ne pas demander à notre population d’être hôte de son frère ou sa sœur ? Nous comptons sur les uns et les autres pour réussir notre mission.

En demandant à nos frères et sœurs d’accepter et de comprendre que nous sommes en difficulté, que leurs propres parents vivent dans des conditions difficiles et nous devons les aider.

S : Pour mener un tel projet, le besoin de ressource se pose. Avez-vous déjà ces ressources nécessaires ou avez-vous besoin d’un accompagnement ?

P.B. : Actuellement, le pays est en difficulté. Avant de lancer ce projet, nous étions conscients qu’il nécessite des moyens. Nous vivons aujourd’hui sur les petites cotisations des membres. Nous avons besoin de soutien ; mais en premier nous voulons porter à la connaissance de tous notre volonté d’aider les déplacés.

Nous souhaitons qu’au cours de cette année 2022, au moins 2 000 déplacés aient accès aux terres cultivables. Cela leur permettrait de travailler, de s’occuper de leur bétail et de retrouver un tant soit peu leur dignité et diminuer les charges de l’Etat.

S : Avez-vous un appel à lancer aux partenaires, aux Burkinabè ?

P. B. : Nous sommes tous des partenaires et nous souhaitons que la population nous accompagne moralement et financièrement dans ce projet. Il n’y a pas seulement les déplacements pour aller négocier la terre auprès d’un propriétaire, il y a d’autres paramètres qui engendrent des charges.

Nous souhaitons que chacun de nous s’implique et nous demandons à toute personne qui n’est pas en mesure de soutenir ce projet de s’abstenir de toute action compromettante. Nous avons la volonté, et je pense que nous y arriverons.

Interview réalisée par

Mahamadi SEBOGO

Miriène Ouédraogo (Stagiaire)

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