Secteur de la publicité : « Les dysfonctionnements portent essentiellement sur le non-respect des textes », Aïcha Dabré, présidente de Publicitaires Associés

La publicité est un secteur-clé de l’économie nationale. Malheureusement, elle est marquée, entre autres, par l’anarchie, le non-respect de la loi 080-2 15/CNT et son décret d’application du 12 juin 2017. Dans cette interview accordée par la présidente de Publicitaires Associés (PA), Aïcha Dabré, il est question des dysfonctionnements dans le secteur, des rapports de cette grande association de publicité avec la commune de Ouagadougou et des missions qui lui sont dévolues dans le développement économique du Burkina Faso.

La présidente de PA, Aïcha Dabré : « Je mentirais si je vous disais que tout est idyllique dans la collaboration entre les entreprises de publicité et la commune de Ouagadougou ».

Sidwaya (S) : Pouvez-vous nous présenter votre association Publicitaires Associés ?

Aïcha Dabré (A.D.) : Publicitaires Associés (PA) est l’association professionnelle des entreprises de communication du Burkina Faso créée en 2007. Elle regroupe les acteurs des quatre professions publicitaires définies par la loi n°080-2015/CNT portant réglementation de la publicité au Burkina Faso, notamment les agences-conseils en publicité, les régies publicitaires, les éditeurs publicitaires et les courtiers en publicité.

S : Combien de membres compte-t-elle ?

D. : A ce jour, l’association compte 75 membres.

S : Qu’est-ce qui a milité à sa création ?

D. : Publicitaires Associés est née essentiellement d’un besoin de promouvoir une saine pratique des métiers de la communication et de la publicité, dans le but de garantir à la fois et au mieux les intérêts des consommateurs, des annonceurs et des acteurs eux-mêmes.

 

S : Quelles sont ses missions ?

D. : Publicitaires Associés s’est donné pour missions statutaires de veiller aux intérêts de ses membres, des annonceurs et des consommateurs et au respect des lois portant règlement de la publicité au Burkina Faso. L’association sensibilise aussi aux métiers de la communication et de la publicité et permet à ses membres de fournir à leurs clients, un service compétent, efficace, loyal et responsable.

S : Quels sont vos domaines d’intervention ?

D. : Nous intervenons notamment dans la sensibilisation des publicitaires, des annonceurs, des médias et consommateurs au respect des textes en vigueur et à l’interpellation en cas de non-respect de ces textes. Evidemment, nous nous imposons le devoir d’être présents pour soutenir nos membres en cas de difficultés.

 

S : Est-ce que tous les publicitaires se reconnaissent dans Publicitaires Associés (PA) ?

D. : Non, malheureusement. Publicitaires Associés est une association. En tant que telle, l’adhésion ou non à l’esprit de rassemblement pour mieux défendre ensemble les intérêts de la profession est libre et volontaire. Toutefois, notre souhait est d’avoir tous les publicitaires dans cette structure. Nous travaillons activement à la mobilisation de tous les acteurs du secteur.

S : Il y a des dysfonctionnements dans le secteur de la publicité au Burkina Faso notamment avec l’existence de publicitaires illégaux. Pouvez-vous nous en expliquer ?

D. : Les dysfonctionnements que nous n’avons de cesse de dénoncer portent essentiellement sur le non-respect des textes, notamment la loi 080-2 15/CNT votée et promulguée sous la Transition, ainsi que son décret d’application signé le 12 juin 2017. Dans son ensemble, cette loi représente une avancée significative, en termes de structuration du secteur de la communication et de la publicité ; en termes de défense des droits des consommateurs et en termes de défense des intérêts des sociétés de communication au Burkina Faso.

S : Qu’en-est-il pour la ville de Ouagadougou ?

D. : Avant toute chose, je dois dire que la ville de Ouagadougou est un partenaire essentiel et incontournable pour Publicitaires Associés dans le combat que nous menons. Le domaine communal constitue en effet un espace très convoité, essentiel et vital pour nous publicitaires, afin d’y déployer nos visuels, notamment à travers les affichages publics et autres que vous pouvez voir tous les jours. Malheureusement, il arrive parfois que des couacs ou incompréhensions surviennent. C’est ainsi que l’on peut apercevoir en ville des panneaux d’affichage public avec la mention « Autorisation annulée… ». Des situations extrêmes déplorables pour tous, que Publicitaires Associés se donne pour vocation en tant qu’association de travailler, en bonne intelligence et main dans la main avec les autorités municipales de Ouagadougou et d’ailleurs où cela est nécessaire du reste, à minimiser au maximum.

S : Souvent, vos rapports avec la municipalité de Ouagadougou sont tendus. Qu’est-ce qui explique cela ?

D. : Je mentirais si je vous disais que tout est idyllique dans la collaboration entre les entreprises de publicité et la commune de Ouagadougou. A vrai dire, ces dernières années, nos rapports auraient pu être bien meilleurs qu’ils ne l’ont été. A cette situation particulière et circonstancielle, puisque vous insistez pour connaitre nos difficultés de coopération avec l’autorité communale, je vous dirai qu’il est arrivé parfois des relations très tendues avec notre partenaire la ville. Caractérisées par des revirements de situation inexplicables, une lenteur de traitement des dossiers marquée par une opacité inquiétante. Tout ceci se passe dans un contexte où les différents services de la commune se disputent certaines attributions, au détriment évident des intérêts des entreprises de publicité. Pour me résumer, il est arrivé parfois que la commune se comporte comme une concurrente vis-à-vis des régies publicitaires. Le grand espoir que je nourris, c’est qu’avec la mise en place de la Délégation spéciale, nous puissions nous comprendre pour mieux rebattre les cartes et repartir sur une base de collaboration un peu plus saine. Dans l’intérêt bien compris et partagé de la commune et de nos entreprises.

S : Qu’attendez-vous alors des autorités municipales pour prendre en compte vos doléances de bonnes relations ?

D. : Nous attendons des autorités municipales une franche collaboration et une concertation pour la prise des décisions concernant notre métier. Qu’elles prennent en compte les difficultés financières et économiques conjoncturelles des entreprises évoluant dans le secteur de la publicité (en matière de taxes) et qu’elles nous accompagnent à assainir le milieu pour le bien-être de la profession.

S : Que faut-il faire concrètement pour assainir le milieu de la publicité au Burkina Faso pour le développement économique ?

D. : Il est nécessaire qu’il y ait une sensibilisation accrue, en vue d’une application effective de la loi, son décret d’application et la prise de sanctions contre les contrevenants comme prévu par les textes. Il y a également le respect strict des conditions légales pour la création d’une entreprise de communication et de publicité, notamment la qualification requise du dirigeant, telle qu’exigée par la loi. Il faut aussi l’exigence d’une production de l’attestation de reconnaissance par le Conseil supérieur de la communication (CSC) (récépissé de déclaration) lors de la soumission aux appels à concurrence pour les marchés publics, l’interdiction de passer en charge des factures relatives à la communication publicitaire provenant d’une entreprise non reconnue par le CSC et la mise en place d’un mécanisme de financement de la formation continue des salariés des entreprises de communication.

S : Vous intervenez seulement à Ouagadougou, la capitale. Pourquoi ce choix ?

D. : Non, ce n’est pas un choix, nous envisageons de nous étendre dans les autres régions du Burkina.

S : Quel bilan pouvez-vous faire concernant l’atteinte de vos objectifs ?

D. : Un bilan satisfaisant, car aujourd’hui, nous sommes associés aux prises de décision, nous avons des représentants dans les instances comme la Chambre de commerce, le Conseil supérieur de la communication (CSC), le Tribunal du commerce… Aussi, le récépissé de reconnaissance délivré par le CSC commence à être exigé par certains ministères et institutions.

S : Quelles sont vos perspectives ?

D. : Il est nécessaire d’amener les ministères, les institutions et entreprises privées à travailler avec des agences nationales, de demander l’expertise des agences nationales dans l’élaboration des budgets de communication et l’évaluation de leurs besoins en communication. Rechercher une saine collaboration avec nos partenaires que sont les médias, les régulateurs (CSC, ARCEP, CIL) et notre ministère de tutelle est aussi envisageable.

S : Quel est votre appel à l’endroit des autres publicitaires ?

D. : Nous remercions les Editions Sidwaya de l’opportunité qui nous a été offerte de présenter notre association, ses missions et ses attentes. Nous remercions et félicitons nos membres pour leur assiduité, les efforts et les sacrifices qu’ils consentent pour la bonne marche de notre association. Enfin, nous appelons et invitons tous ceux qui exercent dans le secteur et qui ne sont pas encore membres de Publicitaires Associés à rejoindre l’association. Afin que tous ensemble et plus forts, nous puissions lutter encore plus efficacement dans le futur, pour la prise en compte des intérêts de la profession.

Interview réalisée par Boukary BONKOUNGOU

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