Secteur minier burkinabè : « La durée de vie des mines peux être écourtée du fait d’un coût élevé de l’Energie », dixit Mahamadou Issiyakou.

Le Directeur Groupe en Charge de la Transition Energétique chez Endeavour Mining, Mahamadou Issiyakou : « La promotion des énergies renouvelables et la possibilité d’utilisation du GNL (Gaz Naturel Liquéfiée) sont des pistes à encourager »

Dans cet entretien accordé à Sidwaya, le Directeur Groupe en Charge de la Transition Energétique chez Endeavour Mining, Mahamadou Issiyakou, par ailleurs ancien Directeur Général de la Mine de Boungou et de la Mine d’Ity en Côte d’Ivoire, revient sur l’un des facteurs qui handicape la compétitivité du secteur minier burkinabè, à savoir l’accès à l’énergie. Il y propose des pistes de solutions pour sortir de cette contrainte énergétique.

Sidwaya (S) : Il semble que le coût et/ou l’accès à l’énergie constitue l’un des facteurs de production qui handicape la compétitivité du secteur minier burkinabè. Qu’en est-il réellement ?

Mahamadou Issiyakou (M.I) : Le coût de l’énergie représente une part importante des coûts de production des sociétés minières (au moins 20%). La rentabilité et les réserves minières exploitables sont très sensibles au coût de l’Energie.  Le coût est naturellement plus élevé pour les mines qui sont loin du réseau national interconnecté.  Au regard de la structure des prix en vigueur pour les mines connectées au réseau national interconnecté et du coût élevé du carburant pour les mines non connectées au réseau national et utilisant le Fuel lourd ou Gasoil, le Burkina Faso n’est pas compétitif par rapport à ses voisins du Sud.  Comme je le disais plus haut, la durée de vie des mines peut être écourtée du fait d’un coût élevé de l’Energie.

S : Comment les sociétés minières s’arrangent-elles pour faire face à cette contrainte énergétique ?

M.I : En 2021, la situation était délicate en particulier pour les mines connectées au réseau national qui ont dû faire tourner leurs réserves froides à un coût élevé pour assurer la continuité des opérations. Les mines maintiennent un stock de gasoil ou Fuel Lourd pour assurer une couverture de deux à trois semaines.  Sur le plan stratégique, les Mines travaillent avec le Ministère de tutelle pour trouver rapidement des solutions économiques à moyens termes intégrant les énergies renouvelables notamment le solaire et le GNL (Gaz Naturel Liquéfié).

S : Comment cette préoccupation est gérée dans les autres pays miniers ?

M.I : Chaque pays a ses contraintes en fonction de la nature de son mix énergétique. Beaucoup de pays en général encourage des réglementations qui favorisent les contrats d’achats d’Energie depuis que le solaire est devenu très compétitif par rapport aux méthodes classiques de génération d’électricité.

La rentabilité et les réserves minières exploitables sont très sensibles au coût de l’Energie.

S : Il y a des mines qui construisent leurs centrales électriques. Quel arrangement peut-il exister entre ces mines, l’Etat et les communautés riveraines pour une gestion efficiente de cette énergie ?

M.I : En général, les mines sont dans des zones reculées, loin d’une quelconque interconnexion au réseau national.  Des discussions ont lieu avec la société Nationale d’Electricité au Burkina, la SONABEL. En illustration, un contrat entre la SONABEL et Houndé Gold Opération a permis de construire une ligne haute tension pour alimenter la Mine. La ligne construite est gérée par la SONABEL. L’ajout au réseau National Interconnecté de la Centrale Solaire de plusieurs Mégas avec l’aide d’un opérateur Minier augmente la capacité de génération nationale et favorisera la mise à disposition de l’électricité dans la zone non desservie.  Le Groupe Endeavour Mining ainsi que plusieurs autres sociétés sont très engagés dans cette voie et des discussions sont très avancées avec le Ministère de l’Energie et des Mines dans ce domaine.

S : Qu’est-ce qui est prévu pour la gestion de ces centrales construites par les mines, à la fin de l’exploitation minière ?

M.I : Tous les contrats relatifs à la construction des centrales solaires interconnectées prévoient la rétrocession automatiquement à la fin de la durée de vie de la mine.

Les centrales thermiques feront dans la plupart des cas l’objet de démantèlement conformément aux études d’impacts Sociaux Economiques à cause de leurs coûts d’opérations exorbitants pour les communautés et pour l’opérateur national.

S : Quelles alternatives pour permettre aux compagnies minières de surmonter un tant soit peu cette préoccupation liée à l’énergie?

M.I : Un soutien des autorités pour accélérer la mise en route des projets de centrales solaires non seulement parce que cela a un impact immédiat sur nos opérations mais aussi à cause de la réduction de l’empreinte carbone des opérations minières.

S : Le Burkina Faso est dans une phase de transition politique où il est question de réformes structurantes. Quelles sont les attentes du secteur minier burkinabè par rapport à ces réformes à venir ?

M.I :  Le plus important pour le secteur minier c’est la possibilité de réduction des coûts de l’énergie que ce soit pour les centrales que pour les autres installations. Toute réforme visant un tel objectif est la bienvenue. La promotion des énergies renouvelables et la possibilité d’utilisation du GNL (Gaz Naturel Liquéfiée) sont des pistes à encourager.

Interview réalisée par

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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