Discours-bilan du Président du Faso : des citoyens se prononcent

A l’issue du discours-bilan du Président du Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba, dimanche 4 septembre dernier, Sidwaya a interrogé des citoyens de la vie sociopolitique du Burkina Faso qui se sont exprimés sur quelques aspects de son intervention.

Inoussa Kirakoya, coordonnateur du collectif SOS Lorum : « c’est un bilan à prendre en attendant » « Nous avons bien écouté le bilan du président de la Transition avec attention. Nous l’avons aussi apprécié à sa juste valeur parce qu’il a appelé davantage à un sursaut patriotique. Ce qui est déjà très bien. Mais, en tant que jeune déplacé interne, en tant qu’activiste pour la paix, je dirai que c’est un bilan à prendre en attendant parce que comme on aime à le dire, l’aveugle ne peut pas commencer à raconter sa mésaventure parce qu’il n’a toujours pas recouvré la vue. Le chemin continue parce que du côté du Lorum, on n’a toujours pas accès à la route nationale 23 reliant Titao à Ouahigouya. Le danger continue dans cette partie du Burkina parce que tout simplement une des communes s’est vidée depuis des mois de sa population, plus précisément Windigui qui, jusqu’à présent, n’est pas de retour. On ne peut pas parler de bilan positif à ce niveau en tant que Titaolais. L’autre aspect c’est Sohlé, à quelques kilomètres de la commune de Sohlé qui, aujourd’hui, agonise. Baane est aussi dans la même situation. On ne peut pas quitter Titao à un rayon de trois kilomètres, il n’y a pas à manger, il n’y a pas de services déconcentrés de l’Etat, nous sommes désespérés, tout est à l’agonie. Tout cela réunit, en tant que ressortissant de cette localité, je dirai que certes, nous apprécions le bilan à sa juste valeur, mais ce n’est pas positif ».

Pascal Zaïda, coordonnateur national du Conseil national pour une Transition réussie (CNTR) : « je l’ai trouvé courageux » « Je l’ai trouvé, dans cette partie de cet exercice, courageux. Des personnes qu’on peut soupçonner d’être des intimes du Président Damiba ont même trouvé historique une partie de sa déclaration concernant notamment le thème de la cohésion au sein de nos communautés. Par ailleurs, sur le plan de la sécurité, il a brossé l’évolution de la situation sécuritaire avec le déploiement de la stratégie qui est la sienne. Il a surtout reconnu que la situation n’est qu’à son stade de déploiement. Du reste, il ne fallait pas s’attendre en 5 mois à des performances exceptionnelles ».

Hermann Bado, marketeur : « la dynamique du Président Damiba est à saluer » « Je me suis retrouvé en phase avec ce que le président a expliqué dans son discours. Le fait que les terroristes ne puissent plus encercler les casernes était déjà un élément important pour dire que la donne a changé. Maintenant en termes de perspectives, suivant sa logique, je pense que dans un premier temps, les administrations doivent être redéployées et dans un deuxième temps, il faudrait le retour de l’administration dans les localités touchées. A mon avis, au bilan de début 2023 l’on pourra constater cet état de fait. Ça pourrait marquer les esprits des uns et des autres du fait que la reconquête est véritablement en train de s’opérer. La dynamique du Président Damiba est à saluer. Ce sont les fruits peut-être qui ne sont pas d’abord bien mûrs. J’ai donc foi que d’ici un an, on pourra de façon palpable voir des éléments qui pourront faire converger l’opinion de la majorité des Burkinabè comme quoi, nous sommes dans une bonne lancée et que l’espoir de retrouver notre pays tel que nous a laissé nos aïeux est permis ».

Inoussa Nana, SG de la Force ouvrière, Union nationale des syndicats : « il reste beaucoup à faire » « Les autorités ont tout fait pour qu’on ait un bilan positif mais on ne peut pas dire que nous sommes satisfaits. Il reste encore beaucoup à faire. Les Burkinabè attendent et notre souhait est que l’on dote les FDS de moyens pour nous sortir de la situation actuelle. Sinon, pour le moment, nous ne sommes pas satisfaits ! Des efforts sont faits mais nous restons sur notre faim. Les gens fondaient beaucoup d’espoir qu’avec la prise du pouvoir par les militaires, les choses allaient s’arranger et les milliers de déplacés internes allaient rejoindre leurs localités. Mais est-ce qu’aujourd’hui c’est le cas ? Je pense que non. Car ce qui nous revient est que même pour cultiver, certaines populations ont des difficultés. Donc le bilan n’est vraiment pas satisfaisant. Les FDS font ce qu’elles peuvent et nous attendons toujours les résultats. Pour nous, il faut encore accélérer la lutte ».

Zeïnata M.R. Ouédraogo, étudiante en 4e année de médecine : « tous les moyens sont bons pour ramener la paix » « Actuellement, je vois qu’il ya moins d’attaques et c’est déjà pas mal. Je ne sais pas quelle est la stratégie adoptée mais si cela continue ainsi, c’est bon. Tant que les populations ne sont pas terrorisées, on le soutient. Tous les moyens sont bons pour ramener la paix dans notre pays. Depuis l’arrivée du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration(MPSR), je vois qu’il y a beaucoup d’amélioration. Cependant, je constate que dans les villes, les déplacés affluent. Cela montre qu’il reste beaucoup à faire. J’attends du gouvernement plus de sécurité afin de finir avec le terrorisme. Je n’apprécie pas le partenariat avec la France parce que depuis qu’on est avec elle, il n’ y a pas beaucoup de changement ».

Dr Daniel Kéré, enseignant-chercheur à l’Université Thomas- Sankara : « un diagnostic sans complaisance » « Le discours peut être séquencé en quatre phases essentiellement. Dans un premier temps, le chef de l’Etat a fait un diagnostic sans complaisance de la situation de notre pays, aussi bien les faiblesses qu’on peut relever dans les domaines de l’armée, de la société civile et au niveau des différentes couches sociopolitiques qui nous ont conduits jusque-là. Dans la deuxième partie de son discours, il s’agissait de faire un point de notre armée à la date d’aujourd’hui par rapport à sa reconfiguration et à sa réorientation stratégique dans la lutte contre le terrorisme. Dans la troisième partie, il s’est agi de présenter à la classe politique les perspectives d’évolution par rapport aux réformes attendues d’une certaine façon par rapport à un retour à une vie constitutionnelle normale. Et dans la quatrième partie, il s’agissait de s’adresser aux différents partenaires institutionnels et internationaux du pays pour essayer de faire comprendre la logique qu’on a empruntée et aussi des principes de partenariat nouveau que le président compte nouer, soit dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ou dans le renforcement de nos institutions. D’une certaine façon, on peut dire que toutes les composantes sociales et politiques ont été ciblées dans ce discours et chacun a pu cerner la situation de la conduite de la Transition à la date d’aujourd’hui (…). D’une certaine façon, disons que c’est assez tôt pour faire un bilan exhaustif de la période de la Transition. Mais déjà, le délai que la Transition s’est imparti a permis certes, de reconfigurer beaucoup de choses, notamment dans le domaine militaire mais, le résultat sur le terrain dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, il faut encore attendre une issue plus heureuse ».

Dr Koudbi Désiré Kaboré, enseignant-chercheur à l’Université Joseph-Ki-Zerbo : « le président a été réaliste » « Je dirai qu’il a été réaliste. C’est un discours empreint de réalisme pour deux raisons. La première, il a donné sa parole et il voulait la tenir en essayant de dresser ce bilan qui, à l’analyse, se trouve être un discours à l’allure d’une autopsie d’un Etat failli. Le chef de l’Etat n’a pas établi un chapelet de victoires militaires. Il n’a pas énuméré des zones clairement identifiées, libérées et réoccupées par des populations encore moins un retour de l’administration. Soit, un bilan n’est pas forcément satisfaisant. Un bilan peut aussi dégager des échecs. Je dis qu’il a été réaliste dans la mesure où la réalité du terrain est telle qu’il n’y a pas de victoire décisive. De ce point de vue, il a préféré rester dans le réalisme. Deuxième raison, ce sont les attentes des Burkinabè qui étaient que ce bilan qui était fortement attendu devait être clair et sans vernis. Ces trois dernières semaines, dans les interventions des hommes publics, le mensonge prend souvent le dessus. Or, dans une situation très délétère, les gens veulent plus la vérité. Et le chef de l’Etat a pris en compte les réactions des populations qui sont dans un besoin de vérité quand bien même c’est une légitime vérité qui peut blesser. C’est pourquoi, il faut préférer être réaliste pour servir ce que j’ai appelé une vérité accommodante, ni présenter des victoires décisives, ni mettre en exergue des échecs. Mais plutôt un bilan interpellateur pour dire que le processus est enclenché. Nous parviendrons à des victoires avec le concours de tout le monde… ».

Alexandre Goussa, enseignant à Nouna : « le chef de l’Etat a touché le cœur des Burkinabè » « On s’attendait à un bilan de cinq mois de lutte anti-terroriste, mais au final, il a fait un discours qui s’est érigé en un ensemble de bilans de la Nation. De ce fait, il fallait un niveau un peu plus élevé pour savoir que le président a abordé les points du bilan promis. Il ne faut pas s’attendre à ce que le président aille dans des chiffres. Il a totalement décrit les maux qui minent le Burkina Faso, sur le plan moral, militaire et politique. Avec ce qui est annoncé, il y a de l’espoir. Le chef de l’Etat a touché le cœur des Burkinabè de sorte à reprocher à chacun ce qu’il ne fait pas de bien. Cela peut concourir à remobiliser les Burkinabè pour prendre le chemin qu’il faut pour aller à l’union des filles et des fils ».

Djibilirou Fofana, enseignant à Nouna : « ce n’est pas ce que les citoyens attendaient » « J’ai écouté l’adresse du président du Faso. C’est un beau discours. Il a dépeint la situation réelle de la Nation. Mais malheureusement, le discours ne colle pas à la réalité. Ce n’est pas ce que les citoyens attendaient. A la télévision, les spécialistes disent qu’on était à 11 régions déjà occupées par les groupes terroristes. C’est dommage ! Quelqu’un qui dit que le pauvre peuple est en train de souffrir et qui augmente son salaire en oubliant ce peuple. Nous n’avons pas senti le rythme révolutionnaire que nous attendions pour le changement».

Baba Yagué, vice-président de l’association des retraités du Sourou : « je suis resté sur ma soif » « Je suis resté sur ma soif à la fin du bilan. Nous sommes en guerre ou nous ne sommes pas en guerre. Si nous sommes en guerre, ce discours ne présente pas la température de la lutte face à nos ennemis. Il est venu avec des ambitions. Alors, il n’a pas de discours à faire. Cette ambition, c’est de gagner la guerre face aux terroristes. Il a dégagé quelqu’un dans la perspective de mieux faire que lui. Or, sur le terrain, aucune victoire n’est en perspective face à nos ennemis qui gagnent du terrain chaque jour que Dieu fait aux yeux de tous. Il n’a fait que des critiques. Cela ne nous sert pas au demeurant. ».

Roubain Drabo, conseiller pédagogique à Tougan : « je m’attendais à un bilan de guerre » « Je m’attendais à un bilan de guerre et non à un bilan politique. Etant donné que nous sommes en guerre, si la situation ne va pas, il faut avoir le courage de le dire. Quand il prenait le pourvoir, il a bien signifié que c’est pour restaurer l’intégrité du pays et ramener les personnes déplacées dans leurs villages respectifs. A ce jour, nous constatons avec regret que toute la province du Sourou est sous l’occupation des terroristes.

Djakalidja Soulama, inspecteur du travail à Banfora : « l’endroit qu’il a choisi pour son message nous interpelle » « Il a tenu la promesse que lui-même avait faite en avril. J’estime que le contenu de façon globale prend en compte toutes les préoccupations du moment. Dans le fond, les préoccupations soulevées par le président du Faso donnent deux choses à la fois. J’ai l’impression qu’il a soufflé le chaud et le froid ; c’est-à-dire dire qu’il a donné de l’espoir, mais en même temps, il y a des aspects qui nous rappellent que ça va être extrêmement difficile. Mais de façon générale, quand le Président du Faso s’adresse à la Nation et en pareille circonstance surtout, le lieu qu’il a choisi pour ce message, notamment la ville de Dori, nous interpelle. En tant que Burkinabè, il y a plein d’espoir dans ce discours plein de sens. La problématique est posée comme si c’était un échec de façon générale de la classe politique burkinabè. Je pense qu’il ne faudrait pas faire une analyse très plate à ce niveau-là. Parce que la classe politique elle-même est prisonnière ou prise en otage par d’autres considérations au niveau national.

Mountamou Kani, directeur de publication de l’Express du Faso : « ses communicants ne lui ont pas permis de valoriser son bilan » Le discours qu’il a dit est politique Ce discours donne l’impression que c’est sous la pression qu’il a décidé de le faire. Le deuxième aspect c’est qu’au lieu de rester à Ouagadougou comme d’habitude, il s’est déplacé dans une zone à fort défi sécuritaire qui est Dori pour marquer son attachement ou encore le rapprochement de l’armée dans ces zones. Parlant du contenu du message, on peut le diviser en trois parties. La première partie est qu’il a dépeint la situation dans laquelle le pays se trouvait et ensuite les actions qu’il a pu mener avec son équipe, enfin un appel aux Burkinabè pour qu’ils s’engagent ensemble à la réussite de la Transition. La forme tenant le fond en l’état, je pense que les communicants du président du Faso ne lui ont pas permis de valoriser son bilan. En réalité, quand nous écoutons, il y a des actions qui ont été menées mais elles n’ont pas été valorisées à travers d’abord la manière de tenir le message et ensuite concrètement. Quand quelqu’un est dans une situation de détresse, il a besoin d’éléments matériels pour se convaincre. C’est sur ce côté que je suis resté sur ma soif.

François Traoré, ancien président de l’UNPCB (Bobo-Dioulasso) : « En tant que paysan, je dirai que l’heure est toujours grave » « Je m’attendais à des propositions et à des résultats concrets. Le président Damiba a certes, dit qu’ils ont acquis du matériel et mené des opérations sur le terrain. Moi je suis un paysan et homme de terrain. Ceux qui ont été déguerpis sont des paysans et n’ont pas pu cultiver. Ils ont dit que certaines personnes déplacées ont regagné leurs localités, mais dans quelles conditions, du moment où l’administration ne peut plus aller dans ces zones. C’est alors risqué pour les paysans de repartir dans leurs localités d’origine. Aussi presque toutes les écoles de ces zones rurales sont fermées. Il faut vite trouver une solution à celles qui ne sont pas encore fermées. En tant que paysan et homme de terrain, je dirai que l’heure est toujours grave. Le Président Damiba a laissé entendre que l’armée a acquis du matériel. Je souhaite qu’elle l’utilise ici et maintenant parce qu’on va bientôt rentrer dans les récoltes.

Assia Zallé, conseiller de jeunesse à Gaoua : « Si ceux qui sont au pouvoir échouent, c’est tout le pays qui a échoué » « C’est un discours qui était attendu parce que depuis le 1er avril, il avait annoncé qu’on devrait l’attendre au bout de cinq mois. Au début, il a dépeint la situation et je trouve qu’il a très bien cadré la situation. Mais après, il faut dire que je suis resté sur ma soif parce que quand on parle de bilan, on aurait souhaité connaitre le nombre de villages libérés. Quoi que l’on dise, avec les perspectives qu’il a annoncées, on espère bien pour le Burkina Faso. Si ceux qui sont au pouvoir échouent, c’est tout le pays qui a échoué. Il va falloir qu’il y ait des actions au sommet de l’Etat parce que quand l’exemple vient des autorités, le peuple suit.

Clébert Golané, enseignant à Toma : « Je propose que le président ait le courage d’armer la population » « Dans le discours du président, il y a des points positifs et des points avec lesquels nous ne pouvons pas être d’accord. Il devrait faire le bilan de ce qu’il a fait au lieu d’un diagnostic de la situation. Il affirme que la population a accepté la résilience face à l’hydre terroriste alors que l’Etat n’a rien mis en place comme mesures d’accompagnement pour protéger la population. Elle est abandonnée à elle-même. Dans une partie de son discours également, il a dit que les populations n’ont jamais été abandonnées à elles-mêmes. Si je prends l’exemple de Solenzo et Barsalogo, on ne peut pas dire que les populations de ces localités n’ont pas été abandonnées. Il y a eu combien d’attaques ? Y a-t-il eu des ripostes ? Au Nayala où je vis actuellement, quand il arrivait au pouvoir, c’était seulement la commune de Gassan qui vivait le terrorisme. Mais aujourd’hui, toutes les six communes sont entre les mains des groupes terroristes. C’est un bilan négatif. Il devrait voir aussi ce qui a marché et ce qui n’a pas marché pour entreprendre des mesures idoines afin de nous faire sortir de cette impasse. La population a demandé à être armée. On ne se lève pas avec un gourdin pour faire face à des groupes terroristes. Quand il dit que les populations ont accepté leur situation, c’est parce qu’elles n’ont pas le choix. On ne s’aligne pas derrière l’armée avec des mains vides pour combattre l’ennemi. Je propose que le président ait le courage d’armer la population et qu’il attende de voir la suite ».

Dimitri Ouédraogo, fonctionnaire à Dédougou : « Il faut que les choses bougent et vite » Sur certains points, le président a exprimé sa satisfaction quant aux acquis engrangés. Mais en réalité, les choses ne sont pas roses. La Boucle du Mouhoun est en train de tomber. Si rien n’est fait, la population sera dans l’obligation de collaborer avec les terroristes si elle veut rester sur son sol. Il faut que les choses bougent et vite. Sinon, c’est la famine qui va frapper le Burkina si le grenier du pays tombe. Néanmoins, le chef de l’Etat a promis des mesures fortes. Vivement qu’elles soient appliquées et urgemment pour le bonheur des populations. Il faut que les différentes couches sociales s’unissent et mettent de côté leurs divergences pour sauver notre pays ».

Abdoulaye Hoeffi Dicko, porte-parole des OSC du Sahel : « j’aurai voulu qu’il fasse ressortir les problèmes » « D’abord, le Président du Faso a respecté sa parole de devoir de rédévabilité. Ensuite, j’ai constaté que c’est à Dori que le discours a été enregistré, chef-lieu de la région du Sahel qui est l’épicentre de l’insécurité au Burkina Faso. Cependant, j’aurai voulu qu’il fasse ressortir les problèmes que vivent les populations du Sahel. Pour ce faire, s’il avait passé deux jours à Dori avec les populations, il comprendrait mieux leurs préoccupations dans la mesure où Sebba est coupé du reste du Sahel, Seytenga où les gens sont repartis, il y manque les services sociaux. Il en est de même pour Markoye, Djibo et Gorgadji …., qui sont également coupés du monde et pire il n’y a aucun réseau de télécommunication, ni à manger. Nous sommes malheureusement dans cette malgouvernance que le Président Damiba a dépeint dans son discours. Qu’à cela ne tienne, j’ai noté deux aspects positifs de son discours. Le premier est relatif à certains combattants des groupes armés qui ont déposé les armes. C’est une avancée et c’est à saluer. Par ailleurs, le Président du Faso a reconnu des bavures et exactions des VDP et en ma qualité de défenseur des droits humains, je suis très content parce que nous avons passé tout le temps à interpeller et à dénoncer. Une chose est de reconnaitre, mais l’autre est de sanctionner pour l’exemple ».

Mamoudou Tamboura, PDI de Seytenga à Dori : « des efforts ont été consentis » J’ai suivi le discours du président et j’ai noté que des efforts ont été consentis en faveur des personnes déplacées internes, notamment la dotation en vivres. C’est vrai que certains habitants de Seytenga y sont retournés parce que les forces de défense et de sécurité sont maintenant sur place. Mais moi personnellement, je suis toujours à Dori parce que je n’ai aucune occupation là-bas. En effet, je n’ai pas pu cultiver et les groupes armés ont emporté tous mes animaux. Si je rentre actuellement à Seytenga avec une famille de 12 membres, ce sera très difficile de joindre les deux bouts. J’ai également noté l’implication de tous les Burkinabè à travailler main dans la main pour mieux combattre l’insécurité ».

Bila Boureima Dahani, président du Mouvement patriotique UGAPO du Gulmu : « la nouvelle dynamique augure de lendemains meilleurs » « Nous avons suivi avec beaucoup d’attention le discours du président du Faso. Il a tenu, d’entrée de jeu, à situer le contexte chaotique dans lequel le pays était plongé quand il prenait le pouvoir. Il a eu à dire, également, que chaque Burkinabè a failli. Nous notons que malgré les difficultés, il y a des avancées qui sont encourageantes. La preuve, au niveau de l’armée, on constate que, de plus en plus, elle n’est plus dans la réaction face aux exactions de l’ennemi. Maintenant, nous constatons que l’armée va à l’offensive et accule davantage les terroristes. Et même quand elle est attaquée, elle parvient à repousser l’ennemi. Donc, au vu de tout cela, nous pouvons dire que l’armée est en train de monter en puissance. Par ailleurs, il y a un certain de nombre d’équipements militaires qui ont été acquis. Il est vrai que la situation n’est pas totalement à la hauteur de nos attentes mais, la nouvelle dynamique enclenchée par l’armée augure de lendemains meilleurs. Si elle se poursuit, les populations pourront retourner, progressivement, au bercail. Nous exhortons l’armée et les supplétifs de sécurité à maintenir le cap ».

Pierre Claver Kima, président du conseil régional OSC du Centre-Est : « il faut poursuivre l’élan amorcé » « De nos jours, avec l’œil d’un profane, on peut dire que la situation se désagrège de plus en plus. Mais en tant que chef d’Etat, on comprend que beaucoup d’efforts ont été faits et sont en cours. Mieux, les forces de défense et de sécurité sont en train de prendre le dessus sur l’ennemi. Nous savons que ce n’est pas un combat de courte durée. Il faudrait poursuivre l’élan amorcé dans l’espoir que dans un bref délai, elles pourront rétablir l’ordre et la sécurité dans notre pays. Sur le terrain, l’insécurité avance. Par exemple, si ce n’est le Koulpélogo, le Centre-Est n’était pas touché. Mais de nos jours, le Kourittenga n’est pas épargné. Les hommes armés avancent jusqu’à Baskouré. La mairie d’Andemtenga a été incendiée. Mais dans le message du chef de l’Etat, il a relevé que ce sont des groupuscules qui font des actions d’éclat afin de créer la psychose. Les populations ont constaté elles-mêmes que ce sont des groupuscules de dix, douze personnes qui tournent et commettent des actes. Ce qui permet de comprendre la stratégie de l’ennemi. On ne vit plus les situations comme les massacres de Seytenga et Solhan où il y a eu un grand nombre de victimes. Nous pouvons admettre avec le chef de l’Etat qu’il y a eu des avancées. Si le territoire avait été complètement reconquis, on pouvait parler de satisfaction. Ce n’est pas le temps de faire le jugement du régime passé. Quant à la corruption, l’insécurité, les nominations politiques aux postes de responsabilités, la crise sociale, ce sont des réalités. Elles ne sont pas seulement imputables à l’ancien régime. Nous sommes tous responsables, mais étant donné que ce sont eux qui ont choisi de diriger le pays, ils sont les premiers responsables ».

Théophane Balima, SG de l’ODJ/Boulgou : « il faut armer les PDI » « Depuis l’arrivée au pouvoir du MPSR, le 24 janvier 2022, les attaques terroristes ne font que se multiplier et les zones qui n’étaient pas touchées sont gravement atteintes aujourd’hui. Ce qui fait que je ne suis pas satisfait de son bilan. Nous sommes en train de sombrer davantage. Des actes concrets qui donnent une lueur d’espoir au peuple ne sont pas posés. On voit que le nombre de Personnes déplacées internes (PDI) ne fait que s’accroitre de jour en jour. Le Président Damiba a tenté, tant bien que mal, de regrouper la classe politique. Ce qui est comme une restauration de l’ordre ancien. En outre, ce qui m’amène à ne pas avoir confiance aux autorités en place dans le combat contre le terrorisme, c’est que le président, dans son discours, accuse les politiciens d’avoir mis ce pays en mal, alors que dans ses perspectives, il les appelle encore pour leurs contributions. Il n’y a donc pas de logique. En indexant les régimes passés, il ne nous apprend rien de nouveau. Il ne sert à rien de revenir encore accuser ses prédécesseurs. A cette allure, chaque régime viendra accuser l’autre et on n’y avancera pas. Aussi, la lutte doit être organisée avec les personnes déplacées internes. Ce sont elles qui savent qui les attaque et ce sont elles qui peuvent défendre leurs villages mieux que quiconque. Il serait alors mieux de les armer pour venir à bout du phénomène ».

Julien Lompo, professeur d’anglais à Tenkodogo : « nous n’avons pas le contrôle du Sahel » « Rien ne m’a surpris dans le bilan du président du Faso. Je savais qu’il allait positivement apprécier les cinq mois de son action. En tant que citoyen, je ne me reconnais pas dans son bilan, au regard de ce que je vis sur le terrain. Parce que la situation sécuritaire ne fait que s’aggraver du jour au lendemain. De ce point de vue, je suis déçu que le président nous dise que son bilan est positif. Pour preuve, c’est avec le MPSR que nous avons perdu toute une région, notamment celle du Sahel. Nous avons aussi des axes principaux et des routes nationales dont nous n’avons plus le contrôle. Celle de Kantchari-Fada est aujourd’hui contrôlée jour et nuit par les terroristes. Par ailleurs, le MPSR tente de ramener ses hommes politiques à travers la réconciliation nationale. Il ne faut pas qu’il nous parle de l’ancien régime. En termes de perspectives, je ne vois pas ce qui s’annonce de positif. Le président a parlé d’acquisition de matériel que nous n’avons pas encore vu. Quand les populations vont rejoindre leurs localités, on n’aura pas besoin d’un discours mais on fera un constat ».

Issouf Maïga, professeur certifié d’histoire-géographie : « il y a un réel engagement » « Le président du Faso est un homme de parole. En avril dernier dans son discours à la Nation, il avait promis un premier bilan dans cinq mois, chose faite. Ce discours vient nous rassurer que nous devons soutenir la Transition. Sur le plan de la forme, il y a un acte symbolique qu’il faut souligner. Le président a fait la région du Sahel, et cette zone fait partie des régions les plus touchées par la situation. Pour donner un message fort aux populations, il a choisi Dori, chef-lieu de la région du Sahel pour son discours. Cela traduit que le Burkina Faso ne se limite pas à Ouagadougou. En ce qui concerne les résultats, nous qui sommes dans les régions, nous vivons les réalités. Il y a un réel engagement, une mobilisation générale de toutes les forces pour la cause et c’est important de le souligner ».

Ali Badini, coordonnateur du collectif national du mouvement Sauvons le Yatenga : « beaucoup de choses restent à faire » « Le discours du chef de l’Etat nous donne beaucoup d’espoir. Premièrement, le Président Damiba a accusé tout le monde notamment les Forces de défenses et de sécurité (FDS), les hommes politiques et les Organisations de la société civile (OSC) d’être responsables de la situation que vit le Burkina Faso actuellement. Ensuite il a rappelé l’histoire du Burkina en disant que si nos devanciers ont pu reconstituer la Haute-Volta aujourd’hui Burkina Faso en 1947 avec le peu de moyens qu’ils disposaient, nous pouvons le faire aujourd’hui, mais cela demande l’union de tous les filles et fils pour un seul but : la restauration de notre territoire. Pour le bilan chiffré, il faut accepter que beaucoup de choses restent à faire, mais avec la réorganisation de l’armée et surtout, la création de la Brigade de veille et de défense patriotique (BVDP) nous avons bonne foi qu’en 2023 nous aurons des résultats probants ».

Rasmané Barry, coordonnateur des mouvements citoyens conscients de Ouahigouya : « les populations attendaient la récupération des communes et villages » « C’est un discours pas totalement rassurant, car le chef de l’Etat a fait un bilan global et non détaillé comme l’attendaient les populations. Sur le plan sécuritaire, les populations attendaient la récupération des communes et villages ainsi que le retour de l’administration. Chose qui n’est pas faite. Sur la question humanitaire, c’est préoccupant pour les défenseurs des droits humains, car à Titao, les populations continuent de souffrir. Je félicite le président pour la réorganisation de l’armée qui donne aujourd’hui des résultats satisfaisants. Pour la réussite de sa mission, le président doit multiplier les stratégies et tout le monde le soutiendra car, la victoire contre les groupes armés est une affaire de tous ».

Issa Sawadogo photographe à Ouahigouya : « il faut encore plus d’efforts » « Durant les cinq mois, les autorités de la Transition ont eu des acquis, mais, il faut encore plus d’efforts. Comme il l’a souligné dans son discours, il y a des années de cela, la Haute-Volta actuel Burkina Faso, avait été partagé entre ses voisins, mais c’est grâce à la brave détermination des filles et fils que le pays a été reconstitué en 1947 dans ses limites actuelles. Donc, quel que soit le prix à payer, nous devons restaurer le pays légué par nos ancêtres, dans ses limites. Pour cela nous devons être unis ».

Emmanuel Ouoba, coordonnateur du mouvement « U Gulmu Fi » : « les Burkinabè attendent mieux » « Ce discours a consacré très peu d’espace au bilan lui-même parce qu’on se rend compte que dans les cinq premières pages, le président du Faso a fait une large description de la situation nationale avant la prise du pouvoir par le MPSR. Il n’y a que deux pages dans lesquelles on retrouve des éléments de résultats concrets. Le chef de l’Etat a annoncé que plusieurs dizaines de combattants de groupes terroristes ont déposé les armes et que certaines localités connaissent une relative accalmie. Sinon pour le reste, c’est beaucoup plus une description et une projection par rapport aux perspectives. Les Burkinabè attendent beaucoup mieux que cela et on sera heureux qu’on puisse nous dire que des écoles sont rouvertes, que nous puissions constater, effectivement, le retour des PDI au bercail. C’est cela que les Burkinabè attendent du pouvoir de la Transition ».

La rédaction

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