Partir à la retraite ou être en retrait ?

Cette année dans mon quartier, c’est la saison des retraites. Presque dans chaque cour, il y a un nouveau ou une nouvelle retraitée. Il y en a même qui sont venus me dire qu’ils sont à la retraite et que désormais, ils sont libres de tout mouvement. Même mon voisin qui ne salue jamais les gens est parti à la retraite. Pour la première fois, il m’a enfin dit bonjour avec un sourire jaune qui fait peur. La voisine du pan coupé qui marchait avec son gros cœur en bandoulière est venue me serrer la main chez moi.

C’est la première fois que je vois cette « tigresse » de plus près et en gros plan. Elle m’a dit que désormais, nous pourrons discuter de l’actualité et elle m’a même promis des sujets de chronique. Je ne savais pas qu’elle savait que c’était moi le gueulard qui leur donnait des coups de dards chaque semaine. Celui qui battait sa femme a aussi fait le déplacement mais je pense que lui ne devait pas aller à la retraite. Maintenant qu’il sera oisif, je me demande comment sa pauvre dame sortira indemne du tatami conjugal.

Le gargantuesque tas de muscles gradés de 2 mètres qui faisait la courbette au pied de sa femme m’a simplement dit au sens propre en souriant qu’il a été remis pour emploi à sa féline de 1,69 mètre. Ce doux gaillard aux épaules de muraille est l’expression paradoxale de l’adage : « derrière un grand homme, il y a une femme de feu ». Comme pour dire que « la grandeur ne se trouve pas dans la force, mais dans le bon usage de la force ».

Bref, j’ai salué le ballet des retraités et souhaité aux désormais hommes et femmes libres d’en jouir à l’extase et avec emphase. Je leur ai souhaité une bonne retraite mais en vérité pour certains d’entre eux, il n’y a point de miracle qui vaille ; quand quelqu’un se met en retrait de la société, ce n’est vraiment pas une retraite professionnelle qui le ramènera à la société. La générosité n’est pas un talent professionnel, le respect et la dignité ne sont pas des aptitudes professionnelles.

Toutes ces valeurs se cultivent et s’acquièrent dans la société et personne ne va à l’école de la bonté pour revenir semer l’agréable à sa porte. La joie ne se fabrique pas en laboratoire ; le bonheur n’est pas un produit de luxe au coût exorbitant et inaccessible. Nous avons tous droit à ces valeurs et à ces états d’esprit pour peu que nous soyons suffisamment humbles et volontaristes pour aller vers les autres et leur témoigner notre humanité.

Il n’y a pas de congé dans la vie sociale, il n’y a point de répit dans les relations humaines, on ne se fatigue pas de la société et on ne s’éloigne pas de la société pour être en paix dans la société. Mais combien sont-ils ces retraités qui quittent les affaires avec le sourire en laissant derrière eux le regret des autres de les voir partir ? Combien sont-ils ceux qui quittent la vie professionnelle sur la pointe des pieds, parce qu’ils ont été la pire espèce de méchanceté envers les autres ?

Combien ont su gérer leurs relations de sorte à laisser au-delà des œuvres, une image indélébile d’eux-mêmes dans la tête de leurs collègues ou des usagers du service ? Que l’on soit « petit agent » ou « grand commis » pendant que l’on travaille, on doit se travailler pour être une source d’inspiration pour les autres. Chacun, « petit » ou « grand », est une richesse mais la richesse n’est pas que sonnante et trébuchante ; elle est surtout sagesse.

Regardez comment certains traumatisent leurs agents, pour se mettre en valeur. Il y en a dont la carrière est une poudrière ; partout où ils passent, ils sèment la rancœur, cultivent les rancunes pour récolter la discorde. Il y en a qui ont été tellement injustes envers les autres qu’ils partent à la retraite sous les vivats de leurs victimes. Voilà pourquoi, on peut servir la Nation en tant que planton et bénéficier d’une retraite pleine de grâces et être un cadre supérieur qui rase les murs avec une espérance de vie d’éphémère.

Oublions ceux qui passeront leur retraite impotents dans un fauteuil roulant, dans un hôpital sur un grabat sans espoir d’échapper à la mort. Sans goûter à un kopeck de leur pension. La retraite est une nouvelle vie qui se prépare. Et on ne la prépare bien que pendant que l’on est actif. Faites bien votre travail et n’oubliez pas d’investir tout en vous investissant pour les autres.

Fixez-vous des objectifs à l’aune de vos moyens et visez-les avec foi et abnégation. Faites montre de probité et laissez toujours une réserve de concession dans vos relations avec les autres. Au-delà de la bonne note professionnelle qui fait avancer, cherchez aussi à gagner la meilleure note relationnelle auprès de votre hiérarchie, de vos collègues et de vos usagers. Faites preuve d’humilité et remettez-vous toujours en cause pour vous améliorer. Sinon, un jour, vous irez à la retraite sans vraiment vous reposer en âme et conscience. Parce que vous auriez préparé votre retrait à la faveur d’une retraite qui, finalement, maltraite.

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

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