La filière cacao en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, traverse une crise majeure depuis début 2026, marquée par une chute drastique des prix au détriment des producteurs. En Côte d’Ivoire, ils ont été réduits de près de 60%, soit à 1200 FCFA le kilogramme. Les deux pays font également face à un surstockage important. Cette situation fait suite à une flambée des cours, fin 2024, causée par des déficits de production liés au dérèglement climatique et aux maladies des cacaoyers.
De 2800 à 1200 FCFA le kilogramme (kg). En cinq mois, c’est une chute vertigineuse du prix de vente du Cacao que la Côte d’Ivoire a enregistrée. En effet, le pays, premier producteur mondial de cacao, vient de diviser, de plus de moitié, le prix d’achat de « l’or brun » aux planteurs. Selon les autorités, il s’agissait d’une décision nécessaire pour relancer les ventes, sur fond de cours mondiaux en chute libre.
En effet, plus de 100000 tonnes de fèves de cacao ne trouvaient toujours pas preneurs dans le port d’Abidjan. Pourtant, il y a encore quelques mois, le prix du kilo atteignait un record absolu. Le pays, pourtant premier producteur mondial, n’arrive pas à réguler le marché. Alors que plus de 6 millions d’Ivoiriens dépendent de cette filière. C’est le 1er octobre 2025, à quelques semaines de l’élection présidentielle que le Président ivoirien Alassane Ouattara avait annoncé, devant les principales organisations de planteurs que le prix bord champ du cacao était fixé à 2800 FCFA le kg.
Et ce, au titre de la campagne 2025-2026. Cette annonce avait naturellement suscité une grande joie auprès des producteurs, car le prix du cacao avait rarement atteint un tel montant. Grande fut donc la déception des planteurs, 5 mois plus tard, lorsque le ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Koné, déclare que le prix du cacao sur le marché international oblige l’Etat ivoirien à faire un réajustement. Il annonce une baisse de 2800 à 1200 FCFA le kg. La grande conséquence de cette situation est le surstockage et la mévente de la production cacaoyère. En effet, des milliers de tonnes de cacao sont stockés dans les entrepôts, faute d’acheteurs au prix fixé initialement, aggravant la situation financière des coopératives. Sur le plan interne, des causes structurelles et climatiques sont aussi l’origine de cette crise du cacao en Côte d’Ivoire.
Les plantations sont ravagées par le virus du « swollen shoot » (œdème des pousses) et le changement climatique, matérialisé par la chaleur et les fortes pluies, réduisant drastiquement les rendements. Sur le plan économique, on note une volatilité du marché. La volatilité entre le prix officiel garanti et la chute des cours mondiaux, après un record fin 2024, a rendu la filière intenable. Le cacao ivoirien a été nettement plus cher que le marché mondial pendant plusieurs semaines. Situation peu reluisante au Ghana aussi Au Ghana voisin, le pays a réduit de près de 30% le prix d’achat du cacao à la production pour le reste de la saison 2025-2026. Ainsi, le prix payé aux producteurs se situe désormais à un peu plus de 41 000 cedis (environ 3700 dollars) la tonne, contre 58000 cedis (près de 5 270 dollars), selon le tarif fixé en octobre.
« Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités », déclare le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, lors d’une conférence de presse à Accra. Les prix internationaux ont chuté, passant de 12500 dollars la tonne en décembre 2024 à 7000 dollars en octobre 2025. Actuellement, la tonne se vend à 4100 dollars, rendant le cacao ghanéen non compétitif, selon le ministre. Fortement endetté, le régulateur du secteur, le Ghana Cocoa Board (Coco Bod), est à court de liquidités pour acheter les récoltes. La situation s’est aggravée, lorsque la production est restée inférieure aux volumes engagés dans les contrats de vente.

Face à la situation, Accra entend réformer le financement du secteur avec des obligations locales, sécurisées par les recettes du cacao et imposer, à partir de 2026-2027, la transformation locale d’au moins 50% des fèves, afin de renforcer la valeur ajoutée et assainir durablement la filière. La majeure partie du cacao mondial est produite en Côte d’Ivoire et au Ghana, où les autorités nationales fixent le prix un an à l’avance. La récente chute des prix a rendu leurs fèves environ 40%plus chères que ce que les négociants internationaux sont prêts à payer. Cette baisse des prix s’explique par diverses raisons, notamment par une bonne récolte mondiale, survenue dans un contexte de faible demande. En raison des précédents prix élevés, les tablettes de chocolat sont devenues plus petites et les chocolatiers utilisent moins de cacao.
Synthèse de Gabriel SAMA.






























