Pour des Etalons battus par les Eléphants donc éliminés dès les 8e de finale de la 35e Coupe d’Afrique des nations, le consultant Madou Dossama porte son analyse et s’interroge sur le risque d’adopter un système de jeu expérimental.

Dernier match de ses 8es de finale, l’équipe du Burkina Faso l’entame avec une innovation majeure notamment dans le dispositif tactique inhabituel avec 5 défenseurs centraux Issoufou Dayo-Edmond Tapsoba-Adamo Nagalo-Arsène Kouassi-Steeve Yago. Les Eléphants vont afficher leur intention dès le début du match en monopolisant le ballon et obligent les Etalons à défendre puis procéder par des contres. Saidou Simporé sera d’ailleurs le premier a tenté un tir de loin dès la 3e minute.

C’était sans réel danger pour les Ivoiriens. La réaction des Ivoiriens est quasi immédiate avec Yan Diomandé et Amad Diallo qui vont pousser Adamo Nagalo à la faute à la 5e minute. Le match des voisins était lancé. Les 15 premières minutes du jeu vont être très difficiles pour les Etalons un peu la tête sous l’eau. Crispés un peu par l’enjeu, désorientés aussi par ce nouveau schéma de jeu, les Etalons sont en apnée. Face aux salves ivoiriennes, il fallait tenir, faire le dos rond et installer petit à petit son jeu dans un système d’animation inhabituel. Sur une action individuelle, Cyriaque Irié se met en évidence avec un bon centre que Lassina Traoré n’a pas pu couper.

C’est timide mais cela a eu le mérite de piquer les Eléphants au vif qui vont punir les Etalons a la 20e minute. Puis sur une action confuse dans la défense burkinabè, Amad Diallo va slalomer entre les géants défenseurs des Etalons et marquer le 1er but. Logique, les Ivoiriens concrétisent leur nette domination de ce début du match. Comme si l’enjeu du match ne suffisait pas, le système de jeu proposé par le jeu était tellement incohérent que les Etalons étaient complètement perdus. Les Eléphants ne vont pas se faire prier et plantent un deuxième but grâce au feu follet Yan Diomandé à la 32e minute.

Cette première période est un cauchemar pour les Etalons et en particulier Adamo Nagalo qui sera remplacé avant la pause (40’) par Blati Touré. Le Burkina va retrouver son schéma habituel du 4-3-3 où ils ont plus de repères, plus de certitudes. La question que beaucoup de personnes comme moi se sont posé ces premières 45 minutes : pourquoi le Burkina a pris le risque d’adopter un système de jeu aussi expérimental où les Etalons n’ont aucun vécu à part l’équipe de la CAN 98 avec Philippe Troussier ?

« Le football d’élite ne laisse plus beaucoup de place au hasard et à l’improvisation »

La seconde période débute avec la rentrée de Georgi Minoungou à la place de Lassina Traoré, Cyriaque Irié est positionné sur le flanc gauche et Dango Ouattara passe avant-centre. Les cartes sont ainsi redistribuées dans l’équipe du Burkina. Les Etalons présentent un autre visage et obligent les Ivoiriens à défendre au début de la seconde période. Forts de leurs 2 buts d’avance, les Eléphants laissent par moments le ballon aux Etalons en optant pour un positionnement bas. Cette attitude était volontaire, car, à chaque fois qu’ils réussissaient leurs transitions offensives, le Burkina était au bord du break (55’).

Le match s’installe dans un faux rythme à l’heure du jeu et les artistes des deux équipes font apprécier leur talent. Georgi Minoungou répond à Ivan Guessan, mais pas de but. La montre tourne. Le Burkina pousse, la Côte d’Ivoire est dans la gestion efficiente de son acquis. Le match n’a plus un vrai fil conducteur. Chaque transition devient une occasion de but. Le capitaine Bertrand Traoré et Issa Kaboré vont faire leur rentrée côté burkinabè. Les 10 dernières minutes sont mieux gérées par le coach Emerse Faé qui, avec son coaching gagnant, permet à Touré de porter l’estocade à la 88e minute.

Les Etalons sont définitivement assommés ! Le Calice jusqu’à la lie… Les Eléphants de Côte d’Ivoire ont dicté leur loi. Pourtant, cette équipe du Burkina était un peu crainte par les Eléphants, mais, les choses se sont finalement passées très facilement pour eux. Sur ce match nous avons démarré avec un dispositif tactique qui a complètement chamboulé les habitudes des joueurs qui ont manqué de repères. Contre une équipe comme la Côte d’Ivoire, ce n’était pas seulement hasardeux, c’était aussi suicidaire. Et nous avons payé le prix. Il faut se remettre au travail et être dans une logique de vision et de planification. Le football d’élite ne laisse plus beaucoup de place au hasard et à l’improvisation. Il faudra se réinventer si nous voulons un jour avoir notre première étoile.

Propos recueillis par Yves OUEDRAOGO

 

Laisser un commentaire