Pendant que les regards sont rivés sur les pelouses marocaines, une autre compétition, tout aussi féroce, se joue dans les coulisses : celle des retombées financières. Avec la CAN Maroc 2025, le football africain confirme sa mue, passant de simple passion populaire à une véritable industrie stratégique. Analyse d’un business continental en pleine expansion.

Bien au-delà du simple frisson sportif, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est devenue le baromètre de la puissance économique du football sur le continent. Diffusée dans des dizaines de pays et suivie par des centaines de millions de téléspectateurs, l’édition marocaine de 2025 illustre parfaitement cette montée en puissance. Entre droits de diffusion, sponsoring et tourisme, la compétition mobilise désormais des flux financiers qui n’ont plus rien à envier à certaines compétitions internationales.

Les chiffres projetés pour cette édition 2025 témoignent de l’ampleur de « l’industrie CAN ». Les revenus totaux sont estimés à environ 192 millions de Dollar US (USD), soit plus de 115,2 milliards de F CFA. Le sponsoring, moteur principal de cette manne, pèse pour 126,2 millions USD (environ 75,7 milliards F CFA), suivi des droits de diffusion TV (46,5 millions USD, soit près de 28 milliards F CFA) et de la billetterie (19 millions USD, soit 11,4 milliards F CFA).

Pour la Confédération africaine de football (CAF), l’enjeu est vital. En fait, avec un profit net estimé entre 112 et 113 millions USD (environ 67,5 milliards F CFA), l’instance faîtière assure son fonctionnement et finance ses programmes de développement. Le vainqueur empochera 10 millions USD (6 milliards F CFA), tandis que le finaliste malheureux repartira avec 4 millions USD (2,4 milliards F CFA). Les demi-finalistes, quant à eux, percevront chacun 2,5 millions USD (1,5 milliard F CFA). En tant que pays hôte, le Royaume chérifien est le premier à récolter les fruits de cet investissement massif.

Avec plus d’un million de supporters attendus, les dépenses touristiques sont estimées entre 4,5 et 12 milliards de dirhams, soit une fourchette allant de 270 à 720 milliards F CFA. Les investissements colossaux injectés dans la modernisation des stades et des réseaux de transport ne sont pas que des dépenses de prestige. Ils constituent un héritage durable. Pour le Maroc, la CAN est un levier de croissance pour les petites et moyennes entreprises locales et une vitrine exceptionnelle pour renforcer son attractivité touristique à long terme. Pour les géants de la banque, des télécoms ou de l’aérien, la CAN est une plateforme de communication inégalée.

C’est l’occasion de capter l’attention d’une jeunesse africaine ultra-connectée. Les médias ne sont pas en reste. L’événement provoque un pic d’audience qui dope les recettes publicitaires. Pour la presse nationale, qu’elle soit marocaine ou issue des pays participants comme le Burkina Faso, la CAN est un moment fort de mobilisation et de fidélisation du lectorat, créant une dynamique vertueuse autour de l’information sportive. Si la CAF et le pays hôte tirent les plus gros bénéfices, qu’en est-il des équipes nationales ? Pour le Burkina Faso, les gains directs dépendent des primes de performance mentionnées plus haut. Mais l’enjeu pour notre 11 national se situe surtout dans la valorisation de l’image de marque du pays des Hommes intègres.

Une bonne campagne est une vitrine pour les talents nationaux, facilitant leur transfert vers des clubs prestigieux et attirant de nouveaux partenaires techniques pour la Fédération burkinabè de football (FBF). Toutefois, cette économie florissante pose un défi de taille, celui de la redistribution. Pour que la CAN soit un véritable moteur de développement, les Etats doivent transformer l’essai en professionnalisant les championnats locaux. A ce prix, le football cessera d’être un simple spectacle pour devenir un levier de croissance sociale et économique pérenne pour toute l’Afrique.

Pengdwendé Achille OUEDRAOGO
(source : CAF, Média24-Maroc)

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