Latifah Paré : « c’est un devoir de redevabilité pour moi de rester aux côtés de mes jeunes frères et sœurs ».

Après une quinzaine d’années de carrière riche de centaines de matchs nationaux et internationaux, l’arbitre assistante FIFA Latifah Paré range son drapeau. Décision prise à contrecœur par l’athlète qui ne compte pas pour autant quitter définitivement le milieu arbitral.

L’histoire d’amour entre Latifah Paré et l’arbitrage va désormais continuer de s’écrire autrement.Pour cause, l’arbitre assistante internationale burkinabè a décidé de mettre fin à sa carrière sur le terrain après plus d’une décennie de pratique. « C’est avec un grand pincement au cœur que j’ai dû prendre cette décision. J’aurai bien voulu continuer encore et peut-être faire des compétitions comme la CAN ou le mondial. Mais depuis 2022, j’ai
postulé à de nouveaux challenges professionnels qui ont abouti et qui demandaient que je sois de plus en plus hors du Burkina Faso pendant de longues périodes.

Cela me rendait de plus en plus indisponible mais, j’ai fait la sourde oreille jusque-là », explique-t-elle. Ingénieure logisticienne de formation évoluant dans l’humanitaire, Latifah aura tenté de s’accrocher à sa passion ces dernières années mais, elle a été contrainte de se rendre à l’évidence. Lors de ses six premiers mois au Niger, elle a eu la chance d’être retenue pour officier dans des matchs de la Fédération nigérienne de football, ce qui lui a permis de rester en compétition. Mais au Tchad tout comme au Congo, où elle a été déployée par la suite, les choses ont été plus difficiles.

« Pendant ces longues absences du pays, je ne peux pas competir et je ne peux pas être remplacée à l’international. Je me suis donc dit qu’il était préférable de revoir mes ambitions à ce niveau, en cédant ma place et permettre à une autre jeune consœur de se battre convenablement pour le Burkina Faso vu que je n’y arrivais plus vraiment », précise-t-elle. Une décision surprenante mais compréhensible selon ses « désormais » anciens confrères, consœurs et encadreurs.

« C’est une belle personne intérieurement et très généreuse. J’ai beaucoup appris auprès d’elle car, elle est plus ancienne que moi dans l’arbitrage. C’est une bosseuse qui n’hésite pas à donner des conseils ou partager ses connaissances avec ses petits frères ou petites sœurs arbitres, pour peu qu’ils soient réceptifs. D’une part, c’est avec un peu de tristesse de savoir que nous ne partagerons plus le terrain ensemble. Nos moments de fous rires pendant les séances d’entraînement ou de matchs me manqueront.

Mais d’une part, je suis contente pour elle car la carrière professionnelle passe avant tout », confie l’arbitre internationale Jacqueline Nikiéma. Jean Ouattara avec lequel Latifah a dirigé son premier match de championnat masculin retient d’elle, une athlète sympathique et très sociable, toujours prompte à motiver les autres, qui va beaucoup manquer à ses confrères. Quant au président de la Commission centrale des arbitres (CCA), Losséni Paré, père de Latifah, il dit avoir accueilli la décision avec beaucoup de fierté. « C’est vrai que, lorsque j’en ai parlé à la commission, les gens étaient très surpris mais, ils ont compris que c’était une bonne décision de sa part », affirme-t-il.

Un parcours remarquable

La meilleure arbitre assistante de la saison 2018-2019 du Fasofoot tourne ainsi la page d’une aventure entamée depuis 2009 comme élève-arbitre. Avec la motivation et l’envie de se surpasser qui la caractérisent, elle gravit les échelons et réussit à passer arbitre FIFA en 2017 au moment où le Burkina Faso ne comptait qu’une seule arbitre assistante internationale. De son premier match officié avec des jeunes de la catégorie minimes en 2012 à celui de Ligue 1 masculine entre AS SONABEL et EFO en fin d’année 2024, ce sont de nombreuses rencontres dirigées avec maîtrise, aussi bien au plan national qu’international, par la jeune athlète.

Dans le premier cas, elle compte à son actif un nombre remarquable de matchs de référence de championnats nationaux (féminin et masculin), de finales de coupe du Faso et de super coupe. A l’international, elle s’est distinguée à plusieurs reprises sur des compétitions internationales telles que celles de l’UFOA, de championnes League africaine, des éliminatoires CAN et coupe du monde ainsi que des éliminatoires des Jeux Olympiques de 2024. Si Latifah Paré range son drapeau, elle n’entend pas tourner dos définitivement au monde de l’arbitrage, convaincue que lorsqu’on est arbitre, on le reste pour toujours.

« J’aimerai bien évoluer dans l’encadrement pour ma reconversion dans le milieu », insiste-elle. Ce qui a le mérite de réjouir la CCA qui l’y encourage fortement. « Ceci, car elle a une expérience que nous ne voudrions pas perdre. Elle peut nous aider dans l’encadrement des arbitres, elle pourrait faire l’instruction, elle pourra aussi faire l’inspectorat. Nous le lui avons proposé, elle est partante et si l’occasion se présente, nous allons la jeter dans le
bain », fait savoir le président Losséni Paré. Toute chose qui laisse présager que l’aventure entre Mlle Paré et sa passion d’enfance ne s’arrêtera pas de sitôt.

Voro KORAHIRE

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