Abdoul Diallo « Boum-Boum pleurait ses adversaires défigurés ».

Le monde du sport burkinabè est plongé dans le deuil. Le vendredi 16 janvier 2026, l’un des plus grands ambassadeurs de notre pays, Dramane Nabaloum, plus connu sous le nom de « Boum Boum », a rangé définitivement ses gants. Entre la gloire internationale, ses esquives de génie et une fin de vie empreinte d’humilité, retour sur le parcours d’un météore qui a redonné ses lettres de noblesse au Noble art burkinabè.

Le Burkina Faso a perdu son étoile la plus scintillante du ring : Dramane Nabaloum. Né en 1967 en Côte d’Ivoire, c’est sous le soleil d’Eburnie que le jeune Dramane attrape le virus de la boxe. En 1974, alors qu’il n’est qu’un enfant, le choc mythique entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa agit comme un déclic irréversible. Dès lors, il n’aura plus qu’une seule obsession, celle de boxer. Ses premiers pas, il les fait sous la houlette de Mory Cissé, un entraîneur sourd-muet qui lui transmet l’essentiel, à savoir la rage de vaincre et la précision millimétrée. En 1990, la boxe burkinabè se trouve à l’agonie. Après la chute de l’icône Mamadou Paré, les salles se vident peu à peu. Patrice Tassembédo, alors nouveau président de la Fédération, cherche un « sapeur-pompier » capable d’éteindre l’incendie du déclin. Au Renaissance Club de Ouagadougou, avec l’entraîneur Harouna Sondé, Dramane Nabaloum peaufine sa technique. Toutefois, c’est sa rencontre avec le manager Jean-Pierre Mahé qui va véritablement propulser sa carrière. Professionnel à la technique jamais égalée au Faso,
« Boum Boum » était un orfèvre doté d’une garde hermétique et d’esquives fluides. Ses gants brûlaient les joues de ses adversaires. Patriote jusqu’aux larmes, il ne pouvait contenir son émotion à chaque fois que le Ditanyè résonnait sous les projecteurs du monde entier. Le palmarès de Dramane Nabaloum reste, à ce jour, l’un des plus vertigineux de l’histoire du sport national. Le 28 janvier 1994, il foudroie le Nigérian Joe Orewa par KO à la 6e reprise et s’empare de la ceinture de Champion d’Afrique (ABU) des poids plumes. Deux ans plus tard, le 27 avril 1996, il franchit l’Atlantique et décroche le titre de Champion International WBC au Venezuela en contraignant l’entraîneur de Nelson Medina à jeter l’éponge. Enfin, le 25 avril 1998, devant une Maison du Peuple en liesse, il terrasse le Russe Pougad Chev Maxim à la 3e reprise pour s’offrir la ceinture mondiale WAA. Sa chute, intervenue le 22 mai 1999 à Budapest face à Istvan Kovacs, restera une blessure ouverte. Privé de moyens par une fédération alors exsangue, il avait dû combattre en terrain hostile sans préparation adéquate. Ce fut le début d’une retraite anticipée, mais prise avec tout l’honneur qui lui était dû. Après avoir raccroché les gants, le champion s’était reconverti en serviteur de l’Etat au sein du ministère en charge des sports où il officiait comme chauffeur-mécanicien. Retraité depuis 2022, il avait trouvé refuge dans la foi en occupant avec dévotion le rôle de muezzin à la mosquée de son quartier. Jusqu’à son dernier souffle, il est resté un grand frère et un conseiller précieux pour la jeunesse en fréquentant les salles de boxe pour détecter les futurs champions. Décédé, le vendredi 16 janvier, Dramane Nabaloum a été conduit à sa dernière demeure le samedi 17 janvier au cimetière de Taabtenga, accompagné par une foule immense de parents, d’autorités, d’amis et de fans éplorés. Adieu, Champion. Que la terre du Burkina Faso que tu as tant aimée et honorée te soit légère !

Pengdwendé Achille OUEDRAOGO


 

Roger Zami Guébré (ancien journaliste sportif)

« Lorsque l’on chante l’hymne national il avertit l’adversaire par des larmes qu’il versait »

«J’ai connu Dramane Nabaloum dit Boum Boum depuis Abidjan. Il était très jeune et il fréquentait le boxing club de Treichville sous la conduite de l’entraîneur Roger Deprit. Comme par enchantement, on se retrouve au Burkina en 1983 où il avait évolué dans sa boxe. Il était néo-professionnel et après quelques essais, il a passé donc le test à travers les combats néo-pro qu’il livrait çà et là. Je me rappelle du plus beau de ses combats néo-pro qu’il a livré face à la coqueluche du Ghana à l’époque, le 8 août 1993 à Accra, au cinéma Orion. Ce jour-là, il a baladé, tutoyé et ridiculisé Joé Téléou. Boum Boum est sorti comme une véritable icône de la boxe africaine ce soir-là.

Sa carrière s’est alors trouvée face à son avenir qu’il a pris avec courage et détermination. Au fur et à mesure, avec le soutien et l’encadrement technique de l’entraîneur, Jean-Pierre Maher aujourd’hui en France, il a connu la gloire pour le Burkina. Boum Boum a créé des orifices de reconnaissance pour la boxe de son pays, le Burkina Faso, en devenant successivement champion d’Afrique de sa catégorie, sous la houlette de Jean-Pierre Maher. Je crois que Dramane Nabaloum est l’un des sportifs qui a porté avec beaucoup de fierté notre pays dans son cœur et à travers sa production sur le ring. On ne peut pas l’oublier.

Avant chaque étape importante de sa vie de boxeur, lorsque l’on chante l’hymne national, Boum Boum est prêt au combat et il avertit l’adversaire par des larmes qu’il versait. Beaucoup l’ont remarqué dont moi naturellement. Je pense que les images ne manqueront pas pour souligner ce côté patriote de notre cher disparu. Boum Boum, je suis celui qui l’a baptisé tout simplement parce qu’il avait le même style qu’un boxeur mexicain que j’ai connu et suivi, il s’appelait Boumboum Trugilo.

Comme il avait le même style et la même rage que le mexicain des années 90 jusqu’en 2000, un soir à l’occasion de son combat dont j’étais l’animateur, j’ai dit « champion d’Afrique Boum-Boum Nabaloum, Boum-Boum Nabaloum » et j’ai demandé au public de reprendre ça et c’est depuis ce jour que Dramane Nabaloum est devenu Boum Boum. Sur le plan social, c’est un garçon affable. Il avait une vie de combattant bien sûr mais de combattant propre puisqu’il fréquentait les éléments de notre armée qui était commise à la sécurité présidentielle à l’époque. Il était très bien encadré et il n’hésitait pas à montrer qu’il avait sa façon d’être un défenseur des valeurs du pays, des armories, du drapeau et il n’a jamais triché.

Boum Boum est un sportif complet dont l’exemple mérite d’être suivi par les plus jeunes, ses enfants et toute la génération de futurs pugilistes qui vont prendre ses pas. Un champion, ça s’applaudit et c’est ce qu’il a mérité au cimetière par des milliers d’accompagnateurs. On l’a applaudi longuement comme il fut applaudi par le public, le grand public de la Maison du peuple et du stade du 4 août ».

Propos recueillis par Ollo
A. C. HIEN


 

Abdoul Diallo, journaliste sportif à la retraite et proche du champion

« Que sa détermination inspire la nouvelle génération »

Abdoul Diallo « Boum-Boum pleurait ses adversaires défigurés ».

« J’ai découvert Nabaloum en 1992 à la Maison des Jeunes. Avec le ministre Kilimité Hien, nous avons tout de suite vu son talent. Un jour, il m’a confié vivre dans une maison commune à Zogona où il ne pouvait pas se reposer pour ses entraînements de 5h du matin. Après une émission, le président d’antan, Blaise Compaoré, nous a fait venir à la présidence pour lui remettre les clés de sa villa. Son premier grand tournant fut en 1994 à Abidjan contre le champion du monde Jacobin Yoma. Boum-Boum l’a dominé sur huit reprises. Impressionné, l’Ivoirien avait alors lancé : « Ne gardez pas cet enfant ici. Emmenez-le ailleurs ». C’est là que tout a commencé. Ce qui m’a le plus marqué, c’est sa sensibilité. Il finissait souvent ses combats en larmes. Quand je lui demandais pourquoi, il me répondait :
« Je n’aime pas voir mon adversaire comme ça. Il est venu avec son beau visage, je ne dois pas le rendre vilain ». Nabaloum était comme un fils pour moi. Je l’ai vu une dernière fois à l’hôpital, une semaine avant son départ. Malgré la douleur, il s’efforçait de sourire. Il a fait vibrer toute l’Afrique, de Ouagadougou jusqu’à Trinidad-et-Tobago. Que sa détermination inspire la nouvelle génération. »

P.A.O.

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