Tiandama Coulidiati et…

Présent aux Jeux africains de Caire en 1991, le Burkina Faso, avec une vingtaine de participants a failli rejoindre le bercail bredouille. Il a fallu que le taekwondo avec Tiandama Coulidiati et Hubert Ouédraogo sauve l’honneur du pays des Hommes intègres malgré tout ce qu’ils ont subi comme dénigrement et humiliation.

Le jeudi 21 novembre 1991, une sympathique cérémonie a été organisée au Mess des officiers à Ouagadougou pour présenter les deux médailles (bronze) obtenues par le Burkina Faso aux 5e Jeux africains qui se sont déroulés au Caire en Egypte, du 20 septembre au 1er octobre 1991. Présent avec seulement 20 sportifs, ce sont les taekwondo-ins Tiandama Coulidiati et Hubert Ouédraogo qui ont sauvé l’honneur du Burkina à cette compétition avec les deux médailles.

Le moins que l’on puisse dire est que les 3 taekwondo-ins ont fait preuve de résilience, de sacrifice et de dévouement pour arriver à ce résultat. Tout a commencé une semaine avant le championnat, où le Burkina-taekwondo devait prendre part à une compétition importante du côté de la lagune Ebriée. Importante, car, la désignation des représentants burkinabè de cette discipline aux 5e jeux africains se disputait à cette compétition. A savoir que les médaillés d’or valideront leur ticket pour le Caire. C’est ainsi que Tiandama Coulidiati, Gaétan Ouédraogo et Hubert Ouédraogo compostent leur participation à ce rendez-vous continental.

En début de préparation à cette joute africaine, intervient le premier couac. Alors que le coach coréen qui a conduit l’équipe à Abidjan était en vacances dans son pays, Tiandama est sommé de ne pas participer aux entrainements. La raison : il n’a pas son nom sur la liste de la délégation. Le Coréen, de retour pour préparer l’équipe, constate l’absence de son 3e médaillé d’or d’Abidjan. Il se renseigne et la parade est tout trouvée. « Coulidiati est souffrant et a demandé à être remplacé », a-t-on dit au Coréen. Avec le temps acceptable qui restait avant le début des hostilités au Caire, il demande la réintégration de Tiandama. Il le convoque pour comprendre.

C’est avec le cœur meurtri qu’il apprend le montage fait pour remplacer le médaillé d’or d’Abidjan. Trois représentants sans coach ni accompagnant Après deux semaines d’entrainement pour lui et près d’un mois pour les autres, les représentants du taekwondo burkinabè embarquent avec la délégation pour le Caire sans coach ni membre fédéral. « Au départ, le taekwondo avait seulement 3 places dans la délégation : 2 combattants et un coach. Le coach a préféré laisser sa place à un 3e combattant », se rappelle Hubert. Selon lui, aucun objectif de médaille n’était envisageable au départ. « L’objectif était d’aller gagner en expérience », dit-il.

Les 3 infortunés arrivent à bon port. Etant le plus ancien en grade, Tiandama Coulidiati décidé de prendre ses responsabilités. « Nous nous coachons entre nous », confesse Tiandama. Il est d’ailleurs le premier à ouvrir les hostilités pour le Burkina dans les -70kg. Après avoir mis hors course un Lesothien, un Ghanéen et un Mauricien, donc qualifié pour la demi-finale, il est déclaré forfait pour blessure, suffisant pour la médaille de bronze selon le règlement. Car, au taekwondo, il y a quatre médailles, dont 2 bronzes, un d’argent et la médaille d’or. Hubert (-60 kg), lui, a eu un parcours similaire. Il a éliminé successivement un Nigérien, un Nigérian et est éliminé en demi-finale par un Lesothien, synonyme d’une médaille de bronze.

…Hubert Ouédraogo ont été les héros burkinabè aux 5e jeux africains de 1991.

Non considération des taekwondo-ins Selon Tiandama Coulidiati, la délégation ne considérait pas le taekwondo. « Pour elle, le cyclisme et l’athlétisme étaient les chances de médailles pour le Burkina Faso », regrette-t-il toujours amèrement. Et cette anecdote est et restera gravée dans la mémoire de Maître Coulidiati. « Notre site de compétition était à une cinquantaine de kilomètres de notre lieu d’hébergement. La veille de notre entrée en compétition, je me suis approché du chef de mission pour demander si possibilité il y a, de désigner quelqu’un pour nous accompagner pour palier toute éventualité au lieu de nous laisser orphelins », s’en souvient Tiandama.

La réaction de son interlocuteur a été sans équivoque. « Ce sera difficile, car, il y a le cyclisme et l’athlétisme. Allez-y vous débrouiller et on verra après », a lâché le chef de mission. Et dans la continuité de l’anecdote, c’est à travers le petit écran qu’il apprendra la médaille de Tiandama Coulidiati. « Cette nuit-là, nous étions derrière lui au lieu où les délégations se retrouvent pour suivre la télévision. Et il a vu le drapeau burkinabè qui fait partie du podium. Ne sachant pas que nous étions derrière lui, il s’exclame : « les enfants ont obtenu une médaille et ne nous l’ont pas présenté ». La souffrance endurée Nos deux héros se rappellent de la souffrance endurée.

Hubert se remémore de leur conversion (Tiandama, Gaëtan et lui) avec le médecin de la délégation à leur arrivée en Egypte. « Nous sommes arrivés tard au Caire. Fatigués, nous avons approché le médecin pour avoir des produits pour compléter la récupération. Nous étions déçus d’apprendre de notre interlocuteur que les produits à sa disposition étaient destinés aux athlètes et aux cyclistes », se désole-t-il. C’est la veille de l’entrée en compétition, le dernier jour des Jeux, alors que le Burkina était éliminé dans toutes les disciplines que le fameux remontant leur a été proposé par le médecin. « Unanimement, nous avons refusé », grince Hubert.

Ce jour-là, Hubert était le dernier Burkinabè en compétition et la 2e chance de médaille pour le Burkina. C’est ainsi que toute la délégation s’est ruée sur le site de la compétition. Mais, la veille, le chef de mission a pris soin de se rassurer avec Tiandama si Hubert pouvait offrir ce 2e métal au Burkina. « Il me demande s’il y a espoir de médaille pour Hubert. J’ai répondu par l’affirmatif », informe Tiandama Coulidiati. Tous ces « dénigrements » loin de les décourager a sonné comme une source de motivation pour les trois athlètes.

« Nous nous sommes parlé en se disant que même si nous allons laisser nos plumes, il nous faut apporter quelque chose au pays pour effacer ce que nous avons subi » raconte Hubert. Mission accomplie, car, sur les trois taekwondo-ins, seul Gaëtan dans la catégorie des lourds n’a pas pu obtenir une médaille. En transit à Abidjan au retour où les médailles avaient été remises au chef de mission, les deux bronzes leur ont été restituées à Ouagadougou accompagnées de la somme de 30 000 FCFA. Tiandama Coulidiati et Hubert Ouédraogo sont respectivement 6e et 3e dan.

Yves OUEDRAOGO

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