L’Hôtel administratif abritant entre autres départements, le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme a «accueilli» à cor et à cri, le mardi 12 février 2019, le Syndicat national des artistes-musiciens du Burkina Faso (SYNAMUB).

Tambour battant, les musiciens revendiquaient, à travers un sit-in, la satisfaction de leur plateforme revendicative, composée de six points, déposée depuis le 15 mars 2018. Cet «album de six titres» exige la dotation de toutes les radios et télévisions d’un logiciel unique de comptabilisation des œuvres musicales exploitées, l’augmentation du cachet des artistes nationaux à 1 000 000 F CFA pour le live et 300 000 F CFA pour le play-back lors des manifestations organisées par l’Etat (FESPACO, SNC, SIAO), l’audit financier du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), la suppression de tous les coefficients de répartition sur les droits d’auteurs et la réduction des frais de location de la salle de spectacle du CENASA à 100 000 F CFA pour les artistes-musiciens burkinabè. Pour ce «son», le Syndicat des musiciens semble être hors gamme.

En effet, l’Etat burkinabè ne saurait être un pourvoyeur d’argent d’un quelconque métier, libéral de surcroît. Pour un métier qu’est la musique, le débat ne devait pas se poser en réalité. Comme la comédie, l’humour, le cinéma et autres, la musique devait faire sa propre publicité et partant, celle de l’artiste.
«Quand c’est bon, c’est bon», dit-on communément. Et cette vision des choses s’applique sans conteste à la musique. Dans le fond, ces artistes se plaignent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur métier.

Et si c’est le cas, le ministre en charge de la culture, Abdoul Karim Sango, est dans ses bons droits de dire que si la musique ne marche pas, libre à chacun de changer de profession. La musique est un métier comme le commerce, la menuiserie, la maçonnerie et bien d’autres. Chacun doit «chercher son marché» et non se rabattre sur l’Etat quand le public est indifférent voire allergique à ses produits. Si des artistes comme Floby, Dez Altino, Bill Aka Kora, Alif Naaba et bien plus, ne se mêlent pas de cette «bagarre», c’est simplement parce qu’ils n’attendent rien de l’Etat.

Leurs droits d’auteur, les revenus de leurs concerts au plan national et international, la vente d’album et autres prestations, leur permettent de tirer leur épingle du jeu et par conséquent, de vivre dignement de «leur voix». Ces derniers, sans trompette ni tambour organiseront leurs concerts dans des espaces plus spacieux et donc plus coûteux que le CENASA par exemple, parce qu’ils ont conquis les cœurs des mélomanes en faisant de la bonne musique. Est-ce la faute de l’Etat si la musique de X ou Y n’emballe pas le public et qu’elle n’est jouée ni dans les médias (radios et télés), ni dans les débits de boisson ?

Les moutons se suivent mais n’ont pas les mêmes prix, a-t-on coutume de dire. Chaque artiste doit donc connaître sa place et son prix. L’Etat doit certes mettre en place une bonne politique de promotion et d’accompagnement de la musique burkinabè, mais de là à lui demander de se substituer aux artistes eux-mêmes, il y a de quoi en pleurer.

Il n’y a donc pas lieu de se tromper de combat. Si la gestion du BBDA est entachée de malversations, les textes donnent la possibilité aux artistes, comme à tout citoyen d’ailleurs, de saisir les autorités compétentes afin d’enclencher un audit de la boîte. En somme, il est inutile de chercher un bouc émissaire quand sa musique ne plaît pas aux Burkinabè. La solution serait de faire de la bonne musique qui raffole les mélomanes burkinabè. Si les Congolais, Ivoiriens, Togolais, Ghanéens et Nigérians ont envahi l’Afrique et bien au-delà avec leur musique, c’est parce que «ça se laisse écouter». Il suffit d’en faire autant et le débat ne se posera plus. A bon entendeur …

 Jean-Marie TOE

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