Les élections présidentielle et législatives prévues le samedi dernier au Nigéria ont été reportées pour le 23 février 2019, soit une semaine de plus. Il n’en fallait pas plus pour déclencher la colère des Nigérians et la plupart des 73 candidats en lice pour le fauteuil présidentiel.

Cette décision de la Commission nationale électorale indépendante (INEC) est intervenue à un moment où les 84 millions d’électeurs avaient déjà le regard tourné vers les bureaux de vote. En effet, c’est tard dans la nuit du vendredi 15 à samedi 16 février à l’issue d’une rencontre convoquée d’urgence que le report a été décidé, soit à quelques 5 heures des élections.

La colère des Nigérians est encore plus grande au regard du fait que la commission en charge des élections n’a pas donné plus de détails sur les mobiles du report. Elle s’est contentée de dire qu’il s’agit de garantir la tenue d’élections libres, justes et crédibles invoquant des raisons logistiques.

Il est vrai que le processus électoral a connu quelques difficultés avec un incendie qui a dévasté trois centres de l’INEC. A cela, s’est ajouté le manque de bulletins de vote dans plusieurs Etats, dénoncé par l’opposition. Du reste, ces cas avaient été minimisés par la commission elle-même rassurant que le scrutin se tiendra « à bonne date ».

Le réalisme a-t-il rattrapé les organisateurs ou est-ce une volonté du président sortant, Muhammadu Buhari, candidat du Congrès des progressistes (APC), de gagner une longueur d’avance sur ses concurrents, comme le clament certains leaders de l’opposition nigériane ? Si non, comment comprendre que le candidat du pouvoir s’est refusé de prendre part à un débat télévisé sans daigner donner les raisons de son absence au studio.

Dans tous les cas, la méfiance a déjà fait son lit au pays des « Yuruba ». Les deux principaux favoris, le président sortant et le candidat du Parti démocratique populaire (PDP), Atiku Abubakar, tous deux originaires du Nord, à majorité musulmane, s’accusent mutuellement de vouloir fomenter des fraudes. Une chose est sure, c’est la semaine de la surenchère où les joutes électorales ont fait monté d’un cran les tensions. Le président nigérian a appelé la police et l’armée à être « sans pitié » envers ceux qui voudraient truquer le scrutin électoral de samedi prochain.

« Nous n’allons pas être tenus pour responsables (…) à la place de ceux qui décident de voler des urnes ou d’utiliser des criminels pour perturber le scrutin », a déclaré Muhammadu Buhari. Cet appel a été perçu, par l’opposition comme un appel à la haine et aux crimes extra-judiciaires. Pour le candidat du PDP, les propos du chef de l’Etat ne sont pas dignes d’un démocrate. Dans ce pays instable où les violences post-électorales sont fréquentes, les acteurs ont la lourde responsabilité de ne pas franchir le Rubicon. Un tel pas serait fatal pour cette puissance économique, voire pour la sous-région.

Abdoulaye BALBONE

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