L’annonce du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, de ne plus briguer un 5e mandat, a entraîné une scène de liesse dans les rues d’Alger dans la soirée du lundi 11 mars 2019. Mais cette joie n’a été que de courte durée, car les manifestions ont repris de plus belle.

Au lendemain de l’adresse du chef de l’Etat algérien à ses compatriotes, publiée par l’agence officielle Algérie presse service (APS), la jeunesse algérienne s’est à nouveau retrouvée dans la rue cette fois-ci, contre le report des élections. Conscient que leur action a porté un coup dur au pourvoir en place, les manifestants annoncent de nouvelles journées de mobilisation ce mercredi et vendredi prochain.

Les premières fissures sont apparues dans les milieux patronaux avec les divergences au sein du forum des chefs d’entreprises, la principale organisation patronale algérienne et bras financier du régime en place. Il y a quelques jours, Ali Haddad, le président de ce lobby, réitérait son soutien indéfectible à une nouvelle candidature de Bouteflika prétextant d’une décision prise à la majorité par le forum. Une déclaration contestée par le numéro deux du patronat, Mohamed Laïd Benama, qui a pris publiquement ses distances avec Haddad.

D’autres grandes figures du forum ont aussi quitté le navire. Le principal syndicat, pilier du régime en place, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), connaît lui aussi pas mal de remous internes. Plusieurs appels à la grève générale ont été décrétés mais n’émanaient pas de l’autorité centrale du syndicat. Ces défections en cascades et la persistance de la rue ont conduit le pouvoir de Bouteflika à faire un rétropédalage ou du moins un « repli tactique » dans l’optique de baisser la fièvre. A ce propos, des manœuvres sont en cours.

A la fin de son mandat le 2 avril 2019, Bouteflika promet mettre en place un gouvernement de transition pour gérer les affaires du pays jusqu’en fin d’année. Une « conférence nationale inclusive et indépendante » sera, à l’occasion, organisée pour permettre aux Algériens de discuter des « réformes » dont le pays a besoin. Pour traduire sa volonté d’opérer des réformes, le chef de l’Etat a nommé comme Premier ministre, Noureddine Bedoui, jusqu’ici ministre de l’Intérieur, avec pour mission de jeter les bases du nouveau contrat social en vue d’organiser une élection présidentielle sans plus de précision sur la date.

Cependant, cette décision ressemble fort à sa première proposition qui était de briguer un 5e mandat en avril 2019 puis de tenir des élections anticipées dans un an. Le pouvoir algérien donne l’impression qu’il a du mal à désigner le dauphin de Bouteflika et par conséquent, a besoin de plus de temps. Mais cette supercherie, la jeunesse et la classe politique algérienne semblent l’avoir bien perçue. D’où les appels à la mobilisation à l’allure du « printemps arabe » pour les prochains jours pour la tenue à bonne date des élections et le retrait pur et simple de l’actuel président du pouvoir au soir de son mandat.

Ce passage à la vitesse supérieure d’une frange de la population algérienne doit interpeller les ténors du pouvoir en tirant leçon du passé ayant conduit à la chute du régime de l’ex-président, tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali et de celui de l’Egyptien Hosni Moubarak. Une moindre escalade de la violence pourrait réserver au clan présidentiel le même sort que ses voisins du Maghreb.

Abdoulaye BALBONE

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