Depuis une douzaine d’années, le Pr Hirotaka Kanuka s’investit dans la recherche sur le paludisme, en étroite collaboration avec ses collègues burkinabè. Chef du département de médecine tropicale à l’université de Jikei à Tokyo au Japon, l’universitaire est à la tête d’une équipe surmotivée, décidée à trouver un remède efficace d’ici à 2020.

 Dans ses bureaux du Centre de recherche en entomologie médicale, tapissés de souvenirs de ses nombreuses visites au Burkina Faso,  le Pr Hirotaka Kanuka ne rate pas une seconde l’actualité du Pays des Hommes intègres. Ce « rescapé » du café Cappuccino de Ouagadougou a la tête au Burkina Faso où il se rend tous les deux mois.   Son histoire, il l’a racontée au président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, lors de la visite d’Etat qu’il a effectuée en fin octobre 2018 au Japon. « Le 15 janvier 2016 au matin, jetais au café Cappuccino. Dans la soirée j’étais à une invitation de l’ambassade du japon au Burkina Faso lorsque j’ai appris le drame : 28 morts. Si on m’avait proposé un dîner en ces lieux, je ne serais pas là », rappelle l’universitaire. Depuis lors, ce grand lecteur du journal Sidwaya est à l’affût de tout ce qui se passe dans son pays de cœur.  Il le fait avec une pointe de compassion pour les victimes du pays dont il s’est amouraché, presque par hasard, par l’entremise de ses travaux de recherches et pour une raison très personnelle. « Le Burkinabè et le Japonais se ressemblent. Ils sont exigeants, modestes, travailleurs et respectueux », apprécie-t-il.

C’est avec l’apparition de la dingue au Japon en 2014, explique-t-il, que tout est parti. Le gouvernement japonais a alloué des ressources financières  conséquentes à la recherche pour maitriser, voire éradiquer les moustiques vecteurs  aussi bien de la dingue que du paludisme. Cette dernière maladie constitue un épineux problème de santé publique pour la plupart des pays du continent africain et pour le Burkina en particulier.

Le Pr Kanuka travaille sur deux projets qui visent d’une part à diminuer le nombre de moustiques, donc le risque d’attraper le paludisme, et de l’autre, transformer le type de moustique. « Il est possible de modifier le couple vecteur-parasite de sorte à faire passer le moustique vecteur de maladie à vecteur de vaccin », par la méthode dite de la symbiose, a indiqué M. Kanuka. Dans deux ans, promet-il, les résultats de ses recherches pourraient être testés sur le continent qui enregistre  88% des cas de paludisme et 90% des décès liés à la maladie. Le chercheur japonais s’est aussi prudemment prononcé sur la question des moustiques génétiquement modifiés.

Selon lui, la méthode de symbiose est une alternative aux moustiques génétiquement modifiés qui restent une technologie de pointe, nonobstant les problèmes environnementaux et bioéthiques. « La question ne se pose pas de la même façon au Burkina qu’au Japon. Au Burkina, il s’agit de sauver des vies. La question est donc de savoir combien de personnes pourront être sauvées par les moustiques OGM tout en œuvrant à minimiser l’impact environnemental », préconise M. Kanuka. Pour le chercheur, les efforts du Burkina Faso ont permis de réduire conséquemment la prévalence du paludisme, l’idéal est, cependant, selon lui, d’envisager le combat à l’échelle du continent car « les moustiques ne connaissent pas de frontières »

Mahamadi TIEGNA

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