L’attaché en étude et analyse, Phinée Tindano, souhaite que les compagnies de transport soient sensibilisées à la prise en compte des besoins spécifiques des personnes handicapées.

Les personnes handicapées motrices ont des difficultés pour accéder aux édifices publics. Il leur faut faire de la gymnastique pour aller dans un service ou dans un bureau. Le dispositif devant les prendre en compte est soit inexistant ou inadapté. Reportage !

Dominique Sandwidi est attaché d’éducation spécialisée. Il vit avec un handicap depuis son jeune âge. Il se présente en banque un lundi du mois de décembre 2018, en vue de retirer son relevé d’identité bancaire, un document devant lui servir au dépôt du dossier de mandatement à la fonction publique. Mais c’est la croix et la bannière pour accéder à son conseiller clientèle qui se trouve au premier étage. C’est un véritable exercice qui l’essouffle. «D’un escalier à l’autre, les mains me servent d’appui pour monter», confie-t-il. Une fois les formalités accomplies, il se rend au ministère en charge de la solidarité nationale. Là aussi, c’est le même scénario. M. Sandwidi se lamente.

Il ne comprend pas pourquoi on n’a pas pensé à eux dans la construction de l’édifice. «Ce n’est pas normal», fulmine-t-il. Autre lieu, même constat. Léontine Zoungrana, commerçante, n’oubliera pas de sitôt sa mésaventure à la mairie de l’arrondissement n°10. Partie pour un mariage, elle n’a rien pu voir du cérémonial qui se déroulait au deuxième étage. Assise au rez-de-chaussée, toute triste, elle ne pouvait pas accéder à la salle des fêtes.

Le sort n’est guère meilleur pour Phinée Tindano, attaché en étude et analyse à la direction générale des études et des statistiques. Atteint d’une poliomyélite à l’âge de 14 mois, il perd l’usage de ses jambes. C’est le début de son calvaire. En venant au travail, il est hanté par l’esprit d’arpenter les escaliers pour rejoindre son bureau. L’accès aux édifices publics et privés demeure un casse-tête chinois pour les personnes vivant avec un handicap.

A Ouagadougou, la plupart de ces bâtiments ne répondent pas aux normes définies par le législateur burkinabè. Boukary Savadogo, secrétaire permanent du Conseil national multisectoriel pour la protection et la promotion des droits des personnes vivant avec un handicap (COMUD), n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer la non-prise en compte des personnes handicapées motrices dans la construction des édifices publics. Il reconnaît néanmoins que certains bâtiments disposent de rampes d’accès, mais ils sont sans main courante, donc en porte-à-faux avec la loi.

«Déjà à l’approche de l’immeuble, vous avez des escaliers à voûte qui vous accueille sans rampe d’accès et vous êtes obligés de trouver une solution, soit faire beaucoup plus d’efforts pour y accéder, soit renoncer à accéder», déplore Phinée Tindano. Et même si les rampes existent, précise-t-il, il n’y a pas de garde-fous qui accompagnent les escaliers. «Dans ce cas, il nous appartient de juger de l’opportunité de notre déplacement en optant d’affronter l’obstacle ou d’abandonner», indique-t-il. Mais les déboires de ces personnes ne se limitent pas aux seuls édifices publics. Les toilettes, les bus, les cars…Voilà encore un autre pan du problème. Ils ne sont pas aménagés de sorte à faciliter l’accès aux personnes handicapées.

Le ras-le-bol

L’attaché d’éducation spécialisée, Dominique Sandiwidi, doit souvent affronter les escaliers pour accéder aux immeubles.

Dans le domaine du transport, Boukary Savadogo en veut pour preuve, l’absence d’infrastructures adaptées dans les autos- gares. «Jetez juste un coup d’œil dans les toilettes et dans les cars, il n’y est pas prévu de dispositifs qui puissent faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite, ainsi que leurs moyens de déplacement», regrette-t-il. Phinée Tindano abonde dans le même sens.

En dépit de l’existence de dispositifs à l’entrée des cars, à l’écouter, il faut consentir d’énormes efforts pour y accéder. «Les marches de l’escalier du car sont hautes. Je suggère des marches plus petites qui nous conviennent», martèle-t-il. Face à cette équation, Pascal Tenkodogo, directeur général de la Société de transport en commun (SOTRACO), n’est pas resté indifférent. Même si les bus SOTRACO ne sont pas adaptés pour le moment, il croit que ce sera chose faite à l’avenir.

En attendant, une alternative a été trouvée. «Des consignes ont été données à nos agents pour qu’en cas de situation concernant des personnes handicapées, ils puissent leur prêter mains fortes», explique le DG. Pour lui, la construction des rampes d’accès ne saurait tarder. «Que ce soit au siège, dans certains arrêts de bus, nous associerons ces dispositifs pour les aider», promet-il. Pascal Tenkodogo estime que les préoccupations des personnes vivant avec un handicap seront prises en compte dans le cadre de l’opérationnalisation du projet mobilité globale de la SOTRACO.

Mais déjà, l’on peut se réjouir des avancées significatives dans certaines compagnies de transport de la place. A la société Elitis express, la personne à mobilité réduite est prise en compte. Là-bas, le dispositif est en place et les handicapés moteurs n’ont pas de soucis à emprunter les cars. Magalie Akondja, responsable commerciale et marketing de l’entreprise, en est fière. Selon elle, l’entrée à la gare et à la salle d’embarquement intègre tout le dispositif devant faciliter l’accès aux personnes handicapées.

«Au niveau de chaque bus, il y a deux entrées dont une à l’avant prévue pour ces personnes», relève-t-elle. «Il y a aussi des sièges assez spacieux qui peuvent permettre à ces gens de s’asseoir aisément. Et toutefois, si elles ont leurs tricycles, ils peuvent être rangés dans la soute», a-t-elle ajouté. Selon le secrétaire permanent du COMUD, au plan juridique, il y a des dispositions qui prévoient l’accessibilité des personnes handicapées aux infrastructures et moyens de transport.

Ce que dit la loi

Pour ce qui est des transports, l’article 16 de la loi 012 du 1er avril 2010 portant protection et promotion des droits des personnes handicapées stipule que toute société de transport public de personnes, routiers, ferroviaires ou aériens doit prendre des mesures appropriées pour rendre ses moyens et services accessibles aux personnes handicapées. L’article 18 de cette même loi ajoute que les gares routières, ferroviaires, pluviales et aéroports doivent être aménagés de sorte à leur faciliter l’accès. Parmi ces mesures, figurent les rampes d’accès. Ce sont des équipements qui facilitent l’accès des personnes handicapées à une infrastructure.

Le secrétaire permanent du COMUD, Boukary Savadogo : «Il est difficile de transporter la personne handicapée, quel que soit son engin dans une compagnie de transport».

Très souvent, ils sont munis de main courante, c’est-à-dire une barre de fer sur lequel vous pouvez vous appuyer. Pour Boukary Savadogo, l’article 21 de cette même loi stipule, entre autres, que concernant les édifices, il faut une rampe d’accès conventionnelle munie de main courante et dont la pente n’excède pas 5 %. Selon lui, elle doit être plus ou moins longue pour faciliter le déplacement de la personne handicapée. Le constat, se désole-t-il, est que ces normes techniques ne sont pas toujours respectées. «Dans certains bâtiments, les techniciens font des rampes courtes et raides.

Les constructeurs de bâtiments tentent au mieux de fabriquer des rampes d’accès. Mais certains privés n’en ont cure», déplore-t-il. Valérie Sanou, architecte urbaniste à l’agence municipale des grands travaux, évoque l’article 34 du Code de l’urbanisme et de la construction. Ce document stipule que des dispositions architecturales des immeubles collectifs à usage d’habitation, des lieux de travail, des établissements recevant du public, des locaux scolaires et sanitaires doivent permettre leur accessibilité aux personnes handicapées.

Mme Sanou ajoute que dans la construction des bâtiments et immeubles, obligation est faite de prévoir des rampes d’accès respectant les dimensions au niveau de la largeur des portes qui doivent mesurer 90 cm. En outre, elle note que des dispositions doivent être prises pour assurer une liberté de mouvement des personnes à mobilité réduite. Par exemple, si un logement d’une personne à mobilité réduite occupe environ 50 m², celui d’une personne qui ne l’est pas occupera environ 40 m², fait remarquer l’architecte. A ce propos, Phinée Tindano invite les autorités à sensibiliser les architectes et les responsables de compagnies de transport en commun.

Agnès Consaigniga, éducatrice sociale, par ailleurs handicapée motrice depuis son enfance, demande aux autorités d’appliquer les textes. Aussi, elle leur adresse une requête : «je demande à l’Etat d’acheter des bus dédiés aux personnes handicapées motrices, auditives et visuelles».

Pour sa part, Magalie Akondja de Elitis appelle de tous ses vœux à la réalisation d’infrastructures au profit de ces personnes. «Les compagnies de transport devront faciliter l’accès à leur bus et à leurs gares en mettant à leur disposition toutes les commodités nécessaires, afin que les personnes handicapées soient à l’aise», lance-t-elle.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

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