Le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) du village de Vohogdhin, dans la province du Koulpélogo, construit depuis 12 ans, n’est toujours pas fonctionnel. Conséquence, l’accès aux soins est un casse-tête dans ce village de plus de 10 000 âmes.

Sakinatou Kombiyagda ne fêtera pas son cinquième anniversaire. Elle vient d’être arrachée à l’affection de ses parents. Prise d’un malaise dans la nuit du 30 mars 2019, elle était dans un état critique. Son cas nécessitait une prise en charge rapide. Malheureusement, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Vohogdhin, son village, construit en 2007, n’est toujours pas fonctionnel. Paniquée, sa génitrice la conduit au CSPS de Comin-Yanga à 22 kilomètres. Prise en charge tardivement, la fillette perd la vie. Mariam Dialga, sa quadragénaire de mère, le regard hagard, ne s’est jamais remise de ce douloureux évènement. Sakinatou était pleine de vie, regrette-t-elle. Elle ne la verra plus sautiller sur la terre de Vohogdhin qui l’a vu naître. «Si, notre dispensaire était fonctionnel, ce drame ne se serait peut-être pas produit», déplore sa mère. Les yeux remplis de larmes, celle-ci ne comprend pas pourquoi, le CSPS n’est toujours pas en service, depuis 12 ans. Aminata Dialga, quant à elle, garde toujours en mémoire le décès brutal de son fils Bouri Gorgo, à l’âge de 5 ans. Le petit garçon n’a pas eu la chance d’arriver en vie au CSPS de Salambaoré, distant de 25 kilomètres de son village.

Atteint de méningite et inconscient, sa mère était obligée de braver les cours d’eau, les routes rocailleuses, à moto, pour l’amener au centre de santé de Salambaoré. Malheureusement, Bouri a perdu la vie en cours de route. Déboussolée, sa mère n’est pas prête à oublier cette page sombre de sa vie. «Pour accoucher, il faut aller au moins à 20 km. Lorsque l’enfant naît, il peut aussi mourir brutalement par manque de soins à proximité. C’est mieux d’arrêter d’enfanter», se lamente-t-elle. A Vohogdhin, la liste des infortunés est longue : femmes, enfants, vieillards, indigents…Le mercredi 3 avril 2019, désespérée, la population s’est réunie sur le site du CSPS abandonné. Chacun voulait raconter ses déboires.

Les bâtiments du CSPS dégradés

Plus d’une décennie après son érection, le CSPS de Vohogdhin n’a jamais reçu de patients. A force de rester sans être utilisés, les bâtiments sont dégradés. Le constat est alarmant. Les locaux sont infestés par les chauves-souris, les termites et des reptiles. Des odeurs nauséabondes s’y dégagent. On déplore la dégradation des enduits maçonnés aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des bâtiments, la fissuration des murs, la détérioration de la chape jusqu’ à la dalle, de la plomberie sanitaire, la décomposition du plafond, entre autres. A la maternité et au dépôt des Médicaments essentiels génériques (MEG), construit en 2015, ce sont les mêmes réalités. Situé à 22 Kilomètres de la commune de Comin-Yanga, Vohogdhin est totalement enclavé.

La situation sanitaire se caractérise par la persistance du paludisme, des maladies respiratoires et diarrhéiques, des infections sexuellement transmissibles et de la peau, des parasitoses internes…selon des agents de santé. Pis, les décès dus à une prise en charge tardive font partie intégrante du lot de problèmes de santé. En 2016, la population de Vohogdhin était estimée à 10 032 habitants. Le ratio communal est de 16 891 personnes pour un CSPS, contre 5 000 personnes par CSPS, selon la norme nationale. Comin-Yanga présente un déficit de sept CSPS, affirme des autorités sanitaires. Quant à l’accessibilité géographique, 24,37% de la population communale habite à moins de 5 Km d’une formation sanitaire, 13,21% se situe entre 5 et 10 Km et 62,42% à plus de 10 Km, indiquent les mêmes sources. La majorité de la population communale est éloignée des centres de santé.

C’est pour atténuer les souffrances des populations que le CSPS de Vohogdhin a été construit par l’Etat. Les infrastructures étaient composées d’une maternité et d’un dispensaire sans équipements et de latrines à quatre postes pour les malades. Incomplètes et ne respectant pas les normes, elles n’ont jamais été mises en service. D’autres infrastructures composées de logements sans annexes ont été réalisés en 2015 par la mairie, l’association Yamlamiloum et les bonnes volontés.

Des soins au bout de plusieurs kilomètres

Le dépôt pharmaceutique est délabré.

Malgré la construction de ces nouvelles infrastructures, le CSPS n’a jamais fonctionné. «Après la construction, l’Etat n’a pas apporté le minimum d’équipements médicaux. C’est pour cela que le CSPS n’a pas été ouvert», confirme le maire de Comin-Yanga, Ponné Zong-Naba. Les populations sont ainsi obligées de parcourir de longues distances pour bénéficier de prise en charge sanitaire dans l’un des quatre CSPS de la commune (Kohogo, Tiougou-Kandara, Konzéogo, Comin-Yanga). Pire, les évacuations sanitaires se font grâce aux charrettes, à vélos, à dos d’ânes, etc. En conséquence, Vohogdhin est confronté à un faible taux de fréquentation des formations sanitaires, un taux élevé d’automédication, une faible couverture vaccinale des enfants et des femmes, un mauvais suivi de consultations prénatales, des accouchements à domicile ou en cours de route, voire des décès, surtout pendant l’hivernage, selon des agents de santé.

Mariam Daramkoum est devenue une adepte de la médecine traditionnelle depuis la disparition de son nourrisson de neuf mois. «Cela fait deux ans que ma fillette est décédée. Sa maladie a commencé dans la nuit. Faute d’agent de santé au village, nous avons patienté jusqu’au matin pour que la pluie cesse. Ensuite, nous avons marché pour rejoindre le fleuve Koulpélogo situé à 2 km du village. Avec mon époux, nous avons nagé avec l’enfant pour traverser le fleuve», témoigne-t-elle. Leur périple s’est achevé au centre médical de Ouargaye, où la fillette a rendu l’âme. Depuis ce drame, la famille Darankoum préfère recourir aux tradipraticiens pour ses problèmes de santé.

Les femmes et les enfants paient le plus lourd tribut dans cette situation. Agée de 22 ans, Aminata Zotbenman a perdu sa grossesse de six mois en se rendant au centre de santé pour une consultation prénatale. Faute de vélo, elle a tenté de rallier Salambaoré à pieds en compagnie de son époux. Arrivée au fleuve Koulpélogo, elle a vu un liquide rougeâtre dégouliné sur sa jambe. Elle a été peinée d’observer, impuissante, son fœtus couler. Aujourd’hui, enceinte de huit mois, la future mère ne veut plus risquer sa vie et celle de son bébé. Elle a décidé de n’effectuer aucune consultation prénatale. Mais Aminata compte sur un miracle pour accoucher sans complication. Nafissatou Zoungrana (10 mois) fait partie des miraculées, selon sa mère Mariam Daramkoum. Lors de sa deuxième grossesse, celle-ci n’a suivi aucune consultation prénatale. Les moyens d’évacuation faisant défaut, elle a préféré braver les voies accidentées au péril de sa vie pour accoucher.

«Lorsque le travail a commencé dans la nuit, nous avons désespérément tenté de rejoindre le CSPS de Comin-Yanga», se souvient-elle. Kilomètre après kilomètre, à moto, sous la pluie, la petite Nafissatou verra le jour en pleine brousse sans assistance médicale. Les parents ont été contraints de rebrousser chemin pour ne pas mettre en danger la vie de leur nouveau-né. L’enclavement du village crée des soucis au-delà des habitants de Vohogdhin. «Il y a des hameaux de culture qui sont situés à plus de 40 kilomètres de là. Chaque mois, nous sommes obligés d’aller consulter ces populations», témoigne l’Infirmier-chef de poste (ICP) du CSPS de Comin-Yanga, Abdoulaye Sawadogo.

Stopper l’«hémorragie»

Les femmes enceintes et les enfants souffrent le martyre.

Dans ces hameaux, la vaccination des enfants, les consultations, la supplémentation des vitamines A pour les enfants de moins de 5 ans…sont des missions périlleuses pour les agents de santé, dit-il. Pire, selon l’ICP, en saison hivernale, quand le niveau du fleuve Koulpélogo monte, les eaux coulent durant 2 à 3 jours, voire plus. «Les agents de santé sont obligés de tenter de contourner les eaux pour espérer passer par Fada N’Gourma (55 km) pour rejoindre les populations», relate M. Sawadogo. Pour éviter cette gymnastique, certains habitants convergent vers les CSPS de Natiaboani (52 km), Nagré (40 km) et Koala (55 km) qui relèvent du district sanitaire de Fada N’Gourma, la province voisine. La représentante des femmes de Vohogdhin, Zénabou Zong-Naba, a un pincement au cœur. Révoltée, cette quadragénaire estime que la recherche de la santé ne doit pas mettre en péril sa vie. Cédric Dah, major du CSPS de Kohogo, situé à 30 km de Vohogdhin est du même avis. Il reçoit en moyenne 700 malades par mois dont ceux de Vohogdhin. Il trouve inconcevable que des personnes soient obligées de parcourir 20 à 30 km pour se soigner. Or, déplore-t-il, l’accès aux centres de santé est un engagement fort du chef de l’Etat, inscrit dans l’axe 2 du Plan national de développement économique et social (PNDES). Pour le chef du village de Vohogdhin, Naaba Kogl-Boudou, les populations rêvent du fonctionnement du CSPS.

«A chaque saison pluvieuse, près de 50 enfants meurent de paludisme et environ 80 vieillards décèdent par manque de soins. Près de 100 grossesses n’arrivent pas à terme faute de suivi», se lamente-t-il. Les mains vers le ciel, il demande à l’Etat de les sauver de cette tragédie, surtout que leurs multiples démarches auprès des autorités locales sont restées vaines. Le maire de Comin-Yanga ne cache pas aussi son désespoir. En tant qu’humain, dit-il, c’est difficile de voir des personnes mourir, sans pouvoir leur apporter secours. A qui la faute ? «La plus grande responsabilité revient à l’Etat qui a pris l’engagement de construire le dispensaire et la maternité et devrait normalement l’équiper et affecter un infirmier», souligne le maire.

«Réanimer» le CSPS

Le DRS du Centre-Est, Souleymane Kaboré: « Si on réhabilite le CSPS, nous sommes prêts à affecter des agents».

Pour le directeur régional de la santé du Centre-Est, Souleymane Kaboré, lorsque le gouvernement décide de construire un centre de santé, c’est pour rapprocher les populations des soins. Pour mettre fin aux souffrances des populations, le conseil municipal de Comin-Yanga a appelé le Fonds d’investissement pour les collectivités décentralisées (FICOD) à la rescousse. Après évaluation, la réhabilitation nécessite 55 115 249 FCFA. Au terme de la convention de financement n°003/2017/FICOD signée, le 23 mars 2017, le FICOD a donné 52 359 486 F CFA et la mairie 2 755 763 F CFA (avec une contribution des habitants d’environ 750 000 FCFA). Mais sur le terrain, pas de travaux pour donner vie au CSPS. «On espérait qu’au plus tard en 2018, on recevrait notre CSPS puisque le forage a déjà été réalisé», explique le maire. Le coordonnateur du FICOD, Abdoulaye Zongo, rassure: «A la limite, il fallait tout casser et reconstruire parce que la situation était assez mauvaise.

Les rapports d’analyses sont arrivés. D’ici à juin, l’entreprise sélectionnée sera connue, son contrat signé pour le démarrage des travaux de réhabilitation de la maternité, du dispensaire, des deux logements d’infirmiers, la construction de latrines-douches, de cuisines et d’un incinérateur». A cela, s’ajoute la réalisation d’un système d’éclairage par panneaux solaires et un apport en équipements médicotechniques.  «A la fin 2019 ou début 2020, la réhabilitation sera achevée», confie M. Zongo. Pour le conseiller municipal, Saïdou Salambéré, l’ouverture du CSPS sera la fin de 12 ans de calvaire pour de milliers d’habitants. En entendant le démarrage effectif des travaux, 10 032 âmes sont en peine.

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr

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