Le président américain Donald Trump a mis en exécution ses menaces en accroissant de 15% les taxes sur 200 milliards de produits chinois importés. La réaction ne s’est pas fait attendre. Trois jours après l’entrée en vigueur des nouvelles barrières douanières américaines, Pékin a annoncé, lundi 13 mai, son intention de taxer 60 milliards de dollars de marchandises américaines à partir du 1er juin.

La guerre des taxes douanières entre les Etats-Unis et la Chine est déclarée alors que des négociations entre les deux superpuissances sont toujours en cours à Washington. Pékin, qui avait prévenu de riposter aux sanctions américaines, a affirmé vouloir laisser la porte ouverte à de nouvelles négociations, rappelant ne pas céder aux intimidations puisque le président Trump a lancé à la Chine un ultimatum sur la conclusion d’ici un mois d’un accord avant la tenue du Sommet du G20 prévu en fin juin à Osaka, au Japon. En imposant ces nouvelles taxes douanières, les Etats-Unis pensent tirer leur épingle du jeu. Pour le président Trump, son pays sort gagnant de ce bras de fer puisqu’il va engranger des milliards de dollars non seulement pour le Trésor américain, mais aussi redistribuer cette manne à ces fermiers et industriels, minimisant du même coup la riposte de la partie chinoise. Pourtant son conseiller économique, Larry Kudlow a admis au cours d’une interview que l’augmentation des droits de douanes sur les importations chinoises porte aussi préjudice aux entreprises et consommateurs américains. «Ce sont les Américains et non les Chinois qui paient les taxes sur les importations de produits chinois», a prévenu M. Kudlow dans Wall Street Journal, même si les Chinois souffriraient d’une baisse de leur Produit intérieur brut (PIB). La décision unilatérale de hausser les taxes douanières visant la Chine doit être comprise comme une réponse à une des promesses électorales du président Trump qui s’était engagé à protéger l’industrie américaine par une politique protectionniste plus agressive. Ainsi, le président américain a pris la résolution de réduire, vaille que vaille, le déséquilibre commercial avec la Chine qui se chiffrerait à environ 375 milliards de dollars en 2017. C’est pourquoi au début de 2018, le président Trump n’a pas hésité à imposer des tarifs sur des produits fabriqués à l’étranger, à savoir des panneaux solaires et des laveuses, le fer et l’aluminium, en évoquant la sécurité nationale. Posant cet acte, la première puissance économique mondiale s’est attaquée directement au commerce avec la Chine, en annonçant des tarifs sur 50 à 60 milliards de dollars de produits notamment de la haute technologie. Cette escalade protectionniste sur l’économie mondiale va amener les Etats-Unis à renégocier le traité de libre-échange les liant au Canada et au Mexique, alors que le président Trump qui a toujours considéré l’Union européenne comme étant un allié traditionnel, l’a traitée d’ennemi de son pays. Après une brève accalmie, les hostilités commerciales avaient repris entre juin et septembre 2018, toujours avec la Chine. Des taxes américaines ont frappé, pour quelques centaines de milliards de dollars, des produits chinois. En guise de représailles, Pékin avait visé, entre autres, des États qui ont appuyé Donald Trump en 2016. Contrairement aux prévisions sombres, les analystes ont estimé que l’économie américaine continue de croître à un rythme élevé. Mais que la courbe du déficit commercial avec la Chine, en dépit des mesures adoptées, poursuivait aussi son ascension en 2018.

Parer à toute éventualité

Une éventuelle rencontre au sommet entre Trump et Jinping au Sommet du G20 à Osaka pourrait contribuer à fléchir les positions, soulignent les observateurs. En attendant, la Chine semble se préparer à toute éventualité. Les responsables disent être fermement opposés à une guerre commerciale, mais que le pays était préparé à se battre. Le président américain qui s’est engagé dans une offensive généralisée contre le système multilatéral n’a-t-il pas oublié que nous sommes dans un monde en recomposition globale et que son slogan de campagne d’une politique de puissance «America First» va porter un coup dur à la croissance mondiale, même si, pour le moment, les choses semblent rouler en sa faveur.
Au début de l’escalade américaine contre les Chinois, les Européens, eux aussi, avaient une dent contre des pratiques commerciales chinoises. Ils reprochaient à Pékin l’absence de réciprocité et l’initiative de la “route de la soie” au bénéfice exclusif de Pékin. Cette position européenne a quelque peu évolué face à l’agressivité de Donald Trump qui, dans son offensive, n’épargne pas ses “alliés” européens. Dans un monde où la globalisation et le multilatéralisme sont de mise, l’instauration de barrières commerciales de manière unilatérale ne peut que pénaliser le pays instigateur, selon un éditorialiste suisse qui fait comprendre que les États-Unis sont la première économie mondiale et sa monnaie, le dollar, est encore la monnaie de réserve mondiale. Ce comportement de va-t-en-guerre peut amener ses principaux partenaires commerciaux à s’éloigner de l’autoritarisme du président américain et opérer un rapprochement stratégique entre eux. Ce qu’il faut craindre pour l’économie mondiale face aux sanctions américaines, c’est d’abord une escalade à durée indéterminée, le blocage des imports-exports dans les ports, la multiplication des obstacles administratifs, le ralentissement de l’approbation des acquisitions et implantations américaines en Chine, et enfin une dévaluation compétitive de la monnaie chinoise, le Yuan pour compenser le coût de la guerre commerciale. D’ores et déjà, les bourses asiatiques sont en baisse et les investisseurs redoutent que les sanctions n’en viennent à frapper des géants de l’industrie tels Boeing et les groupes automobiles avec des répercussions néfastes sur l’économie mondiale.

Honoré KIRAKOYA

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