Insécurité « Nous n’allons pas baisser les bras », Christophe Dabiré

Le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, a prononcé, le jeudi 16 mai 2019, devant les députés, son discours sur la situation de la nation. Malgré le contexte sécuritaire difficile, des acquis ont été engrangés par l’exécutif en 2018.

Trois mois après sa dé-claration de politique générale à l’hémicycle, le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, était de nouveau face aux députés, le jeudi 16 mai 2019, pour sacrifier à une tradition républicaine : le discours sur la situation de la nation, prescrit par l’article 109 de la Constitution. Pendant plus d’une heure, il a passé en revue tous les domaines concernés par l’action gouvernementale. La lutte contre le terrorisme, l’éducation, la santé, l’économie, la justice et la lutte contre le chômage ont constitué les principaux axes de son intervention. D’entrée, le chef du gouvernement a indiqué que la conduite des actions du gouvernement s’est faite dans un contexte national particulièrement difficile en 2018, marqué par la recrudescence des attaques terroristes. « Notre pays a connu de nombreuses attaques terroristes ayant occasionné plusieurs victimes, la sécurité des biens et des personnes a été durement éprouvée », a-t-il précisé. Condamnant au passage ces « actes barbares », il a relevé que les terro-ristes, au-delà des attaques contre les symboles de l’Etat, ont mis en œuvre des stratégies de « diviser pour mieux régner », en tentant de susciter des conflits communautaires. Le Premier ministre en veut pour preuve les affrontements meurtriers à caractère ethnique et les attaques ciblées contre des édifices religieux enregistrées ces derniers mois. Mais sur cette «intention malveillante très compromettante» pour le vivre-ensemble, Christophe Dabiré s’est voulu rassurant : «nous avons bien perçu ce projet de déstabilisation du pays et nous n’allons pas baisser les bras ni fermer les yeux devant le déroulement d’un dessein aussi funeste ». Dans le domaine de l’éducation, des mesures ont été prises pour accroître l’offre dans les ordres d’enseignement tout en améliorant la qualité. Aux nombres de ces mesures, le recrutement des personnels enseignants, la diversification des domaines avec un accent sur le développement de l’enseignement technique et professionnel. Cette volonté s’est traduite par la construction de six lycées scientifiques, deux lycées techniques, cinq lycées professionnels et cinq Centres d’enseignement et de formation technique et professionnelle (CEFTP). Tous ces résultats ont été obtenus, a précisé le Premier ministre, dans un environnement éducatif marqué par des remous sociaux et surtout par l’insécurité qui a occasionné, dans les régions du pays les plus touchées par les attaques terroristes, la fermeture de nombreux établissements scolaires et la destruction de plusieurs infrastructures éducatives et de matériels pédagogiques. La question sanitaire est au cœur de la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES) et constitue avec l’éducation, les deux secteurs sociaux de base. Il ressort de l’exposé du PM que l’accès aux services de santé a été facilité grâce à une politique mise en place avec la volonté du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

Une hausse de 10% du PIB en 2018

A cela s’ajoute une politique rigoureuse de recrutement, de formation et de déploiement des personnels ayant permis d’améliorer le ratio nombre d’habitants par médecin et de tendre vers les normes de l’Orga-nisation mondiale de la santé (OMS). Le gouvernement compte poursuivre la construction d’infrastructures sanitaires et l’amélioration des offres de prestation des formations sanitaires, à travers le relèvement des plateaux techniques des hôpitaux. De même que la normalisation de 270 formations sanitaires en Centres de santé de promotion sociale (CSPS) et la transformation d’une trentaine de centres de santé de chefs-lieux de communes rurales en Centres médicaux. Poursuivant son exposé, M. Dabiré a fait savoir que le monde des affaires a connu une amélioration faisant passer le taux de croissance économique de 5,9% en 2016 à 6,6% en 2018 contre 3,9% en 2015. De son avis, le taux de progression reste, certes, faible, mais cela témoigne de la capacité de résilience du pays qui a pu maintenir un environnement macro-économique assez stable caractérisé par une maîtrise de l’inflation (2% en 2018), un déficit budgétaire contrôlé et un taux d’endettement estimé à 34% du Produit intérieur brut (PIB) en 2018. Quant au taux d’investissement, il a connu une hausse s’éta-blissant à 10% du PIB en 2018 contre 8% l’année précédente. Abordant le volet judiciaire, le coordonnateur de l’action gouvernementale s’est félicité de la tenue du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 toujours en cours au tribunal militaire de Ouagadougou. Au-delà du procès, le gouvernement, a-t-il dit, a consolidé la performance de la justice tant du point de vue des capacités technique et opérationnelle que de son accessibilité. La création du fonds d’assistance judiciaire et la mise en place des pôles judiciaires spécialisés ont été citées comme acquis dans ce secteur. Sur le drame de Yirgou, le chef de gouvernement a appelé les acteurs chargés du dossier à faire diligence, réaffirmant la disponibilité de l’exécutif à mettre à leur disposition des appuis logistiques et financiers nécessaires pour la manifestation de la vérité. S’agissant de la lutte contre le chômage, foi de M. Dabiré, le gouvernement a misé sur la promotion de l’auto-emploi à travers le financement des projets d’entreprises de jeunes et des femmes.
Le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, a dirigé les travaux de la plénière qui a connu la présence des membres du gouvernement et des chefs de missions diplomatiques.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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Réactions de présidents de groupes parlementaires

Après le discours du Premier ministre, des présidents de groupes parlementaires de la majorité et de l’opposition se sont prononcés sur son adresse.

Daouda Simboro, Renouveau démocratique (RD) : «Un discours précis et concis »
«Lors de la Déclaration de politique générale du Premier ministre, il était question de relever le défi de la sécurité. Aujourd’hui, à l’heure du discours sur l’état de la nation, nous constatons effectivement une sorte de pragmatisme dans ce qui était dit à sa prise de fonction. Nous attendons de voir la suite des opérations, qui doivent nous permettre de triompher du terrorisme. Sur la restauration de la cohésion sociale, nous avons constaté avec satisfecit les efforts du gouvernement pour un bon vivre-ensemble des populations. Sur le plan de la gouvernance, des réformes judiciaires, financières, la lutte contre la corruption sont entre autres actions prises en compte. Nous avons eu un discours précis et concis, clair et limpide sur l’exercice du pouvoir d’Etat et des avancées engrangées. D’un point de vue général, l’action du gouvernement est en bonne perspective. Le groupe parlementaire RD est satisfait de la situation dépeinte et nous avons félicité le chef du gouvernement à propos »

Alphonse Nombré, Congrès pour la Démocratie et le progrès (CDP): «Nous lui accordons le bénéfice du doute »
« Pour cette fois-ci, nous sommes satisfaits. Le Premier ministre s’est fait comprendre clairement. Il a fait un effort de synthèse tout en embrassant tous les secteurs de la vie nationale. Dans la forme, il n’ y a rien à signaler. Dans le fond, il y a juste quelques insuffisances que nous avons soulevées. Il s’agit des questions en rapport avec la réconciliation nationale, la sécurité et l’autorité de l’Etat. On a bon espoir que cette photographie augure de lendemains meilleurs. Sinon de par le passé, on nous promettait que les délestages seraient bientôt un lointain souvenir mais jusque-là, nous vivons les mêmes réalités. Donc nous accordons le bénéfice du doute au Premier ministre, afin qu’il puisse travailler sereinement »
Nicolas Dah, Union pour le progrès et le changement (UPC) :
« rien ne reflète la réalité »
« C’est un rituel qui a son fondement juridique dans notre Constitution. Mais ce qui est décliné dans le discours n’est pas ce qui se constate sur le terrain. Sur le plan sécuritaire, les dispositions prises par le gouvernement ne sont pas conformes à ce qui est relaté dans le document lu devant les députés. Donc, rien dans cette adresse ne reflète la réalité. Les réalisations que le gouvernement a pu faire auraient pu être cartographiées, afin de permettre aux populations de vérifier leur effectivité. Pour notre part, il s’agit juste d’un rituel qu’impose la Constitution et devant lequel chaque gouvernement essaie de se conformer. Sinon, les chiffres avancés sur le plan économique, soit 6%, 10%, de part et d’autre ne sont pas palpables. Du coup, il y a un déphasage entre le discours politique et la réalité sur le terrain»
Alexandre Tapsoba, Mouvement du peuple pour le progrès (MPP): «Même l’opposition a félicité le gouvernement»
« Nous avons une appréciation po-sitive de l’exposé du Premier mi-nistre, en ce sens qu’il a été synthétique et cohérent sur les aspects de la vie nationale. Malgré un contexte marqué par une insécurité généra-lisée, il a été explicite dans les actions menées en faveur de la sécurité et de la fronde sociale. Aussi, le chef du gouvernement a été clair sur les réalisations faites et celles qui ne l’ont pas été du fait de difficultés liées au terrorisme. Donc, dans l’ensemble c’est un discours franc et sincère, qui a été exposé à la Représentation nationale. Vous avez constaté que même l’opposition a félicité le chef du gouvernement, du fait de la qua-lité du travail fait et sa franchise dans le discours»

Propos recueillis par Wanlé Gérard COULIBALY

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