La jeunesse, une bombe à retardement

Quand je regarde tout ce beau monde qui nous attend au tournant demain, j’ai peur pour l’avenir. Chaque année, des milliers de jeunes s’empilent sur la liste des désœuvrés. Chaque année, ils sont des milliers de jeunes diplômés à frapper aux portes d’une Fonction publique de moins en moins ouverte au grand public. Il ne suffit plus d’avoir son Bac pour échapper au bac à ordures social. Il ne sert plus à grand-chose de traîner une maîtrise si les promesses des études ne sont que méprise et traîtrise. A quoi bon aller jusqu’au Doctorat si on n’a pas sa place dans le conglomérat des titulaires de la chaire ? Chaque année, des cohortes de têtes pleines sortent des universités mais jetées en pâture aux incertitudes d’un parcours sans issue. Quand l’avenir est un cul de sac, comment parvenir à devenir quelqu’un si on a plus besoin de personne ? Devant le tas de paperasses qui jonchent le cagibi, on se demande parfois si le parcours du combattant en valait la peine. L’école moderne n’était qu’une supercherie sur fond de tableau peint en noir. Elle nous a remplis les têtes vides de théories et de parodies et laisser fuir entre nos doigts la motte de la terre morte. L’école du «Blanc» a éclairé nos lanternes jusqu’à éblouissement. Elle a détourné notre regard de nous-mêmes en nous inculquant le «complexe des mains sales». On n’étudie pas pour aller au charbon les mains nues, parce que le charbon est salissant. On n’use pas ses fonds de culotte sur les bancs de classe pour être en rupture de ban avec le champ du clan. Entre le stylo et la daba, il y a un qui est valorisant et l’autre dégradant. Entre le manuel qui met ses dix doigts à la pâte et l’intellectuel qui triture sa matière grise, il y a un qui regarde l’autre avec condescendance. Mais quel mérite le doctorant «arrogant» a-t-il de plus que le vaillant laboureur qui remue des hectares à la houe en pataugeant dans la boue ? Quelle plus-value le commis à la cravate est-il l’artisan, mieux que le tâcheron qui trime sous le bourdonnement des moucherons ? A quoi sert un diplômé qui ne sait rien faire d’autre de ses deux mains que de palper des papiers et à griffonner du charabia ? Le jour où l’intellectuel fera du manuel un appoint, il saura taire son ego pour s’élever au-dessus de la mêlée des nigauds intellos. Notre école est une vraie colle jetée sur le chemin du destin. L’école qui remplit les têtes pour évider nos cœurs a réussi à faire de nous de creux «débatteurs» sans dextérité. Entre le bureau et le champ, le choix est clair mais c’est l’illettré cultivateur qui s’échine pour nourrir le lettré penseur. Pourtant, on peut quitter le point culminant de l’école pour descendre faire fortune dans la boue fertile des terres arables. On peut empocher sa maîtrise et remuer la terre jusqu’au filon d’or. Mais, même le retour à la terre est une entreprise, un investissement qui ne saurait s’effectuer à mains nues et à cœur vaillant. L’entrepreneuriat qui part de zéro franc pour souffler le record des chiffres d’affaires a besoin d’être soutenu et suivi. Et le meilleur soutien à la jeunesse en détresse n’est pas une broutille de faire valoir ; c’est un investissement conséquent à long terme. La jeunesse sur qui nous comptons demain ne saura relever les défis, du moment qu’ elle ne les affronte pas à deux mains. Elle ne saurait être un acteur durable de développement, si elle joue le rôle de fer de lance en bois ou en terre cuite entre les mains de vendeurs d’illusions. La jeunesse ne participera en rien, si elle laisse jouer son rôle à sa place au pied de la courte échelle. La question de la jeunesse se posera demain avec acuité, tant que les politiques d’éducation et de promotion de l’emploi ne s’adapteront pas vite au contexte. Il faut faire vite avant que la bombe n’explose entre nos mains.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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