Arrivée dans le baseball très jeune, Eugénie Zida fait aujourd’hui la fierté de son pays en tant qu’arbitre international de baseball et de Softball. Portrait

Des terrains de la capitale burkinabè à ceux de Hokkaido au Japon, Eugénie Zida a dû faire montre d’abnégation et de sacrifice, guidée et motivée par son amour pour ce sport qu’est le baseball. Timide par moment, donnant l’air de chercher ses mots entre deux sourires, Eugénie, du haut de ses 1m70 est « un sifflet efficace » reconnu à plus d’un titre au-delà des frontières de son pays.    « Ce trait de caractère ne m’a à aucun moment empêché de bien faire mon travail », souligne l’arbitre international de baseball et de Softball. Aujourd’hui trentenaire, c’est pourtant par d’autres disciplines que la fillette d’alors a affiché a affiché son amour pour le sport. « Toute petite, elle s’est intéressée au football et au Karaté. Mais pour cette dernière discipline je m’y suis opposée par ce que c’est un sport de combat et je n’aime pas lorsqu’on se donne des coups », avoue sa mère Germaine Zida. Face à cette opposition des parents, Eugénie renonce au Kung Fu mais pas à sa passion pour le sport. Et c’est sur le terrain de la cité SOCOGIB au début des années 2000 que l’adolescente fait la connaissance du baseball qui va lui permettre de vivre pleinement cette passion. Séduite après avoir assisté à plusieurs séances d’entrainement elle décide de s’y lancer. Mais après une année de pratique alors qu’elle est en classe de 3e au Lycée Philippe Zinda Kaboré, et avec le soutien de son encadreur, elle décide d’évoluer dans ce sport autrement. Elle est envoyée au Ghana en 2003 où elle suit une formation en arbitrage sanctionnée par un test concluant. Le diplôme d’arbitre dans l’escarcelle à seulement 18 ans, Eugénie, rentre au bercail et enchaine les matchs de championnat comme arbitre, principalement à Ouagadougou et à Koudougou. Parallèlement à cela elle participe à l’encadrement de jeunes arbitres. A partir de 2005, la carrière de la jeune femme amorce une envergure internationale. En effet, cette année-là, elle officie pour la première fois hors du Burkina Faso précisément au Ghana. Puis les sollicitations se multiplient l’emmenant au Togo, en Côte d’Ivoire et au Niger. Le directeur technique national de la fédération de baseball et de Softball a commencé ce sport avec Eugénie il y a une vingtaine d’années. Boukary Sawadogo décrit une femme « sans histoires » qui a consenti beaucoup de sacrifices pour maîtriser les ficelles de son métier car ce n’est pas toujours rémunéré sous nos cieux. Pour le DTN, c’est un honneur pour le Burkina Faso de l’avoir. « Lors de tous ces matchs à l’international elle est chaque fois la seule femme et à l’occasion de chaque compétition, des tests sont initiés et elle s’en sort le plus souvent en tant que major », se réjouit-il. Même si elle a essuyé quelques frustrations au passage, être la seule femme arbitre parmi des hommes a plutôt un effet dopant pour la concernée : « il y a eu cette fois en 2005 où je devais arbitrer à Cuba pour une compétition mais à la dernière minute alors que j’avais fini mon passeport on m’apprend que les chambres sont réservées pour des hommes deux et trois personnes par chambre parce qu’ils n’avaient pas l’habitude de recevoir des femmes. Sinon au départ certains sont étonnés, voire sceptiques mais généralement ça se termine par des félicitations ».

Son efficacité et sa rigueur lui ont valu d’être désignée pour diriger la finale aux jeux de la francophonie en 2017 à Abidjan entre la Côte d’Ivoire et la France. Ou encore au mois de mai dernier en Afrique du sud où elle a officié dans quatre rencontres comptant pour la seconde phase des éliminatoires des Jeux Olympiques Tokyo 2020.  « Je ne regarde pas le visage de quelqu’un pour siffler un match et d’habitude ça se passe bien », insiste-t-elle. Cette efficacité qui force tant l’admiration, Eugénie l’a forgée au prix de multiples expériences à travers le monde comme par exemple ce séjour de plusieurs mois auprès de collègues et experts japonais en 2015. Un stage qui lui a permis, en plus d’affiner ses connaissances en arbitrage, de renforcer ses capacités en coaching. Un savoir et un savoir-faire qu’elle n’hésite pas à mettre au service de l’équipe nationale. « Il y a des astuces ou autres mises à jour des règles que les joueurs ne maitrisent pas toujours à temps donc je les leur donne quand je suis avec eux ». Eugénie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin proclame-t-elle, car elle a pour ambition d’officier au plus haut niveau mondial et entend persévérer dans l’effort pour ce faire. Et ce ne sont pas ses différentes obligations de mère, de trésorière à la fédération ou encore d’élève infirmière qu’elle a su bien combiner jusque-là avec celles d’arbitre qui l’en empêcheront. Si cela devait arriver, peut-être que son fils de douze ans qui s’est déjà ‘’mis à la batte’’ lui procurera ce plaisir pendant qu’elle profitera pleinement de ses autres passe-temps que sont la musique et le cinéma en dégustant son plat préféré : le ragoût de pomme de terre.

Voro KORAHIRE

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