Pau et après…

Le sommet de clarification de Pau en France a bel et bien eu lieu. Les fruits ont-ils tenu les promesses des fleurs ? A chacun son appréciation. En tous les cas, ceux qui misaient sur un boycott collectif l’ont appris à leurs dépens. Cette rencontre a été une opportunité pour les dirigeants du G5 Sahel et leur homologue français, Emmanuel Macron, de redéfinir la politique africaine de l’Hexagone, de discuter spécifiquement de la présence des forces françaises dans la zone. Après plus de six ans de présence, ponctuée de pertes en vies humaines et matérielles parfois lourdes, le président Macron a voulu, à travers ces échanges, légitimer l’engagement de son armée au Sahel vis-à-vis de sa propre opinion publique. Cette légitimation consolidée par la dégradation particulièrement rapide de la situation sécuritaire, ces derniers temps, ajoutée à une demande de renforcement de la présence de la force Barkhane, exprimée de vive voix par les chefs d’Etat du G5 Sahel, conforte le partenariat militaire avec la France. Seule ombre, les Américains n’ont pas attendu la fin du sommet de Pau pour annoncer la réduction des ressources consacrées à l’Afrique et au Moyen Orient pour être redirigés vers le Pacifique notamment. Cette décision, si elle venait à être mise en exécution, contraindrait Paris à réduire ses ambitions au Sahel, faute de pouvoir compter sur le soutien de son allié traditionnel, l’Amérique. Le pays de l’oncle Sam a-t-il voulu réagir à la déclaration du président français sur une prétendue « mort cérébrale » de l’Organisation du traité de l’atlantique nord (OTAN)? Toujours est-il que la diplomatie française s’est mise en branle pour éviter un éventuel « vide capacitaire », tout en mobilisant autour d’elle en Europe. L’on ne tardera pas à se faire une idée précise de la coalition internationale contre le terrorisme au Sahel, annoncée à Pau, avec les prochaines opérations anti-terroristes. Plus ces interventions militaires se feront avec les USA, mieux ce sera pour la France et les pays du G5 Sahel, même si le dernier mot revient à la Maison blanche. Du côté africain, l’après Pau est tout un challenge. Passées les déclarations d’intentions, il va falloir gagner, en retour, la bataille d’une opinion publique pas toujours en phase avec les dirigeants. A ce propos, l’idée de l’ouverture d’un débat interne aux Etats africains, à l’image de celui de Pau, ne serait pas saugrenue. Dans la pratique, la sollicitation d’un allié de la trempe de la France ou des autres partenaires de la coalition anti-terroriste devrait se faire sur la base d’une politique sécuritaire et de défense claire, soutenue par des lois de programmation militaire en adéquation avec les impératifs du moment. Mais l’on constate que ces politiques sont à des stades embryonnaires dans certains pays du G5 Sahel. Si fait que les priorités de défense et de sécurité divergent d’un Etat à un autre. Dommage ! Les partenaires ont alors beau jeu de faire des propositions clefs en main qui, dans le meilleur des cas sont assimilées à un paternalisme condescendant ou pis, à des ingérences intolérables. Espérons qu’il y aura un après Pau, afin que cessent les velléités d’ouvrir d’autres fronts, en se trompant d’adversaires, dans une guerre de longue haleine.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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