Meurtre de George Floyd : les germes de l’espoir

L’Afro-américain de 46 ans, George Floyd, tué par un policier blanc, le 25 mai dernier, a été conduit à sa dernière demeure hier mardi après un ultime hommage. Son supplice, mourant étranglé sous le genou du policier Derek Chauvin, immortalisé par le portable d’une passante a fait le tour du monde et suscité une indignation sans précédent. Au-delà de l’acte de racisme qui transparait dans ce meurtre, c’est aussi l’expression d’une « humanité échouée », encore aux prises avec une bestialité primaire qu’il a été donné de voir. Cette scène du policier, les mains dans les poches et le genou appuyé sur le cou de George Floyd dans une indifférence sadique a semé une vague de révoltes dans toute l’Amérique et presque partout dans les autres parties du monde. Les bavures policières à l’encontre des Noirs aux Etats-Unis ont longtemps été dénoncées, mais jamais une telle colère n’avait emporté tant d’hommes dans ce pays. Un peu partout, les manifestations consécutives au meurtre de M. Floyd ont fait prendre conscience que le monde couve encore de grandes injustices. Elles ont ouvert, une fois de plus, les yeux du monde sur la plaie béante du racisme qui lézarde ce pays. Le Civil Rights Act, signé en juillet 1964 par le président américain Lyndon Johnson, qui interdit toute forme de discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale, a comme volé en éclats. Dans l’Amérique donneuse de leçons, ce crime a montré comment les policiers, censés protéger tous les citoyens sans discrimination, ont toujours été impitoyables avec les Noirs américains. Combien de bavures policières sont-elles restées impunies dans ce pays ? Les relents de suprématie blanche sont encore entretenus sur cette terre cosmopolite souvent, avec la complicité tacite de hauts responsables politiques. L’exaspération née de cet énième crime raciste annonce que plus rien ne sera comme avant devant l’injustice de ceux qui sont confortablement assis sur leurs certitudes éculées. La révolte légitime née de l’assassinat de George Floyd donne le ton que désormais une prise de conscience mondiale citoyenne est en train de voir le jour grâce aux réseaux sociaux qui ont brisé les barrières entre les hommes. Cette révolte porte les germes de l’espoir que ceux qui prétendent dominer injustement les autres au nom de leur pouvoir et de leurs intérêts bassement égoïstes n’auront plus le sommeil tranquille. L’indignation contre la mort lâche de Floyd doit servir de levier à un éveil sur toutes les autres formes d’injustice que des millions d’êtres humains continuent de subir à cause des faux privilèges que certains se sont arrogés. Elle doit sonner la fin du diktat des grands de ce monde qui entendent gouverner la planète à leur guise. Une partie du monde, notamment l’Afrique, continue de croupir sous le poids de la misère au nom du seul bon vouloir de ceux qui se sont érigées en donneurs de leçons et de leurs complices qu’ils soutiennent et protègent. Des multinationales entretiennent des cycles d’instabilité dans des pays africains pour mieux organiser le pillage des ressources. Le terrorisme est financé et armé par des puissances étrangères pour déstabiliser des pays qui s’échinent à répondre aux défis de développement. Des milliers de migrants pris au piège dans des prisons infernales en Lybie meurent dans un silence assourdissant des dirigeants du continent. L’indignation née du meurtre de George Floyd doit servir de levain contre tous ces iniquités et crimes qui jalonnent l’histoire. C’est une large parenthèse qui s’est ouverte contre la bêtise qui continue d’avoir pignon sur rue en ce 3e millénaire. Ce sera une lutte de longue haleine, mais elle vaut la peine d’être menée. L’épisode du coronavirus, au-delà des victimes qu’il a causées, a mis en évidence, selon l’expression du philosophe sénégalais, Souleymane Bachir Diagne, « la nécessité d’une véritable solidarité et d’une véritable citoyenneté mondiales ». Les peuples opprimés ont l’obligation d’être solidaires face au « malheur balbutiant » qui les frappe. Pour un avenir fraternel de l’humanité, il est temps de maintenir la cadence contre l’imposture de ceux qui se sont auto-proclamés sauveurs. Maintenir la flamme de l’espoir d’un monde meilleur est impératif. Si nous ne voulons pas nous indigner contre d’autres crimes à l’image de celle de George Floyd, nous devons, comme le suggère Yasmina Khadra, « croire dans la beauté des choses et de percevoir des signes rédempteurs dans les déconvenues ». Croire dans la beauté des choses renvoie justement à ce sursaut d’humanité qui a étreint des millions d’âmes face à ce meurtre odieux d’un homme qui ne demandait qu’à vivre. Et nous ne percevrons les signes rédempteurs dans les déconvenues qu’à travers une mobilisation sans faille contre le règne des oppresseurs. « Mais si, aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève », disait Stéphane Hessel dans son ouvrage Indignez-vous.

Karim BADOLO

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