Mali : l’entêtement du M5

Décidément, le Mouvement du 5 juin (M5) regroupant à la fois la société civile et les opposants politiques, présidé par l’imam Mahmoud Dicko, est resté insensible à l’appel au dialogue du Président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Après son adresse à la nation, dimanche dernier, où il a tendu la main aux responsables du M5 à la suite de leur manifestation du 5 juin au cours de laquelle ils ont exigé sa démission, IBK a convoqué les forces vives pour des concertations le mardi 16 juin. Contre toute attente, le M5 a boudé cette rencontre importante. Bien qu’une entrevue discrète ait eu lieu entre IBK et le leader du M5, le samedi dernier, rien n’y fit. En dépit de la bonne disposition du chef de l’Etat à trouver un terrain d’entente dans un Mali fragilisé par l’insécurité et les conflits communautaires, le M5 semble figé dans une attitude radicale. Qu’à cela ne tienne ! Au cours de sa rencontre avec les forces vives, IBK a, dans une allocution d’une trentaine de minutes, fait des promesses visant l’apaisement du climat sociopolitique. Entre autres propositions, au plan politique, le président malien compte « engager des consultations pour la formation d’un gouvernement d’union nationale ». Une décision qui va permettre à l’ensemble de la classe politique de prendre part à la gouvernance du pays dans un contexte difficile. Avec un exécutif à tout le moins inclusif, il y a espoir que le pays saura se concentrer sur les impératifs du moment, notamment le retour à la quiétude et à la paix sur toute l’étendue du territoire malien. Que fera le M5 qui n’a pas pris part à ces concertations, alors qu’il est responsable de la crispation de l’atmosphère sociopolitique dans le pays? Les responsables du mouvement tiennent-ils mordicus au départ du locataire du palais de Koulouba ? Au regard du développement de l’actualité sur les bords du fleuve Djoliba, le M5, en s’enfermant dans ce statisme, risque de retourner l’opinion contre lui. En réponse à leur mécontentement, IBK a donné tous les gages de bonne foi qu’il est à l’écoute de tous ses concitoyens. C’est pourquoi, il a pris le temps d’appréhender les récriminations formulées à son encontre afin de trouver le juste compris qui préservera le pays d’une instabilité institutionnelle. Le M5, à vouloir trop se gargariser du « succès » de sa mobilisation « monstre » à Bamako en début juin, court vers un délitement de ses membres. Déclencher une crise politique et jouer aux abonnés absents lors des pourparlers frise une certaine fuite de responsabilité. La politique de la chaise vide a été toujours infructueuse.
Autre signe de la décrispation du climat social, le président a pris l’engagement d’appliquer l’article 39 au profit des enseignants pour mettre fin à la crise scolaire qui dure depuis belle lurette. L’application dudit article concrétise la signature d’un accord avec le gouvernement en 2019 avec pour effet une augmentation des salaires des enseignants.
A propos du chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, otage d’un groupe terroriste, IBK a également donné des nouvelles rassurantes. Autant d’actes qui dénotent que le chef de l’Etat affiche une réelle volonté de prendre en compte les préoccupations soulevées par ses concitoyens. Toutes les contradictions des hommes finissent par trouver des solutions autour d’une table de négociations. Si les responsables du M5 mettent en avant l’intérêt supérieur de la nation malienne, ils devraient se raviser. Sinon le mouvement, à coup sûr, fera long feu.

Karim BADOLO

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