Etre parent, pour rien !

Je n’ai rien contre les maquis et autres lieux de bombance et de réjouissance publics. Ce sont des lieux de travail où de nombreux honnêtes citoyens gagnent leur pain à la sueur du front. Mais quand je regarde tous ces pères de famille qui y poirotent, je secoue parfois la tête en pensant à tous ces mômes et femmes abandonnés à la maison. Je donne un coup de poing dans le vide en espérant cogner la tête de l’invétéré buveur sans fond. Comment un homme normal peut-il passer son temps à picoler sans compter, sans se soucier de ses responsabilités parentales et familiales ?

Comment un homme digne peut-il passer tout son temps à lever le coude, à faire servir tous ceux qui lui sourient ? Quelle gloriole peut-on tirer en balançant par-dessus le comptoir des billets de mille à la mignonne féline qui joue la tigresse ? Quelle fierté peut-on avoir en remportant la palme d’or du meilleur client d’une boîte ?

Le « premier de la classe » d’un maquis est très souvent classé dernier dans la société. Oui, on a presque tous déjà fait une petite virée sous les manguiers de l’Est ou au bord de la mare de l’Ouest ; on a déjà foulé ces pistes de danse multicolores en se trémoussant au son des hits en vogue. C’était juste pour tuer l’immortel temps qui s’étend et s’en va. Parce qu’après tout, la vie, c’est comme le vent ! C’était juste une fois en passant. C’était pour décompresser et c’est normal ! Parfois, c’est nécessaire.

Mais faut-il pour autant s’asseoir du matin au soir, boire comme un trou et nager dans la crue de sa propre bévue? Certains ont fait de l’alcool une raison de vie, pire, une fausse solution à de vrais problèmes.

Quand un homme s’abonne et s’adonne à l’alcool au point d’en faire une école, à quoi sert-il de lui jeter encore un mauvais sort ? Puisqu’il est déjà mort ! Quand ton ennemi commence à boire au point d’en tirer une certaine gloire, détends-toi et laisse le cobaye expérimenter sa propre perte. Il y en a qui avalent toujours une bière ou une boule de liqueur à jeûn avant de rejoindre le service.

Il y en a qui appartiennent à des cliques de « pinteurs » élevés au rang de club avec agrafe « whisky », « Eperon » ou « Johnny ». Ils boivent rarement de l’eau et ont plus d’alcool que de sang dans les veines. Quand ils se retrouvent, ils vouent presque un culte à la bouteille, dans une ambiance d’orgie de libations et de passion. Ils ont parfois des « noms de guerre » sans renom. A 45 ans, ils ont le faciès d’un octogénaire et battent le record des consultations en cardio.

Ils marchent comme des zombies, penchés à gauche comme pour mieux faire passer l’arme et tirer la dernière cartouche d’une vie mal remplie. Certains finissent comme un miraculé ou un rescapé de guerre ; ils marchent en clopinant avec une goutte qui joue la concurrence avec un diabète bêtement contracté. Leur cœur ne bat plus ; il y a longtemps qu’il se débat en cage, coincé entre un foie foireux et des poumons sans souffle. Il y a des familles dans lesquelles le père ou le chef de famille ne l’est que de nom.

Malheureusement, certains terminent leur course aux effluves au pied d’un poteau percuté, dans un caniveau mal contourné ou dans les bras d’un innocent passant. Un beau jour noir, ils regrettent sur leur grabat d’avoir passé une bonne partie de leur vie à boire jusqu’au seuil du déboire.

Le phénomène de la fréquentation des bars n’est pas l’apanage des adultes. De petits morveux à peine sevrés se laissent biberonner aux canettes enivrantes et hallucinantes. Et puis, l’alcool a quitté les rayons des unités agréées pour se retrouver sur les étagères du tablier du quartier. C’est une banale pratique de plus en plus acceptée et tolérée par laxisme et par insouciance. Devant la cour familiale, autour d’une prétendue théière, d’impénitents ados s’adossent à leurs parents « carents » pour fumer du chicha en se sentant pacha et s’initier à la marijuana pour marcher un jour tout nu au « Gondwana ».

C’est ça la vie de maintenant ! Des adultes ne valent pas mieux que leurs enfants et les enfants ne sont que les sosies de leurs parents. L’enfant est le père de l’homme, mais qu’est-ce qu’un enfant sans père ? Que dire, quand on est en démocratie où la liberté individuelle transcende les valeurs sociales ? Que faire quand il n’y a plus rien à faire dans les affaires d’autrui ? Chacun vit sa vie comme il l’entend ; chacun se suffit sans savoir être comblé ; chacun pour soi, même dans ses bêtises. Sublimes drôleries, belles conneries !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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