Mali Le plus dur commence

Près d’un mois après la chute du président Ibrahim Boubacar Kéita, le Mali s’est doté d’une charte de transition pour conduire le pays jusqu’au retour à l‘ordre constitutionnel. Cette feuille de route, fruit des concertations nationales, propose une transition de 18 mois et charge un comité formé par la junte pour désigner un président civil ou
militaire. La charte prévoit en outre un vice-président ; un conseil national de transition qui aura les prérogatives d’une Assemblée nationale regroupant 121 personnes réparties entre les forces de défense et de sécurité, le Mouvement du 5 juin- Rassemblement des forces patriotiques (M5 RFP, une coalition de l’opposition), les partis politiques, les journalistes, la société civile, les religieux, la diaspora, les jeunes et les femmes; et enfin un Premier ministre chargé de conduire une équipe gouvernementale de 25 ministres. Mais, à peine la charte a-t-elle été rendue publique que
certains acteurs importants, notamment le M5 RFP a décidé de mettre des cailloux dans les bottes des putschistes. En effet, ce regroupement de partis politiques d’opposition ayant combattu IBK, a soutenu que le
document ne reflète pas les points de vue et les décisions du peuple malien. « Le rapport général a été charcuté et ne correspond pas à ce qui a été dit dans les groupes de travail », a ainsi reproché Sy Kadiatou Sow. Venant du M5, l’on ne peut penser que cette accusation est crédible. Elle prouve à souhait que les jeunes militaires, qui ont chassé IBK, n’entendent pas jouer les seconds rôles dans la transition, quitte à se mettre à dos une partie des Maliens et donner de l’eau au moulin de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui les avait vus venir. En attendant que ces putschistes produisent leur mémoire en défense, l’on est tenté de dire qu’après un mois de gestion des affaires, ils y ont pris goût et n’entendent pas laisser le
pouvoir aux civils qui vont se la couler douce. Les concertations nationales ne sont qu’une stratégie pour donner une caution à un plan
savamment orchestré.
Cette voix discordante du M5 sonne comme un coup de semonce à l’endroit de la junte. Car, si ce n’est pas encore fait, il n’est pas exclu que le M5 retire sa confiance à la transition et remobilise ses troupes pour prendre d’assaut les rues de Bamako et les autres villes pays. Pourtant le Mali avait toutes les chances de réussir cet intermède, lui qui avait connu une transition politique en 2012 lorsque la bande du capitaine devenu général, Hamadou Haya Sanogo, avait chassé le président Amadou Toumani Touré. Mieux, les exemples burkinabè et centrafricain pouvaient lui servir d’école. C’est dire que le Comité national du salut du peuple marche sur des œufs. Voulant réussir son incursion dans la vie politique, il n’a pas à avoir honte à prendre langue avec les voix discordantes et en rectifiant le document. En s’offrant dans la charte, l’immunité juridictionnelle qui contredit la Constitution, les putschistes veulent
assurer leurs arrières. Quand l’on sait ce qui est advenu de l’aventurier Hamadou Haya Sanogo, qui est fou ? Que va faire la CEDEAO qui voulait d’une transition d’un an dirigée par des civils ?
Va-t-elle lever ou
renforcer les sanctions contre un pays-frère ? Les jours à venir nous situeront davantage.

Anselme KAMBIRE

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