De la mauvaise foi

Il est de ces situations qui frisent le ridicule, si elles ne le sont. Au Burkina Faso, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) enregistre, du 28 septembre au 2 octobre 2020, les dossiers de candidatures à la présidentielle du 22 novembre prochain. Pendant les trois premiers jours, des candidats et pas des moindres sont déjà passés devant l’équipe de réception de la CENI et plusieurs autres sont attendus, pour les deux derniers jours.

En plus, des prétendants sérieux à la magistrature suprême de notre pays, des Burkinabè ont jugé nécessaire d’amuser la galerie, avec malheureusement des prétextes qui ne font pas du tout rire. En effet, rien qu’à voir le cadre et la solennité avec lesquels la CENI organise cette réception, on présume que les présidentiables devaient épargner les Burkinabè de certaines plaisanteries.

Sinon, comment comprendre, qu’un candidat, censé connaître la liste des pièces de dossiers, puisse se présenter à la CENI, accueilli avec tous les honneurs dus à son « rang » et défilant sur le tapis rouge devant caméras et sous les flashs des appareils photos, dépose sciemment des dossiers incomplets, sous le prétexte qu’il ne veut pas payer la caution de 25 millions de FCFA ou ne juge pas nécessaire de recueillir les parrainages des élus ? Si tant est que chaque candidat a le droit de dénoncer des dispositions d’une loi qu’il juge inconstitutionnelle, le moment choisi pour le faire dénote plutôt d’une mauvaise foi.

Et pour cause, l’instauration de la caution de 25 millions F CFA et des parrainages pour la présidentielle par le Code électoral datent de juillet 2018. Pourquoi depuis ce temps, n’ont-ils pas fait recours aux instances juridictionnelles compétentes pour dénoncer cette inconstitutionnalité ?

La fonction de président du Faso et par voie de conséquence, la candidature à ce poste électif suprême, mérite beaucoup plus de sérieux. On peut bien amuser la galerie sans pour autant verser dans le ridicule. Sans présager de la suite que le Conseil constitutionnel va donner à leurs candidatures, il est évident que certains sont d’office « non partants ». « Candidats de moins », ils éviteront aux Burkinabè la gymnastique de s’échiner lors de chaque présidentielle, à rechercher parmi plus de 10 candidats, le leur à choisir.

En invalidant leur candidature, les Grands juges auront donc rendu service à la Nation, parce que « ne peut être président du Faso qui veut, mais qui peut ». Comment peut-on vous faire confiance si vous n’êtes même pas en mesure de réunir 25 millions F CFA pour la caution (remboursable si vous avez 10% des suffrages exprimés) ou incapables de récolter 50 parrainages à l’échelle du territoire national pour donner une envergure sérieuse à votre candidature ? Il est loin derrière nous, la période où les élections étaient un fonds de commerce, des candidats contractant des prêts bancaires pour honorer les cautions et ensuite tirer les dividendes dans la subvention qui leur est versée.

Jean-Marie TOE

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