Guinée : les conditions d’une paix durable

Le président guinéen, Alpha Condé, a été investi hier mardi à la suite de l’élection du 18 octobre dernier. Par cet acte, et ce, après le quitus du Conseil constitutionnel qui a entériné, le 7 novembre 2020, les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante, M. Condé entame ainsi un troisième mandat de six ans. Cette investiture intervient au lendemain de celle du président ivoirien, Alassane Ouattara, qui rebelote aussi pour son troisième mandat. Les deux nouveaux présidents ont reçu le soutien d’une dizaine de chefs d’Etat africains qui ont fait le déplacement d’Abidjan et de Conakry. Tout comme en Côte d’Ivoire, l’élection du professeur Condé est contestée par l’opposition guinéenne. Son principal challenger, Cellou Dalein Diallo, continue de clamer sa victoire. Cela montre à souhait que la lagune Ebrié et les cours d’eau qui longent le Fouta Djalon sont loin d’être des fleuves tranquilles. L’idée des deux patriarches de briguer un troisième mandat a sérieusement écorché les bases de la paix dans leurs pays respectifs. Depuis octobre 2019, le leader de l’opposition guinéenne s’oppose au troisième mandat d’Alpha Condé. Toute chose qui a entraîné une vague de violences meurtrières au point que certains chefs d’Etat africains s’étaient ouvertement dressés contre ces mandats de trop. Une prise de position qui a failli entacher les relations diplomatiques entre les différents pays.
A présent, les nuages semblent être dissipés avec la présence des chefs d’Etat aux côtés des nouveaux élus à la magistrature suprême. Ce soutien sonne comme une victoire pour les adeptes des mandats présidentiels à vie et un recul pour la démocratie en Afrique. Pourtant, le continent noir avait pris une bonne option en renonçant à la modification des constitutions. Ce fut le cas au Niger, au Burkina Faso, en République démocratique du Congo, en Mauritanie, au Burundi où les chefs d’Etat ont, de gré ou de force, débarrassé le plancher. Malheureusement ce qui se passe en Côte d’Ivoire et en Guinée pourrait aiguiser l’appétit de certains dirigeants assoiffés de pouvoir. L’on a coutume de dire qu’en Afrique, il est facile de se maintenir au perchoir dès lors que l’on détient l’appareil d’’Etat. Mais ces adeptes doivent tout de même garder les pieds sur terre car rien n’est toujours gagné d’avance. Une erreur d’analyse peut leur remonter à la face. Y compris ceux qui arrivent à tripatouiller la loi fondamentale. Ils sont condamnés à avoir de la lucidité dans la gestion de la chose publique au risque de payer les frais de leurs propres turpitudes. Le président Alassane Ouattara semble avoir cerné la menace. Il a déclaré vouloir œuvrer pour la réconciliation nationale. A cet effet, il a annoncé qu’un ministère sera entièrement dédié à la question. Le professeur Condé gagnerait à aller dans ce sens. Pour un retour définitif de la paix dans leurs pays respectifs, ils doivent également, dès à présent, commencer à préparer leurs filleuls pour les échéances électorales à venir. C’est à ce prix qu’ils vont réunir définitivement les conditions d’une paix durable dans leurs chers pays respectifs.

Abdoulaye BALBONE

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