Qui à la Primature ?

Espoir, réalisme, engagement, mobilisation et responsabilité face aux préoccupations de l’heure (crises sanitaire et humanitaire, insécurité, fronde sociale). C’est la quintessence du traditionnel message du nouvel an du président du Faso à ses compatriotes, le 31 décembre 2020. A l’entame de 2021, la première adresse de l’an I du deuxième mandat de Roch Marc Christian Kaboré a été un message d’espoir d’un lendemain meilleur à l’endroit du million de déplacés internes, des victimes, parents et orphelins de victimes civiles et militaires des groupes armés terroristes et à qui la nation doit « une reconnaissance infinie ». Dépeignant un tableau réaliste de la situation socio-sécuritaire et économique nationale, le Président du Faso a reconnu que « beaucoup reste à faire » nonobstant des acquis sans précédent engrangés dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi des jeunes et des femmes, des infrastructures et de l’énergie notamment.

Mais pour les cinq prochaines années « des résultats plus spectaculaires » sont attendus et le chef de l’Etat d’en appeler à l’engagement, à la mobilisation et à la responsabilité de l’ensemble de ses concitoyens pour « trouver des réponses et solutions appropriées pour l’amélioration des conditions de vie des Burkinabè ». Engagement pour lequel, a-t-il assuré, «la feuille de route du gouvernement est prête » ; en attendant le gouvernement dont l’annonce et les noms des probables membres font l’objet de moul spéculations jusqu’au moment où nous couchions ces lignes. En effet, si depuis son discours d’investiture et son message à la Nation, le président du Faso s’est muré dans un silence de cathédrale qui interroge ses compatriotes, au point que certains d’entre eux en viennent à voir des « ministres-députés  » en dépit de tout bon sens, (faut-il le rappeler, les uns et les autres ont quinze jours pour clarifier leur position ), l’élection pour ne pas dire le plébiscite de Alassane Bala Sakandé à la présidence de l’Assemblée nationale offre, cependant, une fenêtre d’analyse de la configuration politique à venir.

Et partant, de la tournure que le président Kaboré veut donner à son mandat pour apparaître, à terme, comme le « rédempteur  » de la démocratie burkinabè en ce qu’il aura permis à celle-ci de se débarrasser de toutes les scories qu’elle traîne depuis les longues périodes d’exception que le pays a connues. Arrivé en début 2019 en sauveur dans une situation sociopolitique particulièrement agitée, le Premier ministre Christophe Dabiré, de l’avis de nombre d’observateurs, a su trouver le fil d’Ariane pour apaiser un climat social dominé par « le virus de la défiance » et pourrait poursuivre encore sa mission au regard de son bilan. Si l’unanimité (presque) qui a prévalu à l’élection du titulaire du perchoir est loin d’être un fait du hasard, elle pourrait trahir la volonté du locataire de Kosyam de rassembler toutes les « brebis  » dans cette quête de restauration de l’âme burkinabè. Ce qui laisse supposer que le gouvernement qu’il formera dans les jours ou heures à venir (s’il ne reconduit pas l’actuelle équipe avec peut-être quelques réaménagements) aura pour principale, voire unique mission de préparer les états généraux de la nation.

Ce, dans la perspective de la réconciliation nationale qui, du reste, a été le « mantra » de tous les prétendants au fauteuil présidentiel. Un gouvernement de « transition  » en somme qui devra, d’une part, préparer une étape qualitativement supérieure au cours de laquelle la contribution de tous les fils et filles du pays sera requise. Et de l’autre, refonder la nation burkinabè autour des valeurs telles que le mérite, le travail, l’égalité des chances et la solidarité agissante. Pour ce faire, ceux qui seront appelés devraient avoir de l’éthique et un sens de la responsabilité poussée dans l’exercice de leurs fonctions. Bien sûr, la surprise du chef peut déjouer les pronostics en allant directement à un gouvernement de large ouverture. Mais cela nous paraît risqué dans la mesure où il devancerait ainsi l’iguane dans l’eau si tant est que nul ne peut présager des conclusions du forum à venir.

En tout état de cause, l’échec est interdit pour cette génération politique qui livre son dernier combat et qui doit solder ses propres comptes pour réussir la transition générationnelle que les Burkinabè appellent de leurs vœux. Le président Kaboré est donc face à son destin et à ses compatriotes qui le jugeront à l’aune du travail abattu (lui et lui seul). Ce qui l’oblige à agir en « despote éclairé » tout au long de ce quinquennat avec le désintéressement du sortant. Les deux premières sorties attestent que le Président Kaboré est plus que jamais déterminé à résorber le déficit de confiance entre gouvernants et gouvernés en redonnant à la politique toutes ses lettres de noblesse. Ce sera le crédo d’un quinquennat placé sous le sceau du patriotisme et du travail pour l’émergence du pays.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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