Tchad : l’éternelle épée de Damoclès

Même s’ils attendent sans surprise les résultats de la présidentielle du 11avril 2021, les Tchadiens sont sur le qui-vive depuis que les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), basés en Lybie, ont indiqué leur volonté de renverser le maréchal-président, Idriss Déby Itno. Les forces loyalistes ont annoncé, avoir tué plus de 250 personnes dans les rangs des rebelles et fait 150 prisonniers, lors de l’accrochage avec les forces du FACT, le week-end dernier au Nord de Mao, dans la province du Kanem, à plus de 300 km de la capitale Ndjamena. Mais cette information, qui ressemble à une guerre de communication, est loin de rassurer d’autant plus que certains pays occidentaux ont invité leurs ressortissants à quitter le Tchad.

Alors que Déby s’apprête à passer son sixième mandat à la tête du pays, il est en train de revivre ce qui ressemble de près à un remake de 2008. L’on se rappelle que les forces de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), dirigée par Mahamat Nouri, avaient envahi Ndjamena, la capitale le 2 février 2008. Il a fallu deux jours de combats et le soutien de l’armée française pour pouvoir repousser les rebelles. Depuis lors, le pouvoir est resté en état de veille pour contrer les velléités de putsch de la part des différents mouvements rebelles. Il pèse comme une éternelle épée de Damoclès sur le régime du président qui capitalise 31 ans à la tête du Tchad.

En dépit d’une armée aguerrie aux combats, le maréchal-président vit dans la hantise d’être éjecté un jour ou l’autre de son fauteuil. A qui imputer cette instabilité permanente du régime qui guette le pouvoir de Déby ? Sans doute à sa gestion gabégique, clanique et népotiste depuis qu’il est aux affaires. En jouant sur la fibre ethnique et régionale, Déby a exclu bon nombre de ses compatriotes de la gestion des affaires publiques. Une situation, qui a créé de nombreuses frustrations, au sein de nombreuses ethnies y compris certaines proches de la sienne. En plus, l’expression démocratique a toujours rythmé avec farce, intimidations et mascarades depuis des lustres au Tchad.

Le cas le plus éloquent a été la dernière présidentielle où certains challengers du président sortant, craignant pour leurs vies ou doutant simplement de la sincérité du scrutin, ont dû renoncer à leur candidature. D’autres, comme l’opposant et candidat Yaya Dillo, ont échappé de justesse aux sbires du régime Déby. L’on peut dire que c’est la gestion scabreuse du chef de l’Etat, qui a engendré ses propres démons. Considéré comme un partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, ses partenaires occidentaux feront tout pour l’aider à préserver son pouvoir de l’emprise des rebelles. Actuellement, ils sont confinés dans une posture qui donne l’impression de respecter le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays.

Ils vont lambiner ainsi avant de lui apporter le soutien nécessaire pour contrer l’offensive du FACT. Rien ne prouve que ce n’est déjà fait, puisque selon l’armée tchadienne, c’est la surveillance aérienne qui lui a permis d’en découdre avec une colonne des rebelles. Cette rébellion, qui a lancé son offensive le jour même de l’élection présidentielle, vient d’envoyer un signal fort au président Déby. Il sera déclaré vainqueur de la présidentielle et sera investi pour son sixième mandat. Mais il devra revoir profondément sa manière de gouverner le Tchad. Tant qu’une bonne partie des Tchadiens auront le sentiment d’être exclus dans leur propre pays, Déby n’aura pas le sommeil tranquille quelle que soit sa longévité au pouvoir. Il est donc temps pour lui de renouer avec une gouvernance vertueuse, inclusive et soucieuse de l’intérêt général.

Karim BADOLO

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