Procès Thomas Sankara et compagnons : Echanges musclés entre Gilbert Diéndéré et les parties civiles

Le général Gilbert Diendéré échangeant avec son avocat avant le début de son interrogatoire au 2e jour de son audition.

L’interrogatoire du général Gilbert Diendéré à l’audience du procès de l’assassinat de Thomas Sankara et ses douze compagnons s’est poursuivi, le mercredi 10 novembre 2021, à Ouagadougou, à la Chambre de jugement du Tribunal militaire délocalisé dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Inculpé pour quatre chefs d’accusation, il a continué à plaider non coupable dans l’affaire Sankara en répondant aux questions des parties civiles.

Poursuivi pour des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de complicité d’assassinat, de recel de cadavres et de subornation de témoins dans le dossier Thomas-Sankara et ses compagnons d’infortune, le général Gilbert Diendéré n’a pas reconnu les charges retenues contre lui au 2e jour de son interrogatoire.

A la barre de la Chambre de jugement du Tribunal militaire délocalisé à Ouaga 2000, le mercredi 10 novembre 2021, à Ouagadougou, il a nié sa responsabilité dans les événements du 15 octobre 1987. Répondant aux questions des parties civiles durant presque l’audience du jour, les échanges ont été parfois houleux avec les avocats et il fallait l’intervention du président de la Chambre, Urbain Méda pour ramener la sérénité dans la salle.

Le premier interrogatoire musclé est venu de Me Ambroise Farama lorsqu’il a débuté ses interrogations par rappeler qu’en 1983, ce sont des capitaines et des lieutenants qui ont renversé le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo en rapport avec le fait que Gilbert Diendéré minimise son rôle dans le dossier en tant que lieutenant. A ce rappel, l’accusé a demandé à répondre en ces termes : « le capitaine Thomas Sankara est mort.

Moi, lieutenant Gilbert Diendéré, comment je pouvais arrêter le capitaine Blaise Compaoré et le commandant Boukary Lingani, commandant supérieur des Forces armées populaires ? Est-ce pour aller dire à la radio que je prenais le pouvoir ? ». Revenant aux victimes du 15 octobre, Me Farama a voulu savoir s’il n’était pas possible de les secourir. « Je pense qu’il ne faut pas aller sur des hypothèses », a-t-il répondu.

« Pourquoi, vous n’avez pas su qu’il y ait des survivants qui avaient besoin de soins ? », a relancé l’avocat. « J’ai vu les corps inertes. Personne ne bougeait. Ils avaient aussi perdu beaucoup de sang. Donc, je ne pensais pas qu’il y ait des survivants », a-t-il dit. « Mais qu’avez-vous dit à l’infirmier de la présidence, Eugène K. Somda lorsqu’il a accouru après les premiers coups de feu ? », a-t-il interrogé à nouveau.

« Je ne l’ai pas empêché d’entrer au Conseil », a soutenu le prévenu. Me Olivier Badolo est revenu sur l’année d’incorporation du général Diendéré dans l’armée, les postes occupés, la cadence des rencontres avec ses éléments, la mort de certains témoins tels que Arzouma Ouédraogo dit Otis, N’Soni Nabié, Gaspard Somé, Hamidou Maïga, Karim Tapsoba.

Pour lui, bizarrement, c’est le jour où il y a eu une réunion dans la matinée pour aplanir les divergences entre les gardes rapprochées des deux leaders de la Révolution qu’il y a eu attaque contre le Conseil.

« J’ai évolué normalement »

« Je ne pouvais pas trouver que c’est bizarre. Mon objectif était de faire en sorte qu’il n’y ait pas de problème entre les éléments des deux chefs », a indiqué l’ancien chef d’état-major particulier de la présidence du Faso. « Donc, vous avez tiré profit des actions menées par le commando ? ».

A cette interrogation de Me Badolo, le mis en cause a relevé : « Ce n’est pas leurs actions qui m’ont permis d’être là où je suis. Ce sont mes compétences professionnelles et militaires qui m’ont amené là où je suis. J’ai évolué normalement et je n’ai pas eu besoin de leurs actions ». A cela, l’avocat a fait observer que le général est resté au Centre national d’entraînement commando (CNEC).

« Des éléments ont commis des crimes et ils n’ont pas été sanctionnés. Ils sont restés en service jusqu’à leur mort. Vous, vous êtes resté au service de Blaise Compaoré jusqu’en 2014. C’est en réalité des récompenses », a-t-il fait remarquer. « J’ai évolué normalement », a rétorqué l’inculpé. Cette réponse n’a pas satisfait Me Ferdinand N’Zepa qui a estimé que Gilbert Diendéré ne veut pas assumer sa responsabilité. L’accusé a haussé le ton en estimant que Me N’Zepa a des appréhensions en venant au procès avant de dire : « Je ne vais pas assumer quelque chose que je n’ai pas fait ».

Me Prosper Farama a rassuré celui-ci que les avocats n’ont pas d’appréhensions, mais ils posent des questions pour la manifestation de la vérité. Selon lui, les réponses de l’ancien commandant du CNEC sont contradictoires. « Votre ligne de défense est de dire que c’est vrai que les faits se sont déroulés dans ma caserne, mais je n’y suis pour rien. Cette même ligne de défense est la même adoptée lors du procès du coup manqué de 2015 », a-t-il laissé entendre. Pour Me Guy Hervé Kam, depuis l’interrogatoire et même l’instruction, Gilbert Diendéré n’a vu ou parlé qu’à des morts.

Il a dit être convaincu que les éléments « caïds » du dossier ont été éliminés. « Il y a des témoins vivants notamment Laurent Ilboudo, Drissa Sow et Alouna Traoré. Pourquoi, on va tuer les autres alors qu’il y a des témoins. Ils sont là. Ils vont venir ici », a indiqué l’ex-chef adjoint de Blaise Compaoré au CNEC. Me Séraphin Somé a noté que le général évoque aisément ses fonctions au sein du CNEC sans parler de celle au sein du Conseil de l’Entente. « C’est une mission et non une fonction », a-t-il répondu à cette observation.

« Il n’y a que des faits »

« Après 34 ans, quel est le sentiment qui vous anime, vous qui étiez chargé de sécuriser l’enceinte où les 13 personnes ont trouvé la mort ? Est-ce que vous avez accompli votre mission ? » « Monsieur le président, c’est vrai, il y a eu ce drame du 15 octobre 1987. Je pense avoir pris les dispositions nécessaires pour qu’une action ne soit pas menée contre le Conseil. Mais il y a eu une attaque qui a été dramatique. Personne ne pouvait faire autrement. Si c’était de l’extérieur, cela n’allait pas se faire », a confié l’ex-bras droit du président Compaoré.

Il est soutenu dans sa version des faits par la défense. Pour Me Paul Kéré, les avocats de la partie civile sont dans leur droit et tout ce qu’ils font, c’est d’essayer d’aller rechercher le général dans son dernier retranchement pour essayer de comprendre les faits. « Je trouve que le général répond parfaitement aux questions parce qu’il n’y a aucune vérité. Il n’y a que des faits qui se sont déroulés le 15 octobre 1987. Il y a une série de faits que le général a bien relatés et je pense que quand on dit la vérité, on n’a pas besoin de se tromper », a-t-il affirmé.

A son avis, il y a eu des morts et ce n’est la faute de son client. « Cela a été rappelé et reconnu qu’il n’a jamais tiré sur une quelconque gâchette. Il n’a jamais tué personne. S’il y a des témoins qui sont morts, on ne peut quand même pas venir lui reprocher cela », a-t-il ajouté. Suspendue à 16h05, l’audience du procès Thomas Sankara et ses compagnons reprend, le jeudi 11 novembre 2021, avec toujours à la barre Gilbert Diendéré qui répondra aux questions de la défense.

Timothée SOME

timothesom@yahoo.fr

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