Bénin : Une justice aux ordres ?

La nouvelle de la condam-nation de l’Opposant béninois, Joël Aïvo, à 10 ans de prison ferme plus une amende de 45 millions F CFA est tombée comme un couperet dans la nuit du mardi 7 décembre 2021 aux environs de 2 heures 30 minutes. Le professeur de droit dont la candidature avait été rejetée à la présidentielle d’avril 2021, a été jugé coupable des faits de « complot contre l’autorité de l’Etat » et « blanchiment de capitaux » par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), un tribunal spécial créé en 2016.

Au cours de ce procès, deux coaccusés, Boni Sarè Issiakou et Ibrahim Bachabi Moudjaïdou ont également été condamnés à la même peine de privation de liberté pour les mêmes faits. M. Boni, chef d’entreprise et ancien militaire, a reconnu avoir participé à une tentative de « déstabilisation » à la demande de l’homme d’affaires, Arnaud Houédanou, juste dans l’unique but de lui soutirer de l’argent. Mécontent après un redres-sement fiscal, le richissime homme d’affaires aurait cherché à se venger en finançant un projet de coup d’État.

Quant à Bachabi Moudjaïdou, il a été reconnu coupable d’avoir aidé son frère et de ne pas avoir dénoncé le complot. L’Opposant Aïvo, lui, est dans les mailles de la justice au sujet de l’origine de sa caution de 50 millions F CFA déposée dans le cadre de l’élection présidentielle passée dont une partie aurait été financée par M. Houédanou. L’Opposant au président Patrice Talon est-il mouillé jusqu’au cou ou fait-il l’objet d’une machination politique comme il s’en défend ?

Difficile d’y répondre par l’affirmative surtout qu’en politique tous les coups semblent être permis pour accéder à la magistrature suprême, pourvu que la supercherie ne soit pas révélée au grand public. Néanmoins un regard rétrospectif du tribunal spécial permet de mieux se faire une idée de l’institution. La CRIET a jugé et condamné en 2018 à vingt ans de prison par contumace pour trafic de drogue puis à cinq autres années pour faux, usage de faux et escroquerie, l’homme d’affaires et homme politique béninois, Sébastien Ajavon.

Le milliardaire, ayant fait fortune dans le secteur agroalimentaire, est en exil depuis lors en France. Celui qui est surnommé « le roi du poulet » au Bénin accuse son allié d’hier Patrice Talon d’organiser une cabale judicaire contre sa personne. En plus des deux Opposants déjà condamnés, d’autres sont dans le collimateur du tribunal spécial. Le vendredi prochain, l’ancienne ministre, Reckya Madougou, arrêtée quelques semaines avant l’élection présidentielle, sera jugée par la CRIET.

Poursuivie pour atteinte à la sûreté de l’Etat, association de malfaiteurs et terrorisme, l’Opposante est accusée d’avoir voulu faire assassiner une personnalité pour empêcher le scrutin et déstabiliser son pays. Sans oublier le coordonnateur du parti “Les Démocrates”, Bio Dramane Tidjani et son compagnon, Mamadou Tidjani, emprisonnés en février dernier pour association de malfaiteurs et terrorisme. En cinq ans d’existence, la cour spéciale a déjà tenu au respect cinq Opposants.

Sans avoir la prétention d’incriminer le tribunal spécial, le constat en est révélateur. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une cour chargée de mettre aux pas les Opposants plutôt que de traquer les fossoyeurs de la République. Dans un Etat de droit, lorsque le troisième pouvoir est à la remorque de l’exécutif ou du législatif, nul besoin de dire que ce pays cultive les germes de la dérive et du chaos. Espérons que le pays de Béhanzin n’est pas sur cette trajectoire et que la CRIET travaille objective-ment pour une justice équitable.

Abdoulaye BALBONE

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