Promotion de la campagne agricole sèche : « La contre-saison peut être une alternative à la sécurité alimentaire », Karim Traoré, ancien président de l’UNPCB

La promotion des cultures de contre-saison fait partie des priorités du gouvernement de la Transition. Dans cet entretien, l’ancien président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), Karim Traoré, donne des précisions sur la contribution des exploitations de saison sèche dans le combat pour l’autosuffisance alimentaire.

Sidwaya (S) : Que devient Karim Traoré après l’UNPCB ?

Karim Traoré (K.T.) : Je suis producteur de profession et je le demeure après mon passage à la tête de la faîtière des cotonculteurs. Je continue à faire la production de céréales, de coton et de l’agroforesterie. Mes champs sont un peu disséminés dans les provinces du Mouhoun, précisément dans les villages de Ouarkoye, Dankuy, etc. Je produis les spéculations comme le riz, le maïs, le mil, le sorgho, le soja, entre autres. En outre, nous sommes en train d’organiser les producteurs dans la filière maïs en coopératives afin de produire du maïs à faible taux d’aflatoxine. Et ce volet vise à assurer un minimum de sécurité alimentaire au niveau du Burkina Faso. A l’instar de la plupart des producteurs, je fais également de l’élevage à une échelle moindre.

S : La filière coton n’a pas encore retrouvé son top niveau au Burkina. Sur quels leviers pensez-vous qu’il faille actionner pour une relance durable de la production cotonnière nationale ?

K.T. : Le coton a de beaux jours au Burkina, pourvu que les politiques adéquates soient trouvées pour accompagner la filière. Mis à part le phénomène d’insécurité qui a perturbé les productions, force est de constater que les producteurs burkinabè sont très engagés dans la culture du coton. Les décideurs que sont le gouvernement et les négoces ont su « valoriser » les cotonculteurs via d’une part, des subventions aux intrants et d’autre part, en rehaussant cette année le prix du kilogramme du coton graine. Ces mesures galvanisent le producteur et le mettent en confiance. Reste à résoudre des aspects liés aux attaques parasitaires. Il faut travailler à maitriser le parasitisme au niveau des champs de coton. Il faut également œuvrer à l’unité des producteurs de coton parce qu’aujourd’hui, on a une équipe jeune et dynamique à la tête de l’UNPCB et qui est très engagée pour la cohésion et à la fidélisation des producteurs de coton. Si la cohésion et la solidarité sont au rendez-vous entre les producteurs, les rendements seront revus à la hausse.

S : La Transition veut booster la campagne agricole sèche. Pensez-vous qu’elle peut résorber le déficit céréalier de la saison humide ?

K.T. : La contre-saison peut être une alternative à la sécurité alimentaire. Pour cela, je félicite les actions du gouvernement qui a décidé de produire en saison sèche. Vu les difficultés rencontrées par les producteurs dans certaines zones à fort défi sécuritaire, le complément des rendements de la campagne humide doit provenir de la campagne sèche. Je pense que l’initiative gouvernementale est très louable et est à féliciter et à encourager. Toute personne qui a une superficie exploitable en saison sèche devrait encourager le gouvernement en produisant.

S : Avez-vous une exploitation de contre-saison ?

K.T. : Evidemment ! J’ai une parcelle de 20 hectares au bord du fleuve Mouhoun dont je voulais exploiter lorsque j’ai appris le lancement de la campagne. Mais du fait de l’insécurité dans la zone, je doute de pouvoir le faire. Sinon j’allais être le premier producteur à emblaver en cette période, afin de compenser un tant soit peu le déficit céréalier. Vous savez que la province du Mouhoun est touchée par les exactions terroristes, notamment les villages de Ouarkoye, Bondoukuy, entre autres. Nos activités de contre-saison étant basées dans les berges du fleuve Mouhoun, nous avons actuellement de la peine à y travailler du fait des mouvements de groupes armés. C’est la raison qui a ralenti les travaux de saison sèche.

S : Parlant de groupes armés terroristes, quelle est cette rumeur qui annonçait que vous avez été enlevé et exécuté par des terroristes?

K.T. : Rires ! Vous avez raison, plusieurs personnes m’ont appelé pour vérifier ces intox qui circulent sur la toile. Effectivement depuis le 28 décembre à nos jours, beaucoup m’appellent pour vérifier cette rumeur. Mais je puis vous rassurer qu’il s’agit d’allégations entretenues par des personnes cyniques, sadiques et éprises de mauvaise foi. Nous avons des hameaux de culture à Ouarkoye que nous exploitons. A l’heure de l’insécurité, la psychose et la panique ont enveloppé les villageois, dont certains en manquent d’informations racontent des faits imaginaires. Nous allons saisir la gendarmerie et la police de ces racontars mensongers et dès lors que les auteurs seront formellement identifiés, nous allons déposer une plainte auprès des juridictions compétentes. C’est le lieu pour moi de féliciter le gouvernement à travers les opérations militaires qui sont en cours dans notre province et qui redonnent peu à peu le sourire aux populations. Des ménages qui s’étaient déplacés sont de retour, la circulation jadis, reprend entre les hameaux de culture.

S : Avez-vous une idée de ceux qui seraient à l’origine de cette intox ?

K.T. : Vous savez, nous sommes une petite population dans le département de Ouarkoye. Nous nous connaissons tous, et les principaux présumés auteurs de ces allégations sont connus. Pour l’heure, je préfère taire les noms, sinon plusieurs personnes m’ont expressément donné des noms d’individus qui seraient à l’origine.

S : A l’orée de l’année 2023, quels sont vos vœux les plus chers ?

K.T. : Je souhaite des vœux de sécurité, de stabilité et de paix pour notre pays. Au peuple burkinabè, je formule des vœux de santé, d’entente et de cohésion. Aux autorités de la Transition, je leur souhaite plein succès et bonne inspiration dans les décisions qu’elles viendraient à prendre. J’ai une pensée pour les FDS et les VDP tombés au front et implore Allah d’inspirer nos combattants de bonnes stratégies pour vaincre le terrorisme au Burkina Faso.

Réalisée par Wanlé Gérard COULIBALY

et Nathalie KONKOBO (Stagiaire)

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