Situation sécuritaire: Catholiques et coutumiers soutiennent la lutte

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a successivement reçu en audience, dans l’après-midi du mercredi 16 janvier 2019 à Kosyam, la Conférence épiscopale Burkina-Niger et l’Association des coutumiers du Burkina. Avec ses hôtes, le chef de l’Etat a évoqué la difficile situation sécuritaire nationale et demandé leur contribution pour la paix et l’unité nationale.

Depuis le palais de Kosyam, les religieux catholiques appellent à construire ensemble le Burkina Faso afin de le léguer aux générations futures. La Conférence épiscopale Burkina-Niger (CEBN), reçue en audience par le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, le mercredi 16 janvier 2019, a donné l’assurance de leurs prières pour la paix et la cohésion sociale dans le pays.

Les leaders coutumiers se sont engagés à jouer leur partition dans la lutte contre le terrorisme.

«Ce que nous avons à faire, c’est de vivre ensemble et construire ce pays», a déclaré le président de la CEBN, Mgr Paul Yemboado Ouédraogo. Sur les sujets préoccupants de l’actualité nationale, il a annoncé qu’ils comptent s’engager à différents niveaux pour promouvoir un peu plus le dialogue inter-religieux pour plus de cohésion sociale, afin que les Burkinabè apprennent à vivre ensemble et évitent les dérapages à caractère régionaliste, ethnique ou religieux.

La rencontre avec le président du Faso a permis aussi d’évoquer «l’épineux problème» de l’enseignement catholique en rapport avec la convention signée avec l’Etat. Mgr Ouédraogo a salué les efforts «particuliers» du gouvernement en 2018. Mais il a souligné la nécessité de revoir les termes du contrat. Un processus de relecture de la convention est en cours pour faciliter la collaboration entre l’Eglise et l’Etat en matière d’éducation et d’après lui, «les choses sont en bonne voie».

A la suite de la CEBN, le président du Faso a reçu l’Association des coutumiers du Burkina. Après un long huis clos, le porte-parole de la délégation, le Koupiendiéli, roi du Gulmu, a confié : «C’est une rencontre que nous tenons habituellement en début d’année pour présenter nos vœux au président du Faso et souhaiter plein succès à son gouvernement». Avec le chef de l’Etat, les coutumiers ont saisi l’occasion pour échanger sur des sujets relatifs à la situation sécuritaire nationale, notamment la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme.

«Les chefs ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre le phénomène à travers la sensibilisation des populations au changement de comportements, étant donné qu’ils vivent au milieu d’elles», a précisé le roi du Gulmu. Et d’ajouter que les déférents leaders coutumiers s’attellent, chacun en ce qui le concerne, à cette tâche depuis un certain temps et s’engagent à rendre compte de ce qui se passe dans leur ressort territorial et à signaler tout comportement suspect. Selon les têtes couronnées, le président du Faso s’est monté attentif à leur message. «Nous sommes ressortis satisfaits de la rencontre avec le chef de l’Etat vu son engagement pour ces questions», a laissé entendre leur porte-voix.

Fabé MamadouOUATTARA &
Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

Caisse nationale d’assurance maladie universelle: Les membres du conseil d’administration installés

Le ministère en charge de la fonction publique a installé les membres du conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle, le lundi 14 janvier 2019 à Ouagadougou.

Passée l’installation du directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle (CNAMU), Yves Kinda, le 5 novembre 2018, le processus institutionnel d’opérationnalisation dudit régime a connu une autre phase avec la prise de fonction des membres du Conseil d’administration, le lundi 14 janvier 2019 à Ouagadougou.

Au nombre de 16, les administrateurs ont été installés par le directeur de cabinet du ministre en charge de la fonction publique, Jean Marie Soumpougdou. Six d’entre eux représentent l’Etat, six autres assujettis et quatre mandatés par les structures faîtières. Dirigés par Karlé Zango, les administrateurs, nommés en Conseil des ministres le 26 décembre 2018, ont désormais la charge de définir et d’orienter la politique générale de la CNAMU pendant trois ans.

Le Conseil d’administration contrôle et évalue également la gestion du directeur général. «Je vous invite à engager, lors de vos sessions, des débats francs, ouverts et constructifs permettant de consolider les ambitions du gouvernement», a exhorté le directeur de cabinet du ministre. Pour lui, la mise en place de la CNAMU traduit la volonté du gouvernement de faire du régime d’assurance maladie universelle le moteur du développement du pays. Pour relever ce défi, Jean Marie Sompougdou dit compter sur l’ensemble des membres du Conseil d’administration.

Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com

Déclaration de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) sur la situation de Nafona (Comoé).

Le samedi 12 janvier 2019, suite à des instructions du Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Banfora, une équipe de la Police nationale s’est rendue au village de Nafona dans la Commune de Soubakaniedougou, province de la Comoé, région des Cascades pour une mission d’interpellation.

Au cours de cette opération à laquelle la population s’est opposée, on déplore trois (03) pertes en vies humaines, notamment une (01) civile et deux (02) officiers de police. Selon les informations officielles, la personne civile est décédée suite à un incident de tir et les deux policiers ont été lynchés par la population.

Suite à ces événements tragiques, la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), en sa qualité d’institution nationale de promotion, de protection et de défense des droits humains :

  • condamne fermement ces actes déplorables qui compromettent les missions des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ;
  • manifeste sa compassion et présente ses sincères condoléances aux familles endeuillées ;
  • appelle les populations au respect des lois et des institutions du Burkina Faso ;
  • invite les populations à collaborer avec les FDS et à faciliter l’exécution de leurs missions de sécurisation du pays ;
  • exhorte les populations à renoncer à la justice privée et à porter leurs litiges devant les institutions compétentes ;
  • interpelle le Gouvernement et les autorités judiciaires pour que la lumière sur ces atteintes au droit à la vie soit faite et pour une stricte application de la loi à l’égard des coupables.

En tout état de cause, la CNDH suit avec intérêt l’évolution de la situation pour que soient préservés au mieux les droits humains des différentes parties prenantes.

 

Fait à Ouagadougou, le 15 janvier 2019

Le Président

Kalifa Yemboado Rodrigue Namoano

 

 

 

Procès du putsch : Les avocats de Bassolé désertent la salle

Le procès du putsch s’est poursuivi le mardi 15 janvier 2019 devant le tribunal militaire avec toujours le général de Djibrill Bassolé à la barre. Les avocats de l’accusé n’ont pas apprécié que le président du tribunal militaire, Seidou Ouédraogo accorde à nouveau la parole au parquet militaire après plusieurs interventions.

Les avocats de Djibrill Bassolé ont déserté la salle à la reprise de l’audience du procès du putsch, le mardi 15 janvier 2019, alors que l’on s’acheminait vers la fin de l’interrogatoire de l’accusé. En effet, ses conseils s’attendaient à ce que la parole lui soit donnée pour son mot final. Au lieu de cela, le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, a plutôt demandé si le parquet militaire souhaiterait s’exprimer encore. La défense du général est tout de suite intervenue lorsque le parquet a répondu par l’affirmative.

Me Antoinette Ouédraogo a d’abord noté le « traitement discriminatoire » réservé à leur client, le seul autour duquel on veut multiplier les tours de parole, d’après eux. A l’écouter, Bassolé a une santé fragile, deux de ses avocats sont malades (Mireille Barry et Dieudonné Bonkoungou, ce dernier était d’ailleurs absent à l’audience du jour), l’autre (Yerim Thiam) prévoyant retourner ce jour-même au Sénégal et elle aussi, Antoinette Ouédraogo, est fatiguée. Le parquet en est tombé des nues.

Selon le procureur militaire, l’organisation des tours de parole relève du pouvoir discrétionnaire du juge ; l’important étant que la défense de l’accusé ait la parole en dernier lieu. Et d’ailleurs, a-t-il ajouté, aucune disposition du Code de procédure pénale ne définit cela. La partie civile a soutenu la même position, Me Guy Hervé Kam s’insurgeant contre cette défense qui veut qu’on n’applique que ses règles. « Que personne d’autre que la loi n’impose ses vues dans cette salle », a-t-il clamé. Vent opposé du côté de la défense. Me Silvère P. Kiemtarboumbou va insister sur l’impression d’un traitement « discriminatoire » à l’égard de Djibrill Bassolé.

« On a un sentiment négatif quand on demande au parquet s’il veut réagir après l’intervention finale de la défense de Bassolé. C’est possible, mais on se sent mal à l’aise », a-t-il déclaré. Les conseils de l’accusé ont quant à eux insisté. Mireille Barry retourne en clinique. Dieudonné Bonkoungou est alité et absent. Ils ont pensé avoir fait leurs observations finales et si le parquet doit réagir après eux, ils ne peuvent s’y opposer, mais ils ne seront pas présents pour en discuter. Le président du tribunal a tout de même maintenu sa décision de donner la parole au parquet et a ordonné une suspension afin que les avocats s’accordent avec leur client. Ils ont plutôt quitté la salle.

A la reprise, aucun avocat du général n’était dans la salle, le président a alors invité les greffiers d’audience à le noter au dossier et a renvoyé l’accusé à sa place. Bien avant cet incident, l’avocat du général, Me Yerim Thiam, a passé plus de deux heures de temps à dérouler ses arguments pour démonter les accusations contre Bassolé. Il a d’abord poursuivi la lecture des propos prétendument tenus par l’accusé dans la conversation qu’on lui prête avec le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro.

Lamoussa Badoun sans avocat

Une lecture au bout de laquelle l’avocat demandera au tribunal : « dans les phrases lues, est-ce que vous y voyez des éléments de trahison ou de complot ? Ce sont des phrases fabriquées ». Il a ensuite évoqué la jurisprudence (NDLR : décisions de justice déjà rendues sur des questions similaires) et selon les sources de l’avocat, le prévenu a le droit de ne pas participer à l’administration de la preuve, il peut adopter une attitude purement passive. Il en a donc déduit que Bassolé était dans son rôle de refuser de répondre au parquet et à la partie civile.

Aussi, Me Yerim Thiam, citant des articles du professeur de droit, Olivier Michel, a soutenu que les conclusions d’un rapport d’expertise n’ont que la valeur d’un avis, répondant ainsi au parquet qui semble brandir le rapport sur les écoutes comme parole d’évangile. Dans son long réquisitoire, l’avocat sénégalais a exigé que les officiers de police judiciaire et le juge d’instruction expliquent comment ils ont obtenu les écoutes. Il a fini en exprimant des réserves sur le sérieux du travail de l’expert, dans la mesure où les échanges de mail entre ce dernier et le juge d’instruction laissent entrevoir une proximité à travers des échanges de vœux pleins d’amabilité.

A la reprise, suite à la « désertion » des avocats du général, le tribunal a examiné les demandes de mise en liberté provisoire de Minata Guelwaré, Amadou Ly et Yacouba Kinda. L’accusé Yacouba Kinda comparaissait pour la 1re fois à la barre. Sans être entendu, son avocat, Me Olivier Somé a clamé sa libération provisoire. Pour lui, son client est détenu arbitrairement. En effet « appréhender par les officiers de la police judiciaire (OPJ) le 23 novembre 2018 et incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction des armés (MACA), ce n’est que le 9 janvier 2019 que la citation à comparaitre a été délivrée.

Pourtant, selon l’article 132 du code de procédure pénale, l’inculpé doit être entendu dans les 48 heures suivant son incarcération, à défaut celui-ci doit être libéré » a-t-il souligné. C’est pourquoi, il demande au tribunal de constater cet état de fait et d’accéder à la requête. Mais, le parquet n’est pas de cet avis. A l’entendre, un mandat d’arrêt international a été émis au nom de l’accusé. « Celui-ci n’a pas jugé opportun de se rendre à la justice pour s’expliquer.

Au lieu de cela, il a fallu le rechercher et le retrouver afin qu’il comparaisse à la barre du tribunal, alors nous requerront que la demande de liberté provisoire soit rejetée », a précisé le procureur militaire, Alioun Zanré. Le président du tribunal, Seidou Ouédraogo a renvoyé le délibéré de ces trois demandes à ce jour 16 janvier 2019. A l’issue de cela, le président a suggéré qu’une disjonction (renvoyer l’interrogatoire à une autre session) soit prise en l’endroit du prévenu Yacouba Kinda.

Le ministère public n’a trouvé aucun inconvénient à ladite suggestion, d’autant plus que la procédure tire vers sa fin. « Il sied donc de renvoyer son audition après la session », a-t-il laissé entendre. Pour la défense, cette disjonction risque de retarder le procès. « Je demande que mon client soit jugé avec ces coaccusés », a renchéri Me Somé. Pour ce qui concerne le sergent Lamoussa Badoun, qui a vu son interrogatoire suspendu parce que son avocat s’est déporté, il lui sera commis un autre d’office.

Fabé Mamadou OUATTARA
Fleur BIRBA

Acquittement de Laurent Gbagbo : Des Ivoiriens vivant à Ouagadougou s’en réjouissent

Des Ivoiriens vivant au Burkina Faso ont manifesté leur joie après la décision de la Cour pénale internationale d’acquitter Laurent Gbagbo. Ils se sont confiés à Sidwaya.

Nathalie Lohouir, vendeuse d’Attiéké : « Gbagbo est l’homme de l’année ».

Si certains Ivoiriens vivant à Ouagadougou n’ont pas voulu se prononcer sur la décision d’acquittement de l’ex-président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo et de son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, d’autres par contre n’ont pas hésité à manifester leur joie. Nathalie Lohouir, vendeuse d’Attiéké devant le maquis « le Forgeron » situé au rond-point de la jeunesse à Tampouy fait partie de ce groupe.

« Le Woody de Mama est de retour, c’est Dieu qui fort », a-t-elle lancé à l’annonce de la nouvelle. Il a fallu attendre quelques minutes, afin que dame Lohouir se remette de ses émotions, pour qu’elle accepte s’exprimer sur le sujet. « Quand Dieu sait que quelqu’un a raison, il fait sa palabre. C’est maintenant que nous verrons ceux qui aiment la Côte d’Ivoire et ceux qui la détestent », s’est-elle réjouie. C’est « le Mandela de Côte d’Ivoire », a-t-elle martelé, avant de ressasser le calvaire qu’elle a enduré durant la crise post-électorale de 2011.

« On nous a fait la force en nous imposant un président que nous ne voulions pas. Je me suis retrouvée à Ouagadougou avec mon bébé de six mois à cause de cette guerre », a-t-elle ruminé. Pour elle, après ces huit ans passés au Burkina Faso, la libération annoncée de Laurent Gbagbo sonne son retour en terre d’Eburnie. « Mon souhait est que Koudou reviennent en force pour gouverner la Côte d’Ivoire, afin de montrer à ceux qui n’aiment pas la Côte d’Ivoire que c’est le choix des Ivoiriens », a-t-elle souligné.

Stéphane Aka, manager au maquis « Ying Yang » : « nous étions obligés de quitter le pays ».

Tout comme madame Lohouir, Stéphane Aka, manager au maquis « Ying Yang » et ex-responsable du Front populaire ivoirien (FPI) dans un quartier de Marcory à Abidjan, a dû se réfugier au Burkina Faso. « Après l’arrestation de Laurent Gbagbo, nous avons été menacés de mort et nous étions obligés de quitter le pays », a-t-il expliqué tout égayé par la nouvelle. Même si l’ancien employé d’une entreprise est conscient que les chances de Gbagbo de reconquérir le fauteuil présidentiel sont minimes, il nourrit l’ambition de retourner au pays natal, car dit-il, la Côte d’Ivoire a encore besoin de ses fils pour son développement.

Kadi Koné, originaire d’Odienné : « nous espérons que cette libération va entrainer la paix ».

Kadi Koné partage la même opinion. Servante au maquis « Ouaga système », l’originaire d’Odienné invite ses compatriotes à œuvrer pour la paix. Pour elle, le retour de l’ex-chef de l’Etat ivoirien ne doit pas plonger le pays dans une autre crise. « Parmi tous les présidents que j’ai connus, c’est au temps de Gbagbo qu’il y avait vraiment la liberté et nous espérons que cette libération va amener la paix comme c’était le cas auparavant », a-t-elle souhaité.

Abdoulaye BALBONE

Mercure : Un pas de plus vers la réconciliation ?

Depuis hier 15 janvier, les partisans de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et de son ministre de la jeunesse, Charles Blé Goudé, sont en liesse. Une joie consécutive à la libération probable de ces deux leaders du Front populaire ivoirien (FPI), incarcérés à la Cour pénale internationale (CPI) depuis plus de sept ans, pour crimes contre l’humanité lors de la crise post-électorale de 2010.

Après avoir entendu 82 témoins et effectué de nombreuses enquêtes, les juges ont ordonné la « remise en liberté immédiate » des accusés. Mais il faut encore attendre quelques heures pour une clarification définitive, car la décision a été aussitôt suspendue à la demande du procureur dans l’attente d’un éventuel nouvel appel. Ils croisent donc les doigts en attendant d’être situés sur leur sort à l’issue de la nouvelle audience qui s’ouvre aujourd’hui à 9 h GMT.

Si cette libération venait à être actée, ce serait une victoire historique pour le FPI et bon nombre d’Ivoiriens qui voyaient en ce procès débuté en 2016, une justice des vainqueurs. En effet, ceux-ci n’ont eu de cesse, depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo et de certains de ses proches, de dénoncer le fait que des éléments du clan Alassane Ouattara n’aient jamais été inquiétés, alors qu’ils sont, selon eux, impliqués dans des actes répréhensibles.

Du côté des parents des victimes également, l’espoir de démasquer les auteurs des actes qui ont emporté ou handicapé à vie leurs proches, commencera à s’effriter et cette décision de justice leur laissera un goût amer. Eux qui se disaient qu’au bout du jugement, des responsabilités seraient situées sur les 3000 morts en cinq mois de violences.

Ils devront donc s’armer de patience en scrutant d’autres horizons, parce que sauf revirement de dernière minute, Laurent Gbagbo et Blé Goudé seront bientôt en terre d’Eburnie. Pourtant, un retour du « président prisonnier » en Côte d’Ivoire avant l’élection présidentielle d’octobre 2020 sera plein d’enjeux et de risques. Le premier aspect à retenir est qu’il troublera sans nul doute le sommeil des responsables du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), supposé être le camp du président sortant, Alassane Ouattara.

La raison est que, tout compte fait, malgré les huit ans d’absence, le « Woody de Mama », comme l’ont surnommé ses admirateurs, reste assez populaire dans certaines localités du pays et au sein de l’opinion nationale. De ce fait, sans être trop ambitieux pour prétendre à la magistrature suprême dans moins de deux ans, sa candidature ou celle d’un « bon » dauphin pourrait peser dans la balance et rendre la tâche difficile aux poids lourds du RHDP et du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

A cela viendra s’ajouter la capacité de mobilisation qu’on reconnait à Charles Blé Goudé, le « général de la rue », qui avait conquis la jeunesse ivoirienne avant la crise de 2010.
Le second aspect non moins important est que, ces deux personnalités au bercail, l’échiquier politique reprendra la même configuration qu’au moment du déclenchement de la crise. Ce qui va demander beaucoup de précautions au peuple frère de Côte d’Ivoire, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Ils doivent savoir tirer leçon du douloureux passé, afin de ne pas se retrouver dans une situation similaire en 2020.

Daniel ZONGO

Cinquantenaire du FESPACO : 20 films à la conquête de l’Etalon d’or

La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) se tiendra du 23 février au 2 mars prochain à Ouagadougou. En prélude à l’évènement qui marquera, le 50e anniversaire de la biennale, le comité d’organisation a animé, une conférence de presse internationale, le mardi 15 janvier 2019, au siège de l’Unesco, à Paris.

Le délégué général du Fespaco : « les films documentaires pourront compétir pour l’Etalon d’or ».

La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) sera particulière. Cette édition qui marque le 50e anniversaire de la fête du cinéma africain aura lieu du 23 février au 2 mars 2019 à Ouagadougou sous le thème : « mémoire et avenir des cinémas africains ». Pour cette édition, le comité d’organisation a entamé sa campagne de communication par une conférence de presse internationale, le mardi 15 janvier 2019, au siège de l’UNESCO à Paris. Aussi, en prélude à l’évènement, il a été annoncé que plus de 1000 films tous genres confondus ont été enregistrés dont 160 pour la sélection officielle.

La compétition comprendra 7 sections: films de fiction long métrage, films de fiction court métrage, films documentaires long métrage, films documentaires court métrage, films des écoles africaines de cinéma, films des séries télévisuelles, et cinéma d’animations africaines. Pour apprécier les différentes productions, quatre jurys ont été constitués, a affirmé le délégué général du Fespaco, Ardjouma Soma. Le jury de la compétition officielle des films longs métrages sera présidé par le directeur artistique du film engagé d’Alger, l’algérien Amed Bedjaoui. Celui des films documentaires longs et courts métrages sera dirigé par Nadia El Fani, une réalisatrice, scénariste et productrice tunisienne.

Le jury des courts métrages et des films des écoles sera officié par le réalisateur béninois, Sylvestre Amoussou. Le jury des séries télévisuelles et des films d’animation sera présidé par la canado-germano-burkinabè, Cilia Sawadogo. Les 20 films retenus dans la catégorie long métrage fiction pour l’Etalon d’or ont été dévoilés, (ndlr : voir encadré). « Le reste de la sélection officielle sera dévoilée la semaine prochaine lors d’un point de presse à Ouagadougou », a déclaré le délégué général du Fespaco.

Des innovations

Cette édition connaitra la valorisation des films documentaires. Ils pourront compétir pour l’Etalon d’or de Yennega, a déclaré Ardjouma Soma. Pour cette édition, le Rwanda est le pays invité d’honneur. Au-delà de la compétition, le Fespaco est aussi un forum d’affaires et de rencontres pour le développement de l’industrie cinématographique. En marge du festival, la 19e édition du Marché international du cinéma et de la télévision africains (MICA) se tiendra du 24 février au 1er février 2019. A l’occasion, 40 exposants et 500 visiteurs professionnels sont attendus. Et, plus de 1000 films sont inscrits au MICA, 60 stands professionnels seront aménagés, avec 7000 autres visiteurs attendus. Pour la 19e édition du MICA, l’innovation est la vidéotech en ligne pour permettre le visionnage des films inscrits dans le catalogue du marché.

« Aussi, le MICA se tiendra à la Place de la nation au lieu de Ouaga 2000 comme les éditions précédentes », a confirmé M. Soma. L’une des activités phares de cette édition du cinquantenaire sera aussi le colloque sur le thème : «confronter notre mémoire et forger l’avenir d’un cinéma panafricain dans son essence, son économie et sa diversité ». Ceci, a-t-il souligné, afin d’aider et inspirer les professionnels africains de l’image à faire rayonner par des œuvres plus pertinentes, plus audacieuses et plus porteuses, l’industrie cinématographique africaine. En un demi-siècle, les cinéastes africains lui ont apporté sa substance nourricière que sont les films, fruits de leur génie, a-t-il soutenu.

Selon le président du comité d’organisation, Yacouba Traoré, le cinquantenaire fera une part belle aux pionniers.

Attractions incontestables des publics, ces films, mémoires des peuples d’Afrique et de sa diaspora ont porté haut et loin les couleurs et les réalités du continent. La célébration du cinquantenaire du Fespaco occupera donc une part importante dans la 26e édition, a insisté M. Soma. Le patrimoine sera mis en valeur à travers la programmation des films lauréats de l’étalon et des films classiques de l’Afrique et sa diaspora, avec un accent particulier sur les films restaurés, a déclaré Ardjouma Soma. « Une salle sera spécialement consacré aux films du patrimoine », a-t-il précisé. A cette panoplie d’innovations, l’on peut ajouter l’édition de deux livres « spécial cinquantenaire ».

La 26e édition sera vraiment une édition de folie, a avait soutenu le président du comité d’organisation, Yacouba Traoré, lors de son installation, le 2 novembre dernier. A quelle dose de folie, les amoureux du 7e art devront-ils s’attendre ?

Tout en confirmant cette déclaration au cours du point de presse, il a expliqué que cette célébration de l’art africain doit être inspirée des productions artistiques de l’Afrique. « Nous allons permettre aux cinéastes d’aller à la rencontre des élèves et des étudiants dans les universités pour susciter des vocations », a justifié M. Traoré. L’un des derniers aspects de cette « folie », a-t-il confié, sera l’hommage aux pionniers tels que Ousmane Sembène, Idrissa Ouédraogo, Alimata Salamberé et à une personnalité « insoupçonnée », feu le président Aboubacar Sangoulé Lamizana.

A ses dires, celui-ci a donné plus que tout pour le rayonnement du Fespaco. « Nous allons lui rendre hommage pour respecter la mémoire de Ousmane Sembène qui lorsqu’il arrivait à Ouagadougou après la libation à la Place des cinéastes, allait rendre visite à Lamizana pour tout ce qu’il a fait pour le cinéma africain et pour le Fespaco », a rappelé Yacouba Traoré. Et d’ajouter : « Nous allons donner du sens à cette célébration pour que 50 ans après , l’on parle de cette célébration ».

« La sécurité sera assurée »

Pourquoi un accent particulier est-il mis sur les films documentaires ? D’abord, a-t-il répondu, le nombre élevé de films est un signe révélateur du dynamisme de la filière du cinéma et de l’audiovisuel dans la plupart des pays du continent.

« Cette année, nous avons décidé de valoriser le cinéma documentaire parce que depuis quelques années les cinéastes africains s’intéressent au genre documentaire. Aujourd’hui, les professionnels du cinéma africain surtout les jeunes y prennent la parole pour s’exprimer sur les questions de développement durable de nos pays grâce à ce genre », a expliqué Ardjouma Soma. Pour lui, le Fespaco doit être, le lieu pour faciliter la diffusion de ces films afin d’atteindre les objectifs de conscientisation des jeunes qui comprendront que le développement se trouve sur place et l’industrie du cinéma peut être un pilier de développement.

Le gouvernement du Burkina fait des efforts pour soutenir le Fespaco. Pour les années à venir qu’est ce qui sera fait pour les professionnels du 7e art ? Selon le ministre Sango, le gouvernement a inscrit au cœur de ses priorités, le renforcement de la qualité technique et artistique du festival et le développement du marché international du cinéma et l’audiovisuel africain. A l’entendre, le cinquantenaire sera une aubaine pour repenser le modèle économique du cinéma africain.

A l’image de Nollywood, le cinéma doit être une véritable source de création de richesses et d’emplois pour la jeunesse, a indiqué le ministre. Pour ce faire, a-t-il affirmé, il doit s’ouvrir de plus en plus au monde des affaires en vue d’obtenir plus d’investissements en provenance du secteur privé. C’est pourquoi, au nom du Fespaco, il a sollicité l’accompagnement des partenaires pour mener la réflexion pour opérer cette transformation du modèle économique. Comment comptez-vous convaincre les festivaliers à faire le déplacement de Ouagadougou ?

Les professionnels du cinéma venus de divers horizons ont traduit leur soutien au Fespaco.

Le Burkina Faso est confronté à de multiples défis sécuritaires, ont reconnu les conférenciers. Mais, en cette période de l’histoire commune du monde où l’extrémisme violent gagne du terrain, a expliqué le ministre en charge de la culture, Abdoul Karim Sango, le cinéma peut et doit contribuer à la promotion des valeurs partagées par des nations civilisées que sont, entre autres, la démocratie, la liberté, la justice sociale et la fraternité. « Si, nous voulons construire un monde de paix véritable, le cinéma peut être un canal efficace d’éducation des plus jeunes aux valeurs précitées.

Etant un lieu par excellence du dialogue interculturelle et de la promotion de la paix dans le monde, le Fespaco dans la dynamique de l’Unesco peut à travers le cinéma et l’audiovisuel contribuer à la promotion des cultures des peuples d’Afrique et de la diaspora », a relaté le ministre en charge de la culture. Le gouvernement prendra toutes les dispositions pour assurer un bon déroulement du cinquantenaire. « Vous séjournerez dans la sécurité et regagnerez vos pays dans la sérénité », a-t-il insisté. Même son de cloche chez l’ambassadeur du Burkina Faso en France, Alain Gustave Ilboudo.

Toutes les dispositions, selon lui, ont été prises pour venir communier au son des belles mélodies et des images d’une Afrique pleine d’expériences dans un monde confronté à d’immenses défis. Quant au délégué général du Fespaco, Ardjouma Soma, il a argué que les hommes de culture doivent constituer une barrière contre le terrorisme et montrer que la culture peut annihiler, le phénomène terroriste et favoriser la culture de la paix.

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr
Envoyé spécial à Paris
(France)


Encadré 1 : Les films retenus pour l’Etalon d’or

N° Titre Réalisateur (trice)
Nom et prénoms Pays
1 FIVE FINGERS FOR MARSEILLES Michael MATTHEWS Afrique du Sud
2 SEW THE WINTER TO MY SKIN  Qubeka JAHMIL X.T Afrique du Sud
3 ILA AKHIR EZZAMAN (JUSQU’A LA FIN DES TEMPS) Yasmine CHOUIKH Algérie
4 DESRANCES  Apolline TRAORE Burkina Faso
5 DUGA (LES CHAROGNARDS) Abdoulaye DAO/ Hervé Eric LENGANI Burkina Faso
6 HAKILITAN (MEMOIRE EN FUITE) Issiaka KONATE Burkina Faso
7 MIRACULOUS WEAPONS (LES ARMES MIRACULEUSES) Jean-Pierre BEKOLO Cameroun
8 RESOLUTION Boris OUE/Marcel SAGNE Côte d’Ivoire
9 KARMA Khaled YOUSSEF Egypte
10 KETEKE Peter SEDUFIA Ghana
11 RAFIKI Wanuri KAHUI Kenya
12    BARKOMO (LA GROTTE) Aboubacar Bablé DRABA & Boucary OMBOTIMBÉ Mali
13  INDIGO Selma BARGACH Maroc
14    MABATA BATA Joao Luis SOL DE CARVALHO Mozambique
15  HAKKUNDE  Oluseyi Asurf AMUWA Nigeria
16 THE MERCY OF THE JUNGLE  Joel KAREKEZI Rwanda
17  AKASHA Hajooj KUKA Soudan
18 T-JUNCTION  Amil SHIVJI Tanzanie
19 FATWA  Mahmoud BEN MAHMOUD Tunisie
20 REGARDE-MOI (LOOK AT ME) Nejib BELKADHI Tunisie

Source : FESPACO

Amélioration de la gestion du fret : Vers la mise en place d’une faitière des transporteurs

Le comité national de réflexion sur la problématique de la gestion du fret au Burkina Faso a remis le rapport final de ses travaux au ministre des Transports, de la Mobilité urbaine et de la Sécurité routière, Vincent Dabilgou le mardi 15 janvier 2019 à Ouagadougou.

Mis en place le 19 octobre 2018, en vue de trouver des solutions aux multiples crises enregistrées dans le secteur des transports ces dernières années, le comité national de réflexion sur la problématique de la gestion du fret au Burkina Faso a livré ses conclusions le mardi 15 janvier 2019 à Ouagadougou.

Le rapport des travaux qui a été remis au ministre des Transports de la Mobilité urbaine et de la Sécurité routière, Vincent Dabilgou est articulé autour de trois thèmes. Concernant le premier volet qui a porté sur la gestion du fret, le président du comité, Issiaka Sigué a relevé qu’après avoir passé en revue la gestion du fret sur l’ensemble des quatre corridors routiers du pays, il ressort que l’offre de transport est largement supérieure à la demande.

Ce qui est, à l’écouter, la première distorsion à une répartition qui satisfasse tout le monde. S’agissant des procédures, M. Sigué a informé que c’est celle appliquée sur le corridor Ouagadougou-Téma (au Ghana) qui a été plébiscitée par le comité composé de représentants de tous les acteurs du secteur des transports. « Sur le corridor ghanéen, la déclaration du fret est faite par les transitaires au niveau du Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) qui la vise. Il met ensuite l’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) et l’Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB) en lien et délivre un bon de chargement. Après quoi, la clé de répartition un tiers, deux tiers est utilisée.

Cela est encadré par un texte contrairement aux autres corridors», a-t-il expliqué. Toutefois, il y a un bémol. En effet, M. Sigué a fait savoir que des transporteurs ne se reconnaissent pas dans l’OTRAF qui n’est pas « suffisamment inclusive » à leurs yeux. La solution trouvée à ce problème est la mise en place d’une faitière des transporteurs d’ici le 31 mars 2019. «  Ainsi nous allons dupliquer le modèle de la gestion du fret sur le corridor ghanéen avec la faitière comme interlocuteur du CBC », a-t-il annoncé.

Plus de blocage des routes lors des grèves

En ce qui concerne le deuxième thème qui a porté sur l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs routiers, le rapport recommande la tenue urgente d’une rencontre regroupant des représentants des ministères en charge de la Sécurité, de la Sécurité sociale et des acteurs du transport pour une évaluation de l’immatriculation des chauffeurs routiers aux fins de sa pleine opérationnalisation et entière en janvier 2019.

Quant au troisième point qui a analysé la pratique du blocage systématique des corridors en cas de grève, le comité a prôné le respect strict de la règlementation sur les libertés publiques. « Il s’agit de la saisine préalable de l’administration des préoccupations, l’engagement de négociations et éventuellement la grève. Dans cette dernière option, il faut veiller à ne pas entraver la libre circulation des personnes et des biens », a souligné Issiaka Sigué. Le ministre Dabilgou s’est réjoui de ces conclusions et de la participation de tous les acteurs du transport du Burkina Faso au comité de réflexion.

« Le transport est essentiel pour notre économie. De ce fait, Il faut absolument instaurer une gouvernance du fret où tous les acteurs sont impliqués et ont leur petite part », a-t-il déclaré. Tout en indiquant qu’il transmettra le rapport au Premier ministre, il a soutenu que le statu quo sera observé en attendant la mise en place de la faitière des transporteurs. Pour la création de la nouvelle structure, l’OTRAF dit être favorable. « Nous sommes partant pour la mise en place d’une organisation unique, inclusive.

Nous avons participé aux travaux avec des idées constructives pour l’intérêt des transporteurs burkinabè et de toute la nation. Nous nous engageons à respecter scrupuleusement ce qui a été convenu dans ce rapport », a soutenu le président de l’OTRAF, Issoufou Maïga. Le président de l’UCRB, Brahima Rabo a également rassuré que sa structure se conformera aux prescriptions du rapport.

Eliane SOME