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Crever l’abcès…
Alors que les commentaires incendiaires sur fonds d’instrumentalisation continuent, après les folles et meurtrières journées du début de l’an à Yirgou, il n’est pas superflu de revenir sur certains aspects de ce drame. Il sied d’en tirer toutes les conséquences, afin que notre pays guérisse à jamais de ce qu’il est convenu d’appeler les maladies infantiles des démocraties africaines. Le premier enseignement de cette tragédie, c’est qu’il va falloir régler, en légiférant une fois pour toute sur la question des groupes d’autodéfense qui pullulent au Burkina Faso. On se souvient que l’ancien ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, avait promis d’«encadrer» ces groupes d’autodéfense pour limiter les dégâts liés à leurs activités.
Malgré cette volonté affichée, force est de reconnaître que le chantier est à entreprendre, dans l’urgence, au regard du récent drame de Yirgou. A défaut de supprimer ces koglweogo qui font de plus en plus peur, il faudra trouver un cadre juridique approprié pour les insérer. Le législateur burkinabè est donc interpellé. Et, il doit aller vite et bien. Ce, d’autant plus que de nombreuses voix s’élèvent pour demander justice pour les suppliciés de Yirgou et autres localités environnantes. Et de là découle le deuxième enseignement de cette macabre affaire, à savoir, rendre justice en toute diligence et avec la fermeté requise pour couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui glosent sur l’incapacité du pouvoir à régler le compte de ces vengeurs masqués et mal inspirés du jour de l’an. Cela témoigne de la volonté manifeste des spéculateurs de tordre le cou à la séparation des pouvoirs et de politiser le débat. A partir du moment où le président du Faso a donné des gages pour un traitement juridique conséquent du dossier, il n’y a plus lieu de polémiquer.
Mais le temps judiciaire n’étant pas celui politique encore moins médiatique, il va falloir laisser les choses s’enchaîner dans le bon ordre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le drame de Yirgou offre l’opportunité de trancher dans le vif la question des koglweogo et de parfaire notre arsenal juridique en matière de répression des crimes de masse. Il donne aussi l’occasion de réinventer les règles de notre vivre-ensemble pour que plus jamais on n’assiste à des spectacles aussi horrifiants au Burkina.
L’autre leçon à tirer du drame de Yirgou est l’exclusion politique à base communautaire, agitée par des mains invisibles mais dévastatrices, juste pour écarter un challenger sérieux. La bienveillance habituelle observée face à ces comportements hautement belliqueux doit faire place à une sentence qui frapperait tous ceux qui se hasarderaient, dans les discours, les faits et gestes à porter atteinte à l’unité et à la concorde nationale. Généralement, se pose la question de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, lesquelles ont cantonné dans des entités territoriales des peuples aux cultures différentes, ce qui peut parfois engendrer des tensions sociales sur le continent. Ce débat peut paraître superfétatoire dans le cas d’espèce, mais il convient que nos dirigeants l’abordent avec le plus grand sérieux. En résumé, le plus dur n’est pas de tomber, mais de regarder d’où on a tréboucher afin de ne plus commettre les mêmes erreurs afin de marcher de manière ferme et résolue sur la voie du progrès et de la cohésion sociale.
Notre pays a un atout aujourd’hui : utiliser le consensus créé autour de l’affaire Yirgou pour monter en puissance dans la lutte contre le péril terroriste. Nul doute que la réponse publique à cette tragédie est un bon frémissement. Mais ce n’est que le début du chemin vers un Etat outillé, capable, vigilant et anticipateur.
Par Mahamadi TIEGNA
Drame de Yirgou : une marche contre la stigmatisation
Le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a organisé une marche de protestation contre le drame de Yirgou-Foulbè, le samedi 12 janvier 2019 à Ouagadougou. Elle a rallié plusieurs organisations de la société civile et communautés, des associations de non-violence et la paix pour réclamer justice.
La marche organisée par le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), le samedi 12 janvier 2019, s’est effectuée sur un circuit fermé : place de la Nation-Cathédrale-avenue Kwamé-N’krumah-Rond-point des Nations-unies-place de la Nation. Les marcheurs reprenaient, régulièrement, en chœur, les slogans « Non à la stigmatisation » et « Plus jamais ça ». Ils sont membres de plusieurs associations et Organisations de la société civile (OSC) à soutenir le CISC, initiateur de la marche, à la suite des évènements de Yirgou qui ont visé la communauté peulhe. Pour les marcheurs, il ne s’agit pas de défendre leurs parents, mais tout simplement, de dénoncer une pratique et interpeller l’autorité pour que cela ne se reproduise plus.
Les pancartes et T-shirts portaient des messages de dénonciation. Sur ceux de l’Organisation des peuples africains (OPA), il y est écrit : « Je suis Peulh, Mossi, Lobi, … Je suis simplement Burkinabè et j’ai droit à la vie ». Karim Diallo tenait, dans la foule, un flyer estampillé « Communauté bobo ». Bien qu’étant peulh, il précise : « Je suis à cette marche, pas pour les Peulhs, ni contre les Mossi ». Il est sorti, avoue-t-il, pour participer à une marche citoyenne et dire aux uns et aux autres qu’il faut se tolérer. « Aujourd’hui, le Burkina a 100 ans. Les efforts que nos devanciers ont fourni pour rétablir la Haute Volta d’alors doivent nous amener à nous surpasser », a-t-il précisé. Au retour des manifestants, c’est l’hymne national qui a ouvert une suite d’allocutions pour interpeller, condamner et appeler à l’union.
« Anéantir les Koglwéogo »
Issouf Sawadogo dit Oskimo attire l’attention des Burkinabè qui, selon lui, veulent tomber dans le piège des terroristes. Malgré la soixantaine d’ethnies que compte le pays, il croit que les Burkinabè ont simplement un même père et une même mère. « Ce qui est arrivé à nos parents, c’est tous les Burkinabè qui sont touchés.
Nous dénonçons cela et nous disons plus jamais ça », ajoute Yacouba Sanou qui se présente comme le chef des Peulhs au Burkina Faso. Le porte-parole du CISC, Dr Daouda Diallo, est revenu sur les évènements, rappelant au passage qu’il y a eu 70 morts et plus de 6 000 déplacés. Il a parlé de plusieurs biens détruits ou emportés et la détention d’animaux. Toutefois, Dr Diallo a salué la démarche fraternelle d’une vieille femme de l’ethnie moaga. Cette dernière, selon lui, aurait sauvé la vie d’un Peulh assoiffé qui cherchait de l’eau et que des jeunes voulaient lyncher. Quant à l’avocat des victimes, Me Ambroise Farama, il estime que Yirgou a tout simplement été une horreur. Il a également mentionné l’œuvre charitable de familles mossi qui ont accueilli plus de 230 Peulhs en danger au temps fort de la crise.
Il invite les autorités à donner les moyens au Tribunal de grande instance (TGI) de Kaya pour mener les enquêtes et arrêter les auteurs et commanditaires. « Il faut aussi accompagner, dit-il, les témoins et les victimes parce que nous avons des craintes que des témoins disparaissent au fur et à mesure ». Me Farama demande la sécurisation de tous les moyens qui peuvent participer à la manifestation de la vérité. A propos des Koglwéogo, il est formel : « C’est un groupe d’autodéfense hors-la-loi qu’il faut anéantir ». Ce fut le même réquisitoire du député Aziz Diallo, le vendredi 11 janvier 2019. Une autre marche de protestation est prévue le 19 janvier prochain à Bobo-Dioulasso.
Tielmè Innocent
KAMBIRE
Procès putsch : le parquet appelle Bassolé à collaborer
Le général Djibrill Bassolé a continué, le vendredi 11 janvier 2019, de clamer devant le tribunal militaire son innocence, dans l’affaire du coup d’Etat de septembre 2015.
Le général Djibrill Bassolé est constant dans sa ligne de défense : « J’ai toujours et de tout temps contesté l’origine et la fiabilité des écoutes téléphoniques ». Le vendredi 11 janvier 2019 et comme toujours, depuis le début de son audition, Djibrill Bassolé a dit se méfier des éléments sonores qui l’accablent. Assis et de blanc vêtu, il reste convaincu que les écoutes téléphoniques ont été « fabriquées » à dessein. « J’ai été le premier à être arrêté. Il fallait justifier mon arrestation », a-t-il indiqué. L’accusé a remis en cause l’origine des éléments sonores, provenant uniquement des réseaux sociaux et des médias. Djibrill Bassolé a soutenu que si le parquet remonte la filière des enregistrements, il sera bloqué dans ses enquêtes à un moment donné.
« Il n’y aura pas de suite (…) L’ensemble des éléments sonores sont loin de remplir les conditions pour être considérés comme preuves judiciaires », a-t-il dit. Le procureur militaire a rétorqué en informant le prévenu que les écoutes ont été faites par les services de renseignements burkinabè. Le général de gendarmerie a opposé à cette annonce, une fin de non-recevoir. « Je suis un peu gêné, je ne dirai pas tout et n’importe quoi pour ma défense. Mais ce ne sont pas les renseignements du Burkina qui ont intercepté ces écoutes », a affirmé le diplomate. Le fondateur de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) a estimé qu’il fait l’objet d’un « acharnement politique, médiatique et judiciaire », orchestré par l’ancien Premier ministre, Yacouba Isaac Zida. Le procureur militaire a assimilé le général à un juriste dont la défense est « ondoyante », changeant de langage en fonction des juridictions en présence. En effet, il a expliqué que devant la Chambre de contrôle de l’instruction, Bassolé a reconnu que les écoutes sont d’origine administrative. A la Cour de justice de la CEDEAO, il a uniquement relevé que les enregistrements étaient une « atteinte à sa vie privée ». « On ne parlait pas de montage devant ces instances. Ici, on dit que c’est fabriqué », a fait observer le procureur.
Face à la multiplication des versions, le parquet a appelé le général Djibrill Bassolé à collaborer afin de leur permettre d’avoir des éléments nécessaires pour bien ficeler leur réquisition, au moment venu. « Franchement, je refuse catégoriquement de collaborer sur une quelconque forme … Vous avez la charge de la preuve, c’est à vous de convaincre le tribunal », a rétorqué, du tic au tac, le général Djibrill Bassolé, estimant que le parquet a instruit le dossier uniquement à charge. « Aussi ce que la Chambre de contrôle de l’instruction dit, c’est vous (parquet) qui l’avez dit. C’est faux », a répondu le général. A la barre, il a admis que tous les Etats pratiquent les écoutes téléphoniques, mais de façon prudente. En tout état de cause, le parquet militaire a estimé que les infractions de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et de trahison sont établies.
« … nos chemins se séparent »
Du 16 au 29 septembre 2015, les institutions étatiques étaient menacées du fait de l’échec du désarment des éléments de l’ex-RSP, parce que des hommes à l’image de Bassolé les ont encouragés à tenir tête. « Il est alors responsable des conséquences prévisibles de l’attentat à la sûreté de l’Etat », a affirmé le procureur. Selon lui, le général était en intelligence avec l’étranger pour nuire à son pays, le Burkina Faso. Pour Djibrill Bassolé, le parquet, étant dans l’impossibilité absolue de donner la moindre preuve de son implication, estime que l’attentat à la sûreté de l’Etat s’est poursuivi jusqu’au 29 septembre. C’est pourquoi, selon l’accusé, le procureur « se rabat sur d’hypothétiques écoutes » qui auraient eu lieu le 27 septembre. « Au lieu de sortir des éléments tangibles, on tourne en rond. Comme si, pour le parquet, dire que le général n’est pas impliqué est impossible. Je constate que du 16 au 25 septembre, je n’ai rien à y voir, je n’ai rien à y faire », a noté Bassolé. Las de répondre aux questions sur les écoutes téléphoniques, l’accusé s’est voulu on ne peut plus clair : « Ne me posez plus de questions sur les interceptions téléphoniques dont vous seuls connaissez l’origine.
(…) Si vous n’avez que les éléments sonores comme preuves, nos chemins se séparent ». Me Guy Hervé Kam de la partie civile a souligné que l’accusé refuse de reconnaître l’origine des écoutes, parce qu’elles permettent d’établir facilement son implication dans le putsch.
Lors de précédentes audiences, l’accusé avait proposé par exemple de verser 10 millions FCFA aux blessés au lieu de cristalliser toutes les attentions de l’armée dans un tel contexte sécuritaire. Pour Me Prosper Farama, c’est la preuve que la vie humaine n’a pas de valeur pour le prévenu. « C’est cynique… Ce ne sont pas des corps humains à vendre », a répondu l’homme de droit. Il est aussi revenu sur le passage de l’accusé au ministère de la Sécurité, lorsqu’il faisait arrêter, emprisonner et raser les militants du collectif contre l’impunité après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. « Je suis content de voir que vous comparaissez avec vos cheveux », a laissé entendre Me Farama.
Djakaridia SIRIBIE
dsiribie15@gmail.com
Secteur n°5 de Yako : des biodigesteurs font la fierté des ménages
Le grand chancelier des Ordres burkinabè, André Roch Compaoré, en compagnie des responsables du programme national de biodigesteur et l’Association pour la sauvegarde de l’environnement (ASE) a visité, le jeudi 10 janvier 2019, les infrastructures de biodigesteurs dans les ménages du secteur n°5 de Yako dans la région du Nord.
Le programme national de biodigesteurs souhaite mettre fin à l’utilisation du bois de chauffe et le charbon de bois dans les ménages du Burkina Faso. A cet effet, il a réalisé environ 65 ouvrages de biodigesteurs au profit des ménages de la province du Passoré. C’est pour se rassurer de l’opérationnalité des infrastructures que les premiers responsables dudit programme sous l’invitation du Grand chancelier des Ordres burkinabè, André Roch Compaoré en compagnie des autorités provinciales, conduites par le haut-commissaire de la province, Ousmane Balima, a effectué, le jeudi 10 janvier 2019, une visite des réalisations d’infrastructures de biodigesteurs dans les ménages du secteur n°5 de Yako dans la région du Nord. Cette tournée a permis à l’ensemble de la délégation de découvrir entre autres, le processus d’installation du biodigesteur dans les ménages bénéficiaires, de suivre une présentation de la maquette des ouvrages, de démontrer leur mode de fonctionnement.
Au cours de ces échanges, les bénéficiaires ont dit tout le bien que renferme cette technologie. Selon la porte-parole des ménages bénéficiaires, Fatima Sinon, le biodigesteur contribue à éclairer des ménages, à bien cuir les aliments, à fertiliser les sols, à augmenter les productions agricoles à travers l’utilisation du compost au détriment de l’engrais chimique et surtout à la préservation de l’environnement. De son avis, l’acquisition d’un biodigesteur nécessite au moins deux têtes de bœufs, d’un point d’eau permanent à proximité du ménage, d’un espace pour son implantation et en garantir la propriété foncière.
12 000 biodigesteurs réalisés
Le coordonnateur du programme national de biodigesteur au Burkina Faso, Xavier Bambara, a précisé que pour faciliter l’accès du plus grand nombre à la technologie aux multiples vertus, l’Etat burkinabè s’est engagé à mettre à la disposition des ménages une subvention de 160 000 F CFA le biodigesteur, peu importe le volume d’une infrastructure réalisée dont le coût global de réalisation est estimé à 300 000 F CFA. M. Bambara a, par ailleurs, expliqué que ladite subvention permet de prendre en compte, entre autres, les prestations du maçon pour la construction et le service après-vente pendant la période de garantie, la formation, l’entretien, l’utilisation des ouvrages et l’acquisition d’accessoires de plomberie pour l’utilisation du réseau. «A ce jour, 12 000 biodigesteurs ont été réalisés par le programme au Burkina», a confié le coordonnateur. Le Grand chancelier André Roch Compaoré a, pour sa part, invité les ménages à l’entretien de ce dispositif de qualité. Car, a-t-il poursuivi, le biodigesteur est assurément une solution de développement du Burkina Faso.
Zezouma Elie SANOU
Trois morts à Nafona : un comité de crise à pied d’œuvre
Deux policiers, notamment dont le Commandant de corps urbain de Banfora, Wolé Gilbert Sangaré et le commissaire du district de Soubakaniédougou, Télesphore Kyélem et une dame dont l’identité n’a pas été dévoilée ont trouvé la mort le 12 janvier 2019 à Nafona, village frontalier avec la Côte d’Ivoire situé dans la commune de Soubakaniédougou, à environ 70 km de Banfora, chef-lieu de la province de la Comoé. Cela, à la suite d’une intervention de la police pour refus d’obtempérer à une convocation de justice dans un conflit foncier.
Un drame a fait trois morts, le 12 janvier 2019 à Nafona. Plusieurs versions circulent. La police, selon des sources concordantes, s’y était rendue très tôt aux fins d’interpeller cinq habitants qui avaient jusque-là refusé de répondre à une convocation de justice à Banfora. En voulant appréhender l’un d’eux, son épouse aurait marqué une opposition farouche et dans la mêlée, un coup de feu mortel serait parti du côté des policiers, et aurait ôté la vie à cette dame. Furieuse, la population a voulu en découdre avec les policiers, et aurait réussi à se saisir du commandant Wolé Gilbert Sangaré et du commissaire du district de Soubakaniédougou, Télesphore Kyélem.
Le reste de la troupe aurait réussi à battre en retraite pour chercher du renfort. A en croire certains témoins, la population s’était organisée avec l’appui de certains villages riverains pour attendre cette descente de la police. Les habitants auraient donc barré la voie avec des troncs d’arbres pour rendre la tâche difficile à la police. Après une multitude d’appels sur leurs téléphones portables par leurs collègues sans succès, les deux policiers restèrent introuvables. C’est bien quelques heures plus tard, que le reste de la troupe et la hiérarchie régionale de la police se sont rendus à l’évidence que les deux officiers de police ont été exécutés sauvagement par leurs ravisseurs. Dans ce drame, on dénombre donc 3 morts dont 2 policiers et 3 blessés, côté civil.
L’origine du conflit, selon des témoins, remonte depuis une quarantaine d’années, lorsqu’un producteur en provenance de la Léraba s’était installé dans le village de Nafona. En juillet 2016, il aurait été sommé par certains leaders du village, de plier bagages avant que sa concession et ses biens ne soient incendiés. Conduits devant la justice, les auteurs se réclamant des «autochtones », ont été condamnés par le TGI de Banfora, à six mois avec sursis. Par ailleurs, le tribunal avait autorisé le producteur à continuer d’exploiter le champ, objet du litige, en attendant sa décision sur le fonds. A en croire les proches du producteur, ce dernier n’est pas parvenu depuis la décision de justice, à exploiter ce champ à cause des menaces dont il faisait toujours l’objet. C’est ainsi qu’en août 2018, une convocation du procureur près le TGI de Banfora aurait été adressée aux personnes mises en cause et qui n’ont jamais répondu.
En début janvier 2019, des policiers de Soubakaniédougou ont été instruits par le procureur pour y remettre à nouveau des convocations pour la même affaire. Mais, à ce que l’on dit, ceux-ci ont réussi à avoir la vie sauve grâce à des tirs de sommation. Après le refus des concernés de répondre à ces convocations, la police aurait donc décidé avec du renfort venu de Banfora, de faire une descente matinale, ce 12 janvier 2019 dans le village, pour interpeller directement les mis en cause. La suite c’est le drame qui s’en est suivi avec trois morts, des blessés et des dégâts matériels.
Les corps des deux officiers de police ont été transférés à la morgue du CHR de Banfora. Depuis, le village a été entièrement bouclé par les forces de l’ordre et interdit d’accès à quiconque. Des colonnes de véhicules auraient été aperçues en direction dudit village. Pour l’instant aucune information n’a été donnée sur la date et les lieux des inhumations. Un comité de crise a été mis sur pied dans la matinée par le gouverneur des Cascades Joséphine Apiou Kouara, pour gérer l’urgence.
Mamadou YERE
(AIB Comoé)
Lutte contre l’insécurité : les députés prorogent l’état d’urgence de six mois
L’Assemblée nationale a adopté, le vendredi 11 janvier 2019, le projet de loi portant prorogation de l’état d’urgence déclaré le 31 décembre 2018 par le président du Faso. Une démarche qui vise à renforcer les capacités des forces de défense et de sécurité sur le terrain de la lutte contre le terrorisme.
L’état d’urgence décrété par le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le 31 décembre 2018 pour 12 jours, va s’étaler désormais sur six mois dans les zones concernées. La loi portant prorogation de la mesure a été adoptée à l’unanimité, le vendredi 11janvier 2019 par les 125 députés présents. Le ministre de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique, René Béssolè Bagoro, qui a assisté à la plénière spéciale, a salué l’engagement des députés. « L’état d’urgence décrété pour lutter contre le terrorisme dans certaines régions de notre pays où les attaques sont devenues récurrentes avait une validité de 12 jours.
Ce délai était largement insuffisant pour déployer une stratégie, raison pour laquelle le gouvernement a demandé une prorogation de six mois et je me réjouis de cette adoption à l’unanimité », a-t-il déclaré à l’issue de la séance. Et d’ajouter que la démarche du gouvernement répond à une exigence légale. En effet, selon le ministre Bagoro, le gouvernement peut décréter l’état d’urgence qui ne peut excéder 12 jours au-delà desquels il faut obligatoirement saisir l’Assemblée nationale pour une prorogation conformément à la loi de 1959 sur l’état d’urgence. Cette prorogation, indique le rapport de la Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH), traduit la volonté de l’exécutif de lutter efficacement contre la menace terroriste sur le territoire national ainsi que dans les zones frontalières. Le texte est composé seulement de trois articles et prévoit la possibilité pour le gouvernement de mettre fin par décret à l’état d’urgence avant le délai prévu.
Auparavant, il y a eu un débat général sur la question au cours duquel, des parlementaires ont émis des inquiétudes sur certains aspects de la loi. On peut retenir, entre autres, les critères ayant prévalu à la délimitation de la zone de l’état d’urgence, les mesures contre les éventuels abus de pouvoirs des FDS, et les conditions à réunir pour rendre la mesure efficace sur le terrain.
« Risque sécuritaire accru »
Sur le premier point, le ministre en charge de la justice a indiqué que les parties du territoire concernées par l’état d’urgence sont celles situées sur la bande dorsale et régulièrement visées par des attaques terroristes. « L’état d’urgence ne doit être déclaré que lorsque le risque sécuritaire dans une zone donnée a atteint un niveau qui l’impose », a-t-il précisé. La prudence a commandé, a-t-il fait savoir, que la mesure soit limitée aux zones où le risque sécuritaire s’est accru. Toutefois, la lutte contre le terrorisme se poursuivra dans les autres localités où le besoin se fera sentir, sans oublier que l’état d’urgence peut y être étendu.
A en croire le magistrat, la mesure permet aux FDS de renforcer leurs pouvoirs et de disposer de plus de moyens pour agir sur le terrain mais elle porte atteinte aux droits des citoyens du fait de la restriction des libertés individuelles et collectives. A cause de ces conséquences sur la vie des populations, l’état d’urgence est recommandé comme dernier recours, foi de Réné Bagoro. S’agissant des risques d’abus sur les citoyens des zones concernées, le Garde des sceaux a laissé entendre que l’état d’urgence ne fait pas un « black-out » sur les juridictions de droit commun devant lesquelles le citoyen pourrait se porter en cas de besoin. Quant aux préoccupations relatives aux moyens matériels, logistiques et financiers devant rendre plus opérationnelles les FDS, M. Bagoro s’est voulu rassurant.
« Le gouvernement mettra à la disposition des FDS, les moyens adéquats et suffisants indispensables à la réussite de leurs missions. Pour des raisons évidentes de stratégies, ces moyens ne peuvent être divulgués », a-t-il fait savoir. Le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, pour sa part, a demandé à l’exécutif d’aller plus loin que la « simple » déclaration de l’état d’urgence. « L’état d’urgence n’est pas une baguette magique contre le terrorisme. Il faut équiper les FDS de moyens à même de faire face aux malfaiteurs et éviter le découragement dans leurs rangs », a-t-il soutenu.
Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr
Lutte contre la corruption : L’ASCE-LC et la société civile s’unissent
L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) a rencontré les organisations de la société civile et les autres structures œuvrant dans le domaine en vue de créer une synergie d’actions pour éradiquer le fléau de la corruption, le jeudi 10 janvier 2019 à Ouagadougou.
L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), le Réseau national de lutte anticorruption (RENLAC), les associations de journalistes œuvrant dans le domaine de la lutte contre la corruption, des organes de presse d’investigation veulent se mettre en synergie pour mieux lutter contre le phénomène de la corruption.
A cet effet, l’ASCE-LC a initié, le jeudi 10 janvier 2019 à Ouagadougou, une rencontre d’échanges pour faire le point des actions et des activités de prévention au niveau des acteurs.
Le contrôleur général de l’Etat, Marius Luc Ibriga a indiqué que l’objectif est de faire l’état des lieux de la corruption au Burkina Faso et proposer des actions fortes à même d’éradiquer ce fléau.
« Il s’agit à travers des échanges francs et sans langue de bois de non seulement diagnostiquer nos forces et nos faiblesses, mais aussi et surtout de déceler les opportunités et les risques qui se présentent à nous dans la lutte contre la corruption », a-t-il dit. M. Ibriga a indiqué qu’au regard de l’engagement et des expériences des OSC et les autres structures impliquées dans le combat, une feuille de route va se dresser et des résolutions vont être prises à même de consolider cette synergie d’actions dans la lutte.

Pour ce qui est de la participation de la société civile à la lutte prévue à l’article 40 de la loi 04-2015/CNT, il y a la contribution à la transparence des sources de financement ; des programmes d’enseignement, d’éducation et de sensibilisation aux dangers que représente la corruption; la vérification de l’effectivité de l’accès des médias et du public à l’information concernant ce phénomène sous réserve de la protection de la vie privée, de l’honneur, de la dignité des personnes … »Pour être plus efficace, la lutte contre la corruption doit être menée à tous les niveaux et impliquer tous les acteurs à savoir l’Etat, le secteur privé, les OSC.
Il convient donc de faire en sorte que chaque citoyen devienne une sentinelle anticorruption », a-t-il déclaré. Il a ajouté que dans un contexte de corruption systématique comme celui du Burkina Faso, des changements sont indispensables. Il s’agit selon Luc Marius Ibriga de démanteler les remparts de ce fléau, asseoir un réarmement éthique fondé sur les valeurs d’intégrité et de responsabilité; promouvoir le refus de la corruption et enraciner de manière durable, la culture de la recevabilité, la transparence à tous les niveaux de la gestion des affaires publiques et privées.
Elélé KANTORO


