SNC 2026 : avis aux promoteurs culturels ayant des projets en marge de l’évènement

La 22e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) se tiendra du 25 avril au 2 mai 2026, à Bobo-Dioulasso, sous le thème : « Culture, jeunesse et transmission des valeurs sociales ». Comme à l’accoutumée, à l’occasion de cette tribune d’expression et de promotion de la diversité culturelle du Burkina Faso, de nombreuses initiatives privées sont mises en œuvre, à l’effet d’apporter plus d’engouement à la biennale.

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Kantigui
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Vague de chaleur pendant la saison fraiche : « La situation actuelle même favorise la montée de la mousson. Donc, il n’y a pas un impact négatif pour la saison des pluies », Rayimwendé Zoungrana, prévisionniste à l’ANAM

Les mois de décembre et de janvier sont habituellement synonymes de fraîcheur au Burkina Faso. Mais, cette année le pays dans son ensemble enregistre des températures élevées. Pour en savoir davantage sur cette vague de chaleur inhabituelle, le prévisionniste, Rayimwendé Zoungrana à l’Agence nationale de la météorologie a accordé un entretien à Sidwaya.

Sidwaya (S) : Cette année, on a l’impression qu’il fait chaud pour la saison froide. Est-ce que les données de la météo confirment cela ?

Rayimwendé Zoungrana (R.Z) : Oui, il faut dire que l’analyse des données des stations météorologiques installées un peu partout sur le pays révèle qu’en ce qui concerne les températures maximales, pour cette année, au mois de décembre déjà, elles étaient largement au-dessus de ce qu’on a l’habitude d’observer. Il en est de même pour les températures minimales sur la quasi-totalité du pays. Les techniciens parlent de normale climatologie. Pratiquement, au mois de janvier, on a des températures qui partent jusqu’à 38 degrés. Alors que pour des années plus fraîches, on a des températures qui excèdent très rarement 35 degrés. Pour la température minimale, généralement, par exemple pour le cas de Ouagadougou, elle peut chuter jusqu’à 15 degrés. Mais pour cette année, elle se situe autour de 20 degrés, parfois plus.

S : Qu’est-ce qui explique cet état ?

R.Z : Cela est lié à une situation de variabilité climatique. Le système climatique est régi par des grands ensembles. Et lorsque, le soleil migre vers l’hémisphère sud, il y a ce qu’on appelle l’anticyclone des açores. C’est un moteur qui renforce les vents d’harmattan, qui vont balayer le Sahara et apporter de l’air frais sur le Sahel, c’est-à-dire sur le Burkina Faso. Mais, il se trouve que ce moteur-là a peu de force, cette année. Par conséquent, il ne s’étend pas sur l’Afrique et les vents d’Harmattan restent faibles. On observe donc peu de fraîcheur. Il faut dire, aussi, que cette configuration engendre une situation relativement chaude sur une bonne partie de l’Europe. Donc, le plus souvent, l’air frais qu’on reçoit pendant l’hiver descend de cette partie de l’Europe. Et comme cette partie est chaude, même les faibles vents d’Harmattan qui vont descendre avec cet air sont relativement chauds. Une autre conséquence est que la mousson au Sud a un peu de la force, puisque la situation au Nord de l’Afrique s’est affaiblie, donc, on observe des remontées récurrentes de mousson. Cette situation n’est pas de nature à rafraîchir les températures, surtout au cours des matinées. D’une année à une autre, l’anticyclone peut s’affaiblir ou être fort et créer une situation relativement chaude ou fraîche. On peut penser que c’est une situation un peu exceptionnelle. Alors que c’est lié à la dynamique de l’atmosphère.

S : Par rapport à cette variation de la température, y a-t-il une différence entre les régions ?

R. Z : De l’analyse des données, il ressort que pratiquement toutes les régions du Burkina affichent des températures très voisines, au-dessus de ce qu’on a l’habitude d’observer, c’est-à-dire la normale climatologique. Il peut avoir une petite différence ; mais globalement, il reste au-dessus de la normale climatologique. Actuellement, les maximales, c’est-à-dire le pic en fin de journée varie pratiquement entre 35 et 37 degrés. Et les minimales, elles varient en moyenne entre 19 et 23 degrés. Alors qu’en année fraîche, Dori peut enregistrer les 10 degrés et Ouagadougou 15 degrés.

S : A quelles manifestations doit-on s’attendre pour le reste de la période de l’Harmattan ?

R. Z : Il faut dire que, déjà dans un futur très proche, vous constaterez qu’une couverture nuageuse pourrait faire baisser les températures maximales. A côté de cela, il faut dire qu’on peut noter de la pluie aussi, par endroits, sur certaines localités notamment de la partie Sud-Ouest. Par contre, pour les températures minimales, elles pourraient ne pas baisser. Cela s’explique. Avec la couverture nuageuse, cela crée un effet de serre qui empêche, au cours de la nuit, la terre de se refroidir. Au cours de la semaine du 19 au 25 janvier, vous constaterez une couverture nuageuse très dense qui pourrait faire baisser la température maximale. A part cela, la situation pourrait revenir à ce qu’on est en train d’observer actuellement. Mais en ce qui concerne l’harmatan, jusqu’en avril, on peut s’attendre toujours à des vents d’harmatan, même s’ils n’apportent pas de la fraîcheur, ils pourraient apporter des nappes de poussière qui peuvent affecter la visibilité et la qualité de l’air, avec ses conséquences que vous connaissez.

S : Quelles peuvent être les conséquences de ce dérèglement pour la future saison de pluie ?

R. Z : Il n’y a pas de lien établi entre la situation, c’est-à-dire un hiver qui est relativement chaud et la saison pluvieuse. Puisque la situation actuelle même favorise la montée de la mousson. Donc, il n’y a pas un impact négatif pour la saison des pluies. Puisqu’elle aide la montée des vents humides de l’Océan vers le pays. On a des prévisions saisonnières en mai qui viendront éclairer la situation de la saison à venir.

S : Quel impact cette situation peut-elle avoir sur les activités au quotidien ?

R. Z : Déjà, si on prend même la demande énergétique, en cette période, le plus souvent, peut-être que les gens ne mettent plus des brasseurs ni certains équipements, mais comme il fait relativement chaud, ils seront obligés d’utiliser ces appareils et par conséquent, la demande énergétique pourrait augmenter avec des risques de délestage. Pour les activités au niveau des barrages, c’est une situation qui peut occasionner le tarissement des barrages, parce qu’il fait chaud et l’eau s’évapore, donc il y a perte d’eau. Et cela peut mettre à mal les activités de contre-saison.

S : Comment les agriculteurs peuvent-ils anticiper sur d’éventuelles conséquences, pour améliorer la chance de rendements ?

R. Z : L’information méteorologique est très capitale pour bien planifier l’activité agricole. Déjà à la météo, on élabore des bulletins agrométéorologiques décadaires destinés spécifiquement aux agriculteurs. Il y a aussi les prévisions saisonnières, en ce qui concerne la saison pluvieuse. Elles sont également appuyées par des prévisions mensuelles qui s’étendent jusqu’à quatre semaines. Toutes ces informations permettent aux agriculteurs de faire le choix des variétés et de mieux planifier les opérations culturales ou la date des semis.

S : Quels conseils donneriez-vous aux citoyens pour mieux comprendre et anticiper les effets du changement climatique ?

R.Z : C’est de les inviter à s’approprier l’information météorologique à travers les différents canaux. On a une page Facebook, un canal WhatsApp et le site web. On a aussi des médias partenaires comme la RTB où un bulletin est diffusé chaque soir. L’information météorologique est capitale pour se protéger d’abord. A côté de cela, il y a la planification des activités des événements qui sont parfois reportées due à de fortes pluies alors que cela peut être évité.

Aly SAWADOGO
Paticia TAONSGO
(Stagiaire)

 

 

 

Campagne de solidarité D£m£ Sira: le Mogho Naaba apporte sa contribution

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Dans le cadre de la campagne nationale de solidarité D£m£ Sira, le Mogho Naaba Baongo a remis un don au ministère de la Famille et de la Solidarité, mardi 20 janvier 2026, dans son palais à Ouagadougou.

Lancé le 15 novembre 2025, à Ouagadougou, par le Premier ministre, la campagne nationale de solidarité D£m£ Sira se poursuit et les contributions sont enregistrées chaque jour. Ce mardi 20 janvier 2026, une équipe de l’organisation de cette campagne conduite par la ministre de la Famille et de la Solidarité, Passowendé Pélagie Kabré, était au palais du Mogho Naaba pour recevoir un don. La contribution du Mogho Naaba et sa famille est composée de vivres et de non-vivres. En vivres, on dénombre 40 sacs de riz de 100 kg sortis directement de son champ de Boulbi (périphérie sud de Ouagadougou) et deux tonnes de riz importé.

Les non-vivres sont constitués de 300 nattes, 300 seaux, 300 couvertures, 300 bouilloires et dix cartons de savon. Le Mogho Naaba, par sa contribution entend apporter son soutien à la réussite de la campagne D£m£ Sira, mais, aussi à la prise en charge des personnes vulnérables. Il a salué au passage, les efforts faits par les autorités pour promouvoir la solidarité. Il a promis d’autres dons dans l’avenir.
La ministre de la Famille et de la Solidarité, Passowendé Pélagie Kabré en recevant ce don a traduit sa reconnaissance au Mogho Naaba Baongo pour ce geste combien important pour son département.

D£m£ Sira se porte très bien

« Ce don vient renforcer les capacités du ministère en matière de prise en charge des personnes vulnérables, notamment les veuves, les orphelins, les personnes déplacées internes et toutes les personnes affectées par la crise sécuritaire dans notre pays », a-t-elle indiqué. Pour elle, l’exemple du Mogho Naaba va inspirer d’autres groupes qui viendront témoigner leur soutien et leur amour aux personnes en situation difficile à travers des gestes.

« Au-delà de la valeur du don, sa majesté en tant que leader coutumier vient de poser un acte fort parce qu’il incarne parfaitement les valeurs de solidarité endogènes », a déclaré la ministre chargée de la Solidarité. Elle a de ce fait invité les Burkinabè à poser des actes de solidarité envers ceux qui sont dans le besoin, mais aussi de contribuer à la mobilisation des ressources au profit du fonds national de solidarité devenu aujourd’hui un fonds d’action sociale et de solidarité.

A quelques jours de la fin de la campagne prévue pour le 31 janvier 2026, la ministre de la Famille et de la Solidarité a rassuré que D£m£ Sira se porte très bien. « D£m£ Sira est en train de remplir toutes ses promesses. Elle va continuer à donner des résultats en matière de mobilisation citoyenne et de ressources, en matière de sensibilité au message que la caravane a passé tout le long des rues, des villages », a-t-elle indiqué.
A l’occasion, un poème sur la solidarité écrit par le Mogho Naaba en 2009 a été lu. Dans ce poème, l’auteur invite les Burkinabè à s’unir pour bâtir un pays de paix.

Adama SEDGO
Patricia TAONSGO
(stagiaire)

Adaptation au changement climatique dans le domaine de la santé : les acteurs s’imprègnent des résultats de trois études

Le Centre de recherche en santé de Nouna (CRSN), en collaboration avec le Centre de recherche de l’université de Heidelberg et ses partenaires, organise un atelier de dissémination des résultats de trois projets de recherches en lien avec le changement climatique et la nutrition en Afrique Subsaharienne, les 20 et 21 janvier 2026, à Ouagadougou.

Dans l’optique de répondre aux questions de santé publique et de changement climatique, le Centre de recherches en santé de Nouna (CRSN), en collaboration avec le Centre de recherches de l’université de Heidelberg et ses partenaires de la France, de la Suisse et du Kenya, tient un atelier de dissémination de résultats sur le « changement climatique et la santé en Afrique subsaharienne », sur la « nutrition durable en Afrique subsaharienne » et sur « Changemaker », les 20 et 21 janvier 2026, à Ouagadougou. Selon le directeur du Centre de recherches en santé de Nouna (CRSN) de l’Institut national de santé publique (INSP), Dr Ali Sié, l’objectif de cet atelier est d’abord d’analyser, au niveau de la communauté, le niveau de vie des populations et leur adaptation au changement climatique.

La rencontre vise aussi, a-t-il poursuivi, à mettre en place des interventions d’adaptation en phase avec leurs conditions de vie. Enfin, l’atelier a pour but de faire la modélisation basée sur les données collectées, afin de prédire et prendre des décisions adéquates. « Le changement climatique influence beaucoup sur certaines pathologies, notamment le paludisme dans sa transmission », a-t-il souligné. M. Sié a ajouté que sur le plan nutritionnel, le changement climatique entraîne des effets divers, notamment des inondations alternant avec des sécheresses et des vagues de chaleur, influençant sur la productivité agricole et par conséquent la nutrition.

Le D G de l’INSP, Seydou Barro, a salué et remercié les participants et partenaires ayant contribué aux trois projets de recherches sur les enjeux de santé liés au climat, à la nutrition et aux maladies. « J’apprécie à sa juste valeur cette collaboration dans la conception et la mise en œuvre de ces trois projets de recherches car, c’est ensemble que nous trouverons les meilleures solutions pour nos populations », a-t-il révélé. M. Barro a souligné également le rôle stratégique de l’INSP dans la mission d’assurer la veille sanitaire, la recherche et l’expertise scientifique, ainsi que l’importance des collaborations internationales et du soutien des partenaires techniques et financiers.

Pour le chargé d’études, M. Sangoun Diolompo, représentant le Secrétaire général du ministère de la Santé, cet atelier vise à transformer ces résultats en actions et politiques publiques concrètes, adaptées au contexte national. La coordinatrice principale des trois projets, Pr. Ina Danquah, a relevé l’importance de l’atelier. « Nous voulons établir les liens de causalité entre les changements climatiques, les facteurs hydrologiques, agricoles et économiques et la malnutrition, le stress thermique au sein de la population rurale au Burkina Faso », a-t-elle expliqué.

 

Abdoulaye BALBONE
Ahmed Abdoul Aziz HEBIE
(Stagiaire)

Libye : l’impasse politique

Depuis le renversement du guide libyen Mouammar Kadhafi en août 2011 suite à une intervention militaire étrangère, la Libye n’est que l’ombre d’elle-même. Envié pour ses importantes réserves de pétrole, cet Etat d’Afrique du Nord est aujourd’hui divisé. Sa prospérité a été compromise par la guerre entre factions qui a plombé son économie et détruit ses infrastructures. La Libye sombre dans une impasse politique, alimentée par la présence de deux gouvernements rivaux.

A Tripoli, la capitale, règne le Gouvernement d’unité nationale (GUN) dirigé par Abdel Hamid Dbeibah et reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU). A Benghazi dans l’Est, l’autorité est incarnée par le Gouvernement de stabilité nationale (GSN) , conduit par Oussama Hammad et soutenu par l’Armée nationale libyenne du général Khalifa Haftar. De part et d’autre, les deux exécutifs disposent d’un parlement : le Haut conseil d’Etat pour GUN et la Chambre des représentants pour le GSN. Et ce n’est pas tout ! La partition du pays a également des implications économiques, avec la création de la Zone économique spéciale (ZES) de Misrata à l’Ouest et celle de Syrte à l’Est, censées stimuler le commerce et attirer les investissements.

Les intérêts géopolitiques ne sont pas en reste. Chaque camp a des soutiens étrangers, ce qui complique davantage la situation. Les Libyens ne regardent pas dans la même direction. Bien au contraire, ils se haïssent, au point que l’unité nationale est devenue un vain mot. Aucun des deux gouvernements ne veut reconnaitre la légitimité des décisions de l’autre, créant des blocages de nature à compromettre le développement du pays, qui peine à sortir du chaos. Il y a de quoi regretter la Libye d’antan, qui brillait de mille feux sous Kadhafi, dont l’attachement à sa patrie reste gravé dans les mémoires.

Sur le plan politique, l’espoir de voir tenir des élections s’éloigne de jour en jour, à la désolation de ceux qui rêvent d’une Libye réconciliée avec elle-même et de retour sur le chemin de la stabilité. Depuis le rendez-vous manqué des élections du 24 décembre 2021, les acteurs, dont les intérêts divergent, n’arrivent pas à s’accorder sur le sujet. Il n’y a pas de lueur d’espoir en la matière. Dans ce pays en difficulté, l’insécurité s’est généralisée, avec des affrontements sporadiques entre groupes armés, une menace terroriste quasi-permanente et une importante criminalité.

La situation économique n’est guère reluisante. En mois d’un an, le dinar, la monnaie locale, a été dévalué deux fois, alors que la Banque centrale libyenne (BCL) cherche désespérément des solutions pour stabiliser l’économie dans ce contexte d’incertitudes. C’est la conséquence directe de la mauvaise gestion induite par la rivalité entre les deux gouvernements. L’heure est grave pour la Libye, qui est loin de voir le bout du tunnel. La défiance entre les deux pouvoirs entrave sérieusement la marche du pays vers un développement harmonieux. Les Libyens ont intérêt à opérer un dépassement de soi, pour faire l’unité et assurer un meilleur avenir à leur chère patrie. Pour l’instant, le spectacle est désolant…

Kader Patrick KARANTAO

 

Me Edasso Rodrigue Bayala, ministre de la Justice : « La loi Faso Bu Kaooré vise à adapter notre système pénal classique à nos réalités socioculturelles »

L’Assemblée législative de Transition a adopté, à l’unanimité, le 14 janvier 2026, la loi portant « Faso Bu Kaooré », consacrant ainsi une avancée significative dans l’organisation judiciaire endogène au Burkina Faso. Dans cette interview qu’il nous a accordée, lundi 19 janvier 2026 à Ouagadougou, le ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue Bayala, revient sur le bienfondé de cette nouvelle loi.

Sidwaya(S) : En quoi consiste exactement la loi dite « Faso Bu Kaooré » ?

Edasso Rodrigue Bayala (E.R.B) : La loi « Faso Bu Kaooré », en réalité, porte sur l’organisation, la compétence, le fonctionnement, et la procédure applicable devant les instances traditionnelles de règlement des différends, en un mot, des tribunaux coutumiers, dont le camarade président du Faso a parlé plusieurs fois dans ses discours. Cette loi vise à mieux organiser, à donner de la valeur expresse et juridique aux décisions qui sont rendues à ces niveaux. Comme vous le savez, cette loi ne crée pas. Elle part de l’existant pour organiser, pour conférer un statut, accorder une valeur juridique aux décisions qui sont déjà rendues par ces instances traditionnelles.

S : Quelles sont les raisons qui ont prévalu à l’adoption de cette loi ?

E.R.B : Au niveau du ministère, nous avons fait deux études qui ont démontré que le contentieux social que nous avons dans notre pays est réglé à 95 % par le recours à ces mécanismes traditionnels. Cela va sans dire que c’est une infime partie du contentieux social qui atterrit au niveau devant les juridictions classiques. Ça, c’est le premier constat. Et les décisions qui sont rendues à travers ces mécanismes traditionnels et coutumiers malheureusement, ne sont pas reconnues devant la loi. Ce sont des décisions qui sont rendues, et quelquefois, le contentieux, après le rendu de cette décision à ces niveaux, se retrouve encore devant les juridictions classiques. Ainsi, un risque de conflit est permanent. Deuxième constat, comme vous le savez très bien, l’un des reproches qui est régulièrement fait à notre système judiciaire classique, c’est la méconnaissance, aussi bien des règles de fonds que des règles de procédures par nos concitoyens, parce que, tout simplement, nous les avons importées. De plus la justice a aussi une dimension psychologique, d’où le recours le plus régulièrement à ces instances traditionnelles qu’aux juridictions classiques. L’un dans l’autre, partant de ces constats, nous remarquons que ces mécanismes participent à la paix et à la cohésion sociale. Il était tout à fait logique que nous trouvions le mécanisme juridique pour permettre la reconnaissance des décisions qui sont rendues à ces niveaux. En un mot, l’adoption de cette vise à consolider déjà les acquis et faire en sorte que les décisions qui vont être également rendues à ces niveaux aient la même valeur juridique que les décisions qui sont rendues devant les juridictions classiques.

S : L’élaboration du texte a-t-elle été inclusive ?

E.R.B : Oui, bien entendu ! L’élaboration du texte a été très inclusive parce que nous avions d’abord fait une enquête qui nous a permis d’avoir une cartographie des différents mécanismes qui existent, région par région, localité par localité. Ensuite, il y a eu des travaux dans quatre régions différentes en tenant compte des disparités culturelles qui pourraient exister au niveau des différentes régions, où les différents acteurs traditionnels qui pratiquent déjà ces modes traditionnels de résolutions des différends dans les localités et les acteurs des juridictions classiques ont échangé et discuté pour voir si on doit instaurer à côté des juridictions classiques cette justice traditionnelle et comment cela doit marcher, quelle complémentarité doit exister entre les deux mécanismes pour éviter le risque de conflit. A l’issue de ces quatre séances de travail, il y a eu une synthèse de l’ensemble des préoccupations des différents acteurs par une équipe technique qui a dégagé les principes directeurs qui ont permis maintenant l’élaboration même du texte. Et quand le texte a été aussi élaboré, les différents acteurs sont revenus pour examiner l’ensemble des dispositions qui ont été adoptées. Lorsque le texte a été transmis, après le Conseil des ministres, au niveau de la Commission des Affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) de l’Assemblée législative de Transition, l’ensemble des acteurs impliqués dans la mise en œuvre de cette loi ont encore été entendus. Ils ont soulevé des préoccupations auxquelles des réponses ont été données. Ce qui a permis d’améliorer le projet de loi qui a été finalement adopté le 14 janvier.

S : Qu’est-ce que cette loi apporte à la justice burkinabè en termes d’accès à la justice ?

E.R.B : La première chose, il faut retenir que l’adoption de cette loi va rapprocher davantage la justice des citoyens. Ces instances traditionnelles vont être instituées au niveau des secteurs et des villages. Aujourd’hui, le rayon moyen d’accès à un Tribunal de grande instance, qui est le tribunal le plus déconcentré, est d’environ 58 kilomètres. Déjà, si nous devons avoir des instances juridictionnelles au niveau de nos secteurs et villages, il va de soi que les citoyens vont parcourir moins de distance pour avoir accès à un tribunal.
Deuxième constat, c’est qu’au niveau des juridictions classiques, nous allons assister à un désengorgement de ces juridictions. Pourquoi je dis cela ? Parce qu’avant cette loi sur les instances traditionnelles de règlement des différends, c’est régulier que ces instances donnent une issue à une affaire et que cette affaire se retrouve une fois de plus devant les juridictions classiques. Donc comme les décisions qui vont être rendues par ces instances traditionnelles vont avoir la même valeur juridique que les jugements qui sont prononcés par nos juridictions classiques, du coup, le contentieux ne va plus se répéter à ce niveau.
En troisième lieu, il faut noter que dans notre pays, nous avons ces types particuliers de contentieux auxquels, quelquefois, nos juridictions classiques, pas qu’elles soient incapables, mais n’arrivent pas véritablement à donner une issue de sorte à maintenir et à conserver la paix et la cohésion sociale. Les juridictions classiques ont leurs règles de fonctionnement et de procédure qu’elles appliquent. Donc, forcément, devant ces juridictions, les aspects de cohésion sociale, les liens qui existent entre les parties n’intéressent pas beaucoup ces juridictions classiques. Et le juge même est défendu de chercher à savoir si l’affaire qui est devant lui, c’est entre l’oncle et le neveu, ou entre la tante et la nièce, ou encore entre des personnes qui ont un lien très solide qu’il va falloir préserver même après la solution. La loi même interdit aux juridictions classiques de chercher à savoir, au-delà du dossier, l’environnement. Alors que pour ces tribunaux coutumiers, comme vous le voyez au niveau de la loi, l’environnement du dossier va compter beaucoup. Ils doivent chercher au maximum à concilier les parties. C’est pour cela que la maxime dit qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. En effet, la justice et la loi ne coïncident pas toujours. La règle de droit aurait voulu qu’on aille dans un sens et l’équité aurait voulu qu’on aille dans un autre sens. Mais si la règle de droit dit que c’est dans ce sens qu’on doit trancher, c’est l’état de nos juridictions classiques.
La plus-value, c’est que ces juridictions traditionnelles vont véritablement faire recours à nos ressorts ancestraux qui sont fondés sur la conciliation, la médiation, l’arbre à palabre. Ces juridictions traditionnelles, enfin, vont appliquer des règles qui sont issues de nos sociétés, cultures, qui sont plus connues par nos concitoyens que les règles classiques et modernes.

Vous savez, on a mis le principe que nul n’est censé ignorer la loi pour faire ce garde-fou et pour que nous ne venions pas devant les juridictions pour dire que nous ne savions pas que c’était ainsi. Mais c’est la réalité. Il va être difficile, même pour nous, praticiens, de pouvoir maîtriser toutes les règles classiques et modernes. Mais comme ces juridictions traditionnelles vont appliquer nos us et coutumes, nous supposons que pour un individu qui est né dans une société, qui a grandi dans une société, les us et coutumes sont supposés être connus parce qu’il a été bercé et éduqué dans ces valeurs. Cela va faciliter la solution à nos problèmes sociaux, tout en préservant surtout la cohésion sociale.
Et comme l’a toujours rappelé le camarade président du Faso, nous sommes dans une dynamique de retour à nos sources parce que nous sommes allés très loin. Et nous avons vu le résultat que cela a produit. Et il était grand temps, bien entendu, conformément à cette vision-là, que tous les secteurs, y compris le secteur de la justice, puissent faire recours à ces ressorts endogènes pour donner un nouveau départ à notre justice.

S : Quels rapports peut-il y avoir entre « Faso Bu Kaooré » et la justice classique ?

E.R.B : Il faut déjà retenir que ça va être des rapports de complémentarité. Il faut rappeler que les instances traditionnelles de règlement des différends peuvent prendre des dénominations différentes suivant les localités conformément aux us et coutumes des lieux concernés. Dans un premier instant, je vous ai expliqué que lorsqu’une des juridictions classiques est saisie d’un différend, d’un conflit, par exemple d’une affaire, elle se rend compte que le règlement de cette affaire peut avoir une incidence sur la paix et la cohésion sociale. Par exemple, la loi prévoit la possibilité que la juridiction qui est saisie décide d’office ou à la demande de l’une des parties de renvoyer cette affaire devant les instances traditionnelles de règlement. Et à ce moment, il sursoit à statuer, il attend. Si au niveau de ces instances coutumières, il y a une solution qui est trouvée au litige, le juge de la juridiction classique constate que le litige est terminé.

Deuxièmement, lorsque les instances traditionnelles sont saisies d’une affaire, par exemple en matière pénale, histoire de vol, coups et blessures, ils doivent informer le procureur pour dire que nous sommes saisis d’une affaire, mais nous constatons que cette affaire est une affaire pénale. Le procureur du Faso constate que les parties ont donné leur accord pour le règlement de l’affaire devant cette instance, puisque la saisine de « Faso Bu Kaooré », il faut le rappeler est une saisine facultative. C’est-à-dire qu’il faut que les deux parties soient d’accord, que les différends soient tranchés devant cette juridiction pour qu’elle soit valablement saisie.

Donc, si une des parties dit qu’elle n’est pas d’accord, pour aller devant les instances traditionnelles, elles n’ont pas de pouvoir pour trancher. Lorsque les parties vont saisir l’instance traditionnelle, elle informe le procureur du Faso pour dire que nous sommes saisis d’une affaire de telle ou telle nature. S’il est question de mort d’homme ou de vol, si les parties ont déjà donné leur accord pour être jugé devant l’instance traditionnelle, le Procureur se rassure que les instances traditionnelles peuvent véritablement régler ce problème. Car si c’est une question de crime grave et qui met en danger la paix et la cohésion sociale, cela va être très difficile que le problème puisse être réglé. Si ce n’est pas le cas, elles peuvent le faire avec l’accord des parties. Voilà encore comment il y a un rapport de complémentarité et une courroie de transmission entre les deux systèmes.

Le troisième niveau c’est que le procureur général peut constater qu’une décision rendue par les instances traditionnelles met en danger la cohésion et la paix sociale. En ce moment, le procureur général qui est alerté peut déférer cette décision devant une des juridictions classiques, qui peut l’annuler, si la critique qui est faite sur cette décision est fondée. En principe, le juge classique ne tranche pas le fond. Mais les parties, si elles le souhaitent, peuvent repartir devant un autre « Faso Bu Kaooré » pour, effectivement, saisir de nouveau pour que la procédure puisse être bien respectée et que tout soit mis en œuvre pour que la décision soit solide.

S : Quelles sont les compétences (matérielle et territoriale) de ces tribunaux endogènes ?

E.R.B : Lors des discussions, la démarche vers l’adoption de la loi, il était question de soustraire la question pénale, c’est-à-dire les questions des crimes, de vol … Mais pendant les discussions, les chefs traditionnels et les coutumiers nous ont pris des exemples. Des affaires, où il y a eu mort d’hommes, mais ils sont parvenus avec les ressorts endogènes et tous les mécanismes qu’il y a, à concilier les parties et les familles, à ramener la paix sociale même dans la localité. Ainsi, ceux qui avaient un peu peur disaient que le côté pénal doit relever exclusivement de l’Etat. Les chefs nous ont dit clairement qu’ils règlent des affaires plus compliquées qu’on ne le croirait. Donc, sauf les affaires qui impliquent l’Etat et ses démembrements, toutes les autres affaires peuvent être traitées devant les instances traditionnelles de règlement. Pourvu que les parties soient d’accord que leurs affaires soient tranchées devant ces instances.

S : Quelle est la composition des instances de « Faso Bu Kaooré » et comment se fera la désignation de ses membres ?

E.R.B : C’est très simple. Comme je l’ai expliqué en tout début d’entretien, on n’a pas créé quelque chose. On est parti de ce qui existe. Je vous ai dit que ces instances existent dans nos sociétés, règlent les problèmes dans nos communautés. A partir de l’existant, on a voulu organiser, mais on n’a pas trop voulu empiéter ce qui existait. De sorte que la composition des instances traditionnelles, il est vrai, que la loi a prévu, en principe, le président, c’est le chef coutumier ou traditionnel, parce qu’il y a des localités où vous n’avez pas le chef traditionnel, mais un chef coutumier.

Donc, c’est le chef coutumier ou traditionnel du village ou du secteur, plus deux membres qui sont des personnes ressources choisies en fonction de leurs connaissances approfondies des us et coutumes de la localité et qui ont une certaine notoriété et probité. Je crois qu’il y a un texte réglementaire qui a prévu comment cette désignation va se faire. Mais la loi prévoit une exception dans les zones où ces instances ont déjà une composition autre. Parce que vous pouvez arriver dans des zones où il y a cette instance mais elle a une composition suivant les us et coutumes de la localité avec des représentants des clans et des familles. La loi admet que cette composition soit acceptée. Et si elle rend une décision, il y a une voie de recours qui est aménagée. Si une partie n’est pas d’accord avec la décision qui est rendue au niveau secteur, village, il est prévu une voie de recours immédiatement devant l’instance supérieure. Comme vous le savez, nous avons des organisations dans certaines communautés où le chef du village forcément dépend hiérarchiquement d’un autre chef. Dans ces cas, le recours est fait immédiatement devant le chef coutumier ou traditionnel immédiatement supérieur.

Dans les zones où cela n’existe pas, on a prévu de créer une instance de recours où, bien entendu, ce sont les chefs traditionnels coutumiers qui vont choisir, mais cette fois-ci, accompagnés d’un juge de paix, c’est-à-dire qu’il y a une personne qui a une notion élémentaire de droit pour juste les accompagner en tant qu’instance de recours. Ça, c’est dans les localités où on n’a pas cette organisation hiérarchique entre les chefs traditionnels.

S : Les décisions rendues par les tribunaux endogènes sont-elles susceptibles de recours devant les tribunaux classiques ?

E.R.B : A part les deux, ou bien l’une des exceptions que j’ai citées, où le procureur général peut déférer une décision rendue par les instances locales de règlement des différends devant une des juridictions classiques, il n’est pas permis que lorsque vous saisissez ces instances, de déférer leurs décisions devant une juridiction classique. Ce qui est permis, c’est que vous avez une voie de recours. Nous l’avons prévue parce que ça existe. Cela existe dans nos localités. Il n’est pas rare de voir un chef du quartier ou du village qui a tranché une affaire et les parties l’amènent devant le chef immédiatement supérieur pour dire : bon, on a pris cette décision, mais vraiment, nous pensons qu’on aurait pu faire autre chose. Mais dans l’esprit de cette loi, c’est que nous n’arrivons pas à ce niveau. C’est pourquoi on a mis le principe, c’est de faire en sorte que ces instances traditionnelles travaillent à parvenir en premier lieu à une conciliation entre les parties.

Alors que s’il y a conciliation, il n’y aura pas de voie de recours puisque les parties acceptent la décision qui a été rendue. C’est pourquoi on a fait que le principe général, c’est de faire en sorte de concilier les parties. Et nous pensons, quand on regarde le fonctionnement, que dans la pratique, des voies de recours sont exercées. Parce que l’un dans l’autre nos communautés et nos populations mettent le vivre-ensemble au-dessus de tout. Ils mettent la cohésion sociale, la paix et les relations qui existent entre les parties au-delà de tout. C’est parce que nous sommes allés à un autre modèle économique des sociétés qui tire beaucoup de conséquences de son individualisme et de la liberté que nous connaissons à l’occidental que nous avons quelquefois des difficultés à trouver des solutions à nos problèmes. Parce qu’il y a des solutions que l’on accepte, qui préjudicient à ses propres intérêts, mais qui préservent l’intérêt de la communauté. Alors que le modèle de société qui conduit au modèle de société et de justice classique que nous avons aujourd’hui, c’est la personne qui est mise en avant, ce sont les intérêts de la personne qui sont mis en avant. Et si elle n’est pas d’accord, elle exerce des voies de recours. Alors qu’ici, nous voulons que les intérêts de la société soient mis en avant et l’individu à l’intérieur de la société puisse aussi comprendre qu’à un moment donné, il faut faire du plus et du moins pour trouver le juste milieu et continuer la vie en paix.

S : Comment se fait la saisine de « Faso Bu Kaooré » ? Ou bien cette instance pourra s’auto-saisir ?

E.R.B : Tout à fait. La saisine, elle est d’abord facultative, comme je le dis. Il faut que les deux parties qui veulent saisir l’instance soient d’accord. Deuxièmement, l’instance compétente, c’est là où les parties ont leurs domiciles. Mais exceptionnellement, les parties peuvent décider d’aller saisir une autre instance qui n’est pas celle de leurs lieux de domicile. Parce que, comme on l’avait dit, ça a une dimension psychologique. Si nous pensons que le chef de Garango est plus prompt à régler nos affaires, nous pouvons quitter Ouagadougou et amener notre affaire devant le chef de Garango. Ça, ce n’est pas interdit. Le principe, c’est l’instance du domicile, mais exceptionnellement, on peut aller devant toute autre instance pour trancher. La saisine est facultative, gratuite. Elle peut être orale ou écrite. Voilà, ça aussi, ça tient compte de nos réalités. Il ne faut pas faire du formalisme qui n’est pas approprié, qui n’est pas adapté au mode même de fonctionnement de ces instances qui existent déjà.

S : La loi a-t-elle prévu des dispositions pour prévenir les abus, les décisions arbitraires ?

E.R.B : Oui. La loi est très claire là-dessus. C’est vrai, nous l’avons fait par principe. Je le disais la dernière fois à l’ALT, qu’on a mis ces dispositions dans la loi par principe. C’est juste un rappel. Mais si vous le constatez, ces instances fonctionnent. Elles règlent 95 % de notre contentieux. Est-ce que vous avez déjà entendu des récriminations comme quoi telle instance a eu à faire recours à tel traitement inhumain ? Je ne crois pas. On n’a pas encore entendu. Mais on a quand même rappelé ces principes. Pour dire les traitements inhumains, dégradants, l’atteinte à l’intégrité physique, sont interdits devant ces instances. Et on a rappelé également qu’elles ne peuvent pas prononcer des peines d’emprisonnement. Parce que comme vous le savez, dans nos villages, il n’y a pas de prison. Et ça aussi, c’est la réalité.

C’est conforme à la réalité. Elles ne peuvent pas prononcer non plus des amendes. Parce que si elles doivent faire tout cela, vous allez voir qu’elles vont quitter les us et coutumes pour venir appliquer le droit moderne. Parce que pour appliquer le droit moderne, il fallait

Selon le ministre, cette loi permettra de consolider le vivre-ensemble.

prendre le texte sur les contraventions pour appliquer. Pour prononcer une peine, il va falloir recourir au Code pénal. Alors que l’objectif ici, c’est de faire en sorte que ces instances restent effectivement très collées et très centrées sur les us et coutumes. C’est pourquoi, on n’a pas mis des peines d’emprisonnement, des peines d’amende. On a également interdit les traitements inhumains et dégradants. Mais attention, on peut faire recours à un mécanisme traditionnel de règlement.

Je prends un exemple. On fait appel à un forgeron pour concilier les parties, par exemple. Le différend atteint un certain niveau où, dans nos sociétés, on estime que pour le taire, définitivement, et que les parties sachent que le pardon est donné et accepté, le forgeron dit : pour que je fasse le rite, il faut m’envoyer de la cola ou un poulet. Ça, ce ne sont pas des amendes. Ça, ce n’est pas interdit. Ce sont des mécanismes. Parce qu’il y a plein de mécanismes que nous avons répertoriés. Vous avez des zones, où il y a le Wemba (ndlr, médiateur en langue mooré). Vous avez des zones où c’est le neveu. Vous avez des zones où c’est la pratique de l’eau. Vous avez des zones, c’est la pratique de la terre. Il y a déjà un registre qui a été fait.

S : Au Rwanda, les Gacacas post-génocide ont réussi cette justice endogène. Ce serait le cas dans le pays, cette justice endogène encadrée par la justice classique.

E.R. B : Depuis que le chef de l’Etat a parlé de la mise en place des tribunaux coutumiers, que l’instruction nous a été donnée par le Chef du Gouvernement de travailler à faire sortir ce texte pour les encadrer, j’ai eu une grande foi que ça va bien marcher. La dimension psychologique de la justice compte beaucoup. Quand vous allez devant les juridictions classiques perdre ou gagner ne compte pas souvent beaucoup. C’est la dimension psychologique de savoir que la décision qui a été rendue, c’est vraiment la justice. Et quand vous regardez le mécanisme qui est mis en place pour le fonctionnement de ces instances locales, vous voyez que l’accent est mis sur la dimension psychologique. Déjà, nos populations croient à ces notabilités qui vont siéger pour rendre la justice.

Elles croient que si elles ont décidé dans tel sens, c’est que c’est dans ce sens qu’il aurait fallu décider et pas un autre. Elles sont convaincues dans les subconscients que c’est ça qui est la vérité. Donc déjà, cette dimension résout pratiquement à 80% le problème de l’acceptation même de la justice. Et cette dimension nous donne espoir que si tout est mis en œuvre, nous devons pouvoir avoir quelque chose de crédible et qui va véritablement révolutionner notre secteur de la justice. Le cas du Rwanda, c’est un exemple. Il y a eu d’autres pays où on a mis pratiquement des tribunaux en place qui ne prononcent pas de peine, où chacun vient confesser, dire ce qu’il a fait, ce qu’il n’a pas fait, et il demande pardon. On a vu aussi dans certains pays.

Cela a bien fonctionné. Parce que quelquefois, ce que les gens demandent, comme je dis, c’est la dimension psychologique, la sincérité. Les gens veulent savoir que ce qui est dit, c’est effectivement ce qui devrait être dit et qu’il n’y a rien qui a influencé la décision qui a été rendue. Donc nous avons foi que, en tout cas, ça doit pouvoir fonctionner. Surtout que ça fonctionne déjà, il s’agit de consacrer les décisions. Parce qu’avant, ces décisions vont se retrouver encore devant la justice classique et après, c’est un choc permanent, et sur le terrain, ce sont des conflits a n’en pas finir. Nous pensons pouvoir apporter quelque chose de solide au secteur.

S : Alors comment on résout un problème lié par exemple à un meurtre entre deux communautés distinctes aux us et coutumes distincts dans une localité donnée ?

E.R.B : Justement, quand on parle des us et coutumes de la localité, et ajouter au fait que les personnes qui doivent saisir l’instance traditionnelle, qu’il y ait un accord entre les deux. C’est pourquoi, la saisine est facultative. Donc, si vous acceptez d’aller devant une instance traditionnelle de règlement des différends d’une localité, cela veut dire que soit vous êtes né là-bas et vous connaissez les us et coutumes qu’on va appliquer à l’affaire, ou même si vous êtes venu après dans la localité, vous maîtrisez ce qui va vous être appliqué devant cette juridiction. Autrement dit, si c’était obligatoire, on peut avoir des situations où on amène quelqu’un où il conteste même les us et coutumes qu’on va lui appliquer. Par exemple, à Garango, voler un sac d’arachide, ce n’est pas un délit. Mais à Réo, c’est un délit. Imagine maintenant, il se retrouve à Réo et vole un sac d’arachide. On dit qu’on va l’envoyer devant l’instance traditionnelle. Il dit non, chez nous, ce n’est pas un délit, ce n’est rien. Est-ce que vous me comprenez ? Donc, il y a ce choc-là qui a été perçu, de sorte que les deux personnes doivent pouvoir aller devant l’instance qu’ils souhaitent. Si, par exemple, dans la localité, ils pensent que cette instance, les us et coutumes qu’ils vont appliquer, n’est pas la leur, on a prévu aussi la possibilité qu’ils saisissent une autre instance, qu’ils pensent quand même connaître les us et coutumes qu’ils vont appliquer à leur affaire. Donc voilà comment on a essayé de juguler cela pour ne pas se retrouver devant une situation où, véritablement, il y a un problème. On pense pouvoir régler cela ainsi.

S : Les juges coutumiers n’ont pas autorité à donner des peines privatives de liberté et également à infliger des sanctions. Quel résultat, au final, on pourrait avoir entre une affaire résolue à la coutumière et une affaire qu’on connaît déjà classique, parce qu’il y a des peines de privation de liberté. Quelqu’un qui est coupable, à quoi est-ce qu’on doit s’attendre ?

E.R.B : Le nouveau Code de procédure pénale a inclus la médiation. Même quand il y a meurtre ou vol, ce sont les trois mécanismes innovants qui ont été insérés dans le Code de procédure pénale adopté en juillet 2025. Cela veut dire qu’aujourd’hui, dès que la police ou la gendarmerie rend compte au procureur qu’il y a une affaire de vol à son niveau, la partie civile, c’est-à-dire la victime, est là, le voleur également, et qu’il s’engage à restituer soit les objets volés ou la contre-valeur, elle rend compte au procureur qui demande la médiation. L’affaire est terminée. C’est ce qui est dans le Code pénal aujourd’hui. Si vous dépassez ce niveau et que vous arrivez chez le procureur, il dit que vous avez volé ou vous avez escroqué quelqu’un, ce que je demande, est-ce que vous pouvez désintéresser la victime. Il dit qu’il n’y a pas de problème si vous pouvez désintéresser la victime, au lieu qu’on vous envoie en prison, il propose 30 jours de travail d’intérêt général par exemple au centre pénitentiaire agricole de Baporo, et le dossier est terminé.

Il n’y a pas de jugement. Nous avons voulu adapter notre système pénal classique à nos réalités socioculturelles. Dans le cas de ces Bu Kaooré, qu’est-ce qui va se passer ? C’est un peu comme le niveau où ils vont se trouver. C’est comme si l’affaire se retrouvait devant la police ou la gendarmerie. C’est pour cela qu’on a prévu qu’il faut qu’ils rendent compte au procureur et c’est lui qui apprécie, tel que l’exemple que vous avez pris. S’il y a eu un meurtre dans une localité, un crime odieux, et qu’on pense que cet individu est tellement dangereux, que si on le laisse dehors, il va réitérer l’infraction, ou si on le laisse dehors, l’esprit de vengeance qui anime les victimes, on pourrait même attenter à sa vie.

Ce sont un ensemble de critères que le procureur va regarder, la nature de l’affaire, le trouble social que ça crée, et la capacité de l’instance locale à régler le problème. On n’a pas voulu leur retirer totalement cette compétence. Parce que la réalité, c’est que ces instances locales règlent des affaires beaucoup plus complexes, et même des affaires de crime. Surtout quand ils ont un aspect un peu communautaire, ces instances sont plus efficaces que notre justice classique. Parce qu’elles s’appuient sur des ressorts qui ne sont pas forcément les mêmes ressorts que la justice classique. Je vous prends un exemple très simple. Il y a eu, je crois que c’est vers Bobo-Dioulasso des altercations, et décès. Mais, les communautés se sont réconciliées.

Elles ont fait tout ce qu’il fallait pour la réconciliation. Mais comme il y avait déjà eu des morts, la police judiciaire avait fait le constat, et le dossier était parti au palais à Bobo-Dioulasso. Quelques temps après, le juge appelle l’une des parties pour dire qu’on a besoin de vous pour vous entendre. Les communautés s’y retrouvent pour dire qu’elles ne comprennent pas : ‘’nous, nous avons réglé notre affaire. On s’est pardonné et le juge est en train de réveiller ce qu’on a enterré, il y a peut-être 6 mois ou 1 an’’. Les chefs traditionnels nous ont pris ces exemples pour nous dire que là où nous pensons qu’ils n’ont pas de compétences, que c’est grave, qu’on ne doit pas leur confier, ils ont même déjà réglé des affaires pareilles et permis aux communautés de vivre ensemble.

C’est pour cela qu’on a dit, s’ils rendent compte au procureur et qu’il estime que les partis sont d’accord pour aller là-bas et qu’il voit que même s’ils arrivent à concilier les parties, il n’y a pas de risque de réitération de l’infraction, il les laisse continuer. Sinon, il dit, cette affaire, nous pensons qu’il faut la déférer à notre niveau parce que l’intéressé qui est impliqué, on doit le garder en lieu sûr pour qu’il ne répète pas les mêmes faits. Et aussi, le procureur va recourir à ses instances locales quand une affaire va se retrouver à la police judiciaire, où on a besoin de médiateurs ou de conciliateurs, on va recourir à ces personnes aux ressources pour qu’ils puissent faciliter aussi la médiation à ces niveaux. Voilà comment ça va marcher.

S : Ne risquons-nous pas de voir un délaissement de la justice classique au profit de la justice locale ?

E.R.B : Non, puisqu’aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose qu’on crée, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Si c’était quelque chose de nouveau, on allait avoir le risque qu’à un moment donné, il y ait un délaissement. Non, c’est quelque chose qui existe, mais qui intervient à des niveaux donnés. Par exemple, 95% du contentieux qu’ils règlent, c’est un contentieux qui généralement ne vient pas à la justice, sauf quelques cas rares qui ne viennent plus à la justice classique. Donc, ce sont des choses qui existent déjà dans notre réalité. Il n’y a vraiment pas de risque.

Ce qui se retrouve vraiment devant la justice classique aujourd’hui, même quand vous faites le point, à part le volet pénal, que tout le monde connaît, si c’est le contentieux social, c’est beaucoup plus le contentieux des affaires, les droits des sociétés, le recouvrement des créances, voilà. C’est un peu cela, auxquelles affaires viennent se greffer les affaires matrimoniales, à savoir les affaires de divorce, garde d’enfants, pension alimentaire, et bien entendu, le côté administratif. Donc, quand vous voyez le fonctionnement de la justice classique, il n’y a pas de risques que les affaires qui se retrouvent à la justice, se retrouvent du moins finalement devant les instances locales. Par contre, nous sommes conscients que cela va diminuer le travail des juridictions classiques. Cela au moins, c’est certain.

S : Dans le cas de la mise en œuvre de cette loi, vous avez certainement un appel à l’endroit de ces chefs coutumiers.

E.R.B : Vous avez constaté que la loi a été adoptée le même jour que la loi portant statut de la chefferie coutumière. Ce n’est pas pour rien. Et depuis que je suis en train d’exposer ici, je fais référence régulièrement à des termes comme chef traditionnel, chef coutumier, les us, les coutumes, ceux qui sont les dépositaires. Aujourd’hui, le travail qui est fait déjà sur le terrain par ces notabilités est à saluer. Donc en premier lieu, c’est de saluer les chefs coutumiers et traditionnels pour l’effort, le travail qui est fait sur le terrain pour nous permettre de renforcer la cohésion et la paix sociale.

Je les salue et les remercie. Je leur demande de s’approprier véritablement cet outil qu’est la loi portant Faso Bu Kaooré. Sa vulgarisation incombe à l’Etat, à notre département. Nous allons mettre tous les moyens à notre disposition pour pouvoir toucher les acteurs eux-mêmes. Je salue également leur engagement parce qu’ils ont participé à l’élaboration de cette loi. C’est le fruit de la concertation. Nous sommes certains aussi que pour une première phase, ce n’est pas certain qu’on ait vu tous les angles.

Mais, c’est un minimum déjà qui nous permet de commencer. Qu’ils acceptent que nous commencions ensemble et qu’au fur et à mesure, avec leur concours bien entendu, eux présidents déjà de ces instances, nous pourrions améliorer, lever les obstacles qu’on n’a pas vus parce que la pratique est toujours différente de la théorie, même si nous avons eu le concours de ces notabilités dans le cadre de l’élaboration de la loi. C’est de la mettre en pratique et voir justement où se trouve le goulot d’étranglement, où on peut encore mieux faire, où on peut encore parfaire. C’est de demander vraiment leurs contributions parce que c’est un travail qui est fait déjà à leur niveau.

Interview réalisée par Evariste YODA

 

 

Espace AES : 65e anniversaire de l’Armée malienne

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Sous le signe du renforcement des opérations de lutte contre les terroristes
A l’occasion de la commémoration du 65e anniversaire de la création de l’Armée malienne, le Président de la Transition, chef suprême des armées, le général d´armée Assimi Goïta a présidé, hier mardi 20 janvier à Bamako, sur la place d’armes du génie militaire, la prise d’arme.

C’est aux environs de 10 heures 12 minutes que le chef de l’Etat est arrivé sur les lieux à bord du véhicule de commandement. A sa descente, le général Goïta a procédé au dépôt d´une gerbe de fleurs sur la stèle du mémorial militaire. Le chef suprême des armées a ensuite fait le salut au drapeau sous l’hymne national avant de passer en revue des troupes. Dans la foulée, le chef d’Etat-major général des Armées, le général de division Oumar Diarra a, au nom du Président Goïta, remis des décorations militaires à une quinzaine d’éléments des forces armées et de sécurité.

Cette séquence a été suivie par la remise d’un chèque géant d’une valeur de 17,213 milliards F CFA par le chef de l´Etat au ministre de la Défense et des Anciens combattants au profit des ayants droits des militaires tombés au champ d’honneur. Ensuite, les défilés militaire et motorisé se sont effectués, sans oublier la parade des avions de chasse dans les airs.

Au terme de l’événement, le président de la Transition a accordé une interview à la presse au cours de laquelle il a indiqué que la commémoration du 20 janvier est un moment de communion entre le peuple et son armée. Le général d’armée Assimi Goïta a eu une pensée pieuse pour les militaires tombés au front et souhaité prompt rétablissement aux blessés. Il a ensuite salué la résilience du peuple malien ayant permis d’engager des réformes pour une armée aguerrie et professionnelle.

Mais aussi de récupérer les 2/3 du territoire et de favoriser le retour de l’administration. Le chef de l’Etat a félicité les Forces armées maliennes (FAMa) pour les résultats obtenus sur le terrain, notamment la destruction de plusieurs sanctuaires des terroristes et la neutralisation de nombre d’entre eux. Le président de la Transition a assuré que les opérations de lutte contre les forces du mal seront renforcées cette année. Il a également promis le redéploiement des forces armées sur l’ensemble du territoire avec la construction de nouveaux camps.

Le chef suprême des armées a indiqué que les efforts dans la réconciliation vont continuer, ajoutant que le processus reste ouvert à tous ceux qui veulent déposer les armes. A défaut, a-t-il promis, « vous serez combattus ». Le Président Goïta a invité l´Armée à être vigilante et mobilisée face aux menaces terroristes et aux sponsors étatiques. « Cette guerre sera menée jusqu’à la victoire totale », a-t-il promis.

L’Essor/Mali

Assemblée législative de Transition : la révision de la Constitution actée

Les députés de l’Assemblée législative de Transition ont adopté, à la majorité des voix, mardi 20 janvier 2026, à Ouagadougou, le projet de loi fondamentale révisant la Constitution actuelle.

L’Assemblée législative de transition (ALT), en sa séance plénière du mardi 20 janvier 2026, a acté pour une nouvelle révision de la Constitution afin de « rendre la loi fondamentale plus conforme à la réalité du Burkina ». A l’entame de la séance, le Président de l’ALT, Ousmane Bougouma, a rappelé les articles constitutionnels qui encadrent le processus de révision constitutionnelle. Il a indiqué que si le vote se fait au bulletin secret et la majorité des 3/4 des députés favorables, soit 54 députés, la révision de la loi fondamentale peut s’opérer sans passer par un référendum.

Pour l’examen du dossier, la Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH), affectataire du dossier, a fait son exposé pour permettre à la plénière de comprendre le fond et la forme du projet de loi. Le débat général qui s’en est suivi a mis les députés d’accord sur l’adoption du projet. Sur les 71 votants de la plénière, 69 ont voté favorables à la révision constitutionnelle, un député a voté contre et un autre s’est abstenu. Selon le rapport présenté par le député, Marc Bertin Gansonré, au nom de la CAGIDH , la révision constitutionnelle concerne dans un premier temps les articles 101,143, et 144 de la Constitution, afin de permettre l’élargissement du domaine de la loi à l’organisation du territoire en circonscriptions administratives et en collectivités.

Aussi, cette révision va favoriser la création d’un organe étatique en charge de la régulation de la communication et de la protection des données à caractère personnel (c’est à dire la fusion de la CIL et du CSC). Dans la même dynamique, la nouvelle constitution va permettre l’institution d’un nouvel organe en remplacement de l’Autorité supérieure du contrôle d’Etat et la lutte contre la corruption (ASCE-LC). La dénomination, les attributions, l’organisation, la composition et le fonctionnement de cette nouvelle organisation seront précisés par une loi organique.

Au terme du vote, le président de l’ALT a félicité les députés pour le travail abattu dans les commissions et a encouragé le gouvernement pour sa vision de bâtir une Constitution plus forte et tourner vers les réalités du peuple. Le ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue Bayala, qui a représenté le gouvernement à l’ALT, a fait savoir que les lois sont dynamiques, ce qui fait que les modifications et les ajustements sont nécessaires à tout moment. Selon lui, conformément à la vision révolutionnaire du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, il importe de fixer des bases juridiques et règlementaires solides. Abondant dans le même sens que certains députés, le ministre Bayala a approuvé qu’à l’avenir, il faille que le pays adopte une nouvelle loi fondamentale en phase avec les aspirations du peuple pour mettre fin aux toilettages.

Wanlé Gérard COULIBALY

Académie de police : 106 élèves reçoivent leurs attributions

Le directeur général de la Police nationale, l’inspecteur général de police, Thierry Dofizouho Tuina, a présidé la cérémonie de présentation au drapeau et de port d’attributs des élèves commissaires et officiers de police de la 11e promotion de l’Académie de police, mardi 20 janvier 2026, à Ouagadougou.

Le 18 octobre 2025, l’Académie de police a reçu la 11e promotion des élèves commissaires et officiers issus des concours directs et professionnels de recrutement, session de 2025. Après 94 jours d’intenses et rudes moments de Formation militaire de base (FMB), les 106 stagiaires de la 11e promotion ont été présentés au drapeau, actant leur appartenance totale à l’Académie de police. C’était au cours d’une cérémonie présidée par le directeur général de la Police nationale, l’inspecteur général de police Thierry Dofizouho Tuina, mardi 20 janvier 2026, dans l’enceinte de l’école.

Le chef de division de service, le commissaire divisionnaire de police Emile Kadiogo, a expliqué aux stagiaires présentés au drapeau, le sens du drapeau dans son intégralité. « Le drapeau est le patrimoine de sueur, de sang légué par les ancêtres », a-t-il détaillé. Il a ajouté que le drapeau, étant le symbole de l’autorité et du commandement, leur permet de prendre part aux prises d’arme.

Désormais, place à l’aguerrissement intellectuel

« Au regard des résultats présentés, je vous autorise à porter les attributions des élèves officiers de police », a-t-il indiqué. Le DG de la Police nationale a expliqué que la présentation au drapeau, consacrant la fin de formation militaire de base et d’aguerrissement des élèves commissaires et officiers de la 11e promotion est un moment solennel. « Le drapeau est l’unité nationale et cristallise toutes les valeurs que l’on demande aux Burkinabè », a-t-il insisté. M. Tuina a expliqué aux élèves officiers de police qu’ils devront faire face maintenant à la phase de l’aguerrissement intellectuel. Il leur a conseillé d’être assidus aux cours, dans la discipline et la rigueur.

Gbetcheni Constantin Bertrand KAMBIRE
Collaborateur

Bourse régionale des valeurs mobilières : 4 204 milliards F CFA mobilisés au profit des économies de l’UEMOA en 2025

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a présenté le bilan de ses activités en 2025, au cours d’une conférence de presse en ligne animée par son directeur général, Dr Edoh Kossi Amenounvé, le mardi 20 décembre 2026, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il ressort que plus de 4 200 milliards F CFA ont été mobilisés sur le marché financier régional pour le financement des Etats et des entreprises de l’espace UEMOA.

En 2025, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a encore poursuivi sa trajectoire de croissance, en bouclant l’année avec des indicateurs de performance au vert, renforçant ainsi son positionnement sur le marché boursier africain et confirmant son statut d’acteur majeur de la collecte de l’épargne locale et du financement des économies de l’Union économique et monétaire ouest-africain (UEMOA). Les principaux résultats engrangés par la BRVM en 2025 et au cours des cinq dernières années, ainsi que ses perspectives pour les cinq ans à venir étaient au centre de la traditionnelle conférence de presse bilan animée par son directeur général, Dr Edoh Kossi Amenounvé, le mardi 20 décembre 2026, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Au cours de l’année écoulée, 4204,7 milliards F CFA ont été mobilisés au profit des acteurs économiques de la sous-région, dont 3 684,9 milliards F CFA d’emprunts obligataires (87,6%), 418,9 milliards F CFA d’épargne collective (10%) et 100,8 milliards F CFA, soit 2,4%, pour les opérations sur titre de capital. Le marché des emprunts obligataires est resté dominé par les émissions souveraines, c’est-à-dire des Etats, qui engloutissent 3 507,8 milliards F CFA, soit 95,19 %, contre 117,1 F CFA milliards (3,18 %) pour le secteur privé et 60 milliards F CFA (1,63 %) pour les organisations régionales.

Sur la période 1998-2025, le volume total des ressources mobilisées sur le marché financier régional s’établit à plus de 24 000 milliards F CFA, à travers plus de 350 émissions d’emprunts. Les emprunts obligataires des Etats de l’UEMOA restent dominants et s’élèvent à 19 504 milliards F CFA, soit 87,3%, contre 1359 milliards F CFA (6,1%) pour les organisations régionales et internationales, 1206 milliards F CFA (5,4%) pour le secteur privé et 264 milliards F CFA, soit 1,2%, pour les emprunts obligataires des entreprises privées.

Une croissance cumulée de 99,15%

Le marché secondaire, toujours dominé par les émetteurs souverains (Etats), est également resté dynamique et performant. En 2025, il a enregistré 35 nouvelles lignes obligataires d’un montant total de 2 551 milliards F CFA et a permis à la BRVM de boucler l’année au rang de 2e place de cotation des social bonds en Afrique. Le marché des actions s’est aussi illustré positivement à travers une bonne rentabilité pour les investisseurs, avec à la clé une performance exceptionnelle des indices de référence. En effet, l’indice BRVM composite, qui est l’indice général du marché, a progressé de 345,75 points, soit un taux de progression de 25,26% ; tandis que l’indice BRVM 30, représentant les 30 valeurs les plus actives, a réalisé une hausse de 166,24 points, soit de 19,82%, contre une progression de 25,61% correspondant à une hausse de 144,25 points pour l’indice BRVM Prestige. Et sur les cinq dernières années (2021-2025), la croissance cumulée s’établit à 99,15%.

2025 a également été l’année de la consolidation du poids de la BRVM sur l’échiquier continental. En effet, avec une capitalisation boursière de 13 331 milliards F CFA et une capitalisation obligataire de 11 451 milliards F CFA, soit une capitalisation totale de 24 781,3 milliards FCFA représentant 18,37% du PIB de l’UEMOA, la première bourse régionale au monde a conservé sa place de 5e marché boursier africain, derrière les bourses de Johannesburg, Casablanca, Lagos, et d’Egypte. Autre preuve du dynamisme du marché financier régional, environ 270 millions de titres y ont été échangés en 2025, soit 1 082 573 titres échangés en moyenne journalière, correspondant à une moyenne de 1,4 milliard F CFA transigés par jour.

Bâtir une BRVM transformée par la technologie et pour la durabilité

Loin d’être un fruit du hasard, ces indicateurs de performances au vert de la BRVM résultent d’un ensemble d’actions, a fait savoir le DG Amenounvé. Il s’agit notamment des réformes réglementaires comme l’instruction relative aux alertes sur résultats, de l’entrée en vigueur de 7 nouveaux indices sectoriels à la BRVM visant à renforcer la visibilité de la Bourse à l’international ainsi que son attractivité. Il y a également le lancement de la Bourse des matières premières agricoles (BMPA CI), la tenue des rencontres majeures comme la BRVM Investment Days à Londres, et la conclusion des partenariats stratégiques. Sans oublier la priorité absolue accordée à l’investissement de la technologie, la sécurité afin de garantir la continuité des activités.

Après près de trois décennies de progrès significatifs, la BRVM veut maintenir ce cap, en s’assurant un avenir meilleur, malgré les turbulences et les incertitudes de la scène internationale, marquée par des tensions géopolitiques et commerciales rementant en cause plusieurs décennies d’acquis. Avec pour boussole, le nouveau plan stratégique 2026-2030, Dr Edoh Kossi Amenounvé et ses équipes, avec l’appui des partenaires, veulent bâtir, au cours des cinq prochaines années, une BRVM transformée par la technologie et pour la durabilité, offrant de nouveaux produits et optimisant les rendements et la couverture, et investissant dans l’éduction boursière des populations. L’objectif ultime est la marche vers un marché plus profond, plus liquide et résolument tournée vers la technologie.

Mahamadi SEBOGO
Windmad76@gmail.com