Meule traditionnelle: un outil ancestral de protection environnementale en déperdition

Symbole de l’authenticité et de l’identité culinaire du Burkina Faso, la meule traditionnelle, destinée à la transformation des céréales par les femmes, était aussi un espace de divertissement et d’expression, où elles partageaient leurs vécus, leurs émotions et leurs réalités sociales. Objet emblématique utilisé depuis des siècles, cet héritage socioculturel, aujourd’hui en déperdition avec l’avènement des moulins à cylindres, n’est pas sans conséquences sur la santé humaine et l’environnement. De l’avis des spécialistes, des solutions palliatives existent pour amoindrir ces impacts. Reportage !

A Yaoghin, dans la commune rurale de Poa, province du Boulkiemdé, localité située à une vingtaine de kilomètres de Koudougou, il est 17 h 15. Dans l’atelier du moulin du village, des grains de mil, de maïs et de sorgho, entassés dans de vieux sacs de riz ou disposés dans des plats, attendent toujours le ronronnement de l’appareil électrique pour être moulus. Balguissa Bagué, assise sur un banc, le visage voilé, laisse éclater son mécontentement. 
« J’ai déposé mon mil depuis le matin avant d’aller au champ, en pensant repartir avec la farine à mon retour, mais rien. Cela fait deux fois que je fais la navette. A quelle heure vais-je finir la cuisine du soir ?», se plaint-elle, visiblement frustrée.

Un garçon d’environ 13 ans, téléphone portable à la main, s’approche timidement et tente de la rassurer : « Patientez un peu, mon papa est au marché. Je vais l’appeler, il va venir ». Chez Souleymane Ouily, toujours à Poa, femmes et jeunes filles défilent sans discontinuer dans son moulin entièrement électrique. Certaines viennent moudre leurs céréales, d’autres récupérer leurs produits finis. A l’extérieur, trois machines sont installées. A l’intérieur, deux autres sont fixées. Chacune joue un rôle bien précis : l’une décortique les céréales, l’autre les transforme en farine. Une troisième écrase les épices, tandis qu’une autre encore broie les arachides en pâte.
Toutes ces machines lui appartiennent.

… où les femmes pouvaient s’exprimer, en dénonçant toutes les outrances à leur encontre.

Il les a acquises à près d’un million F CFA et les installations électriques lui ont coûté environ 200 000 F CFA. Son savoir-faire et la passion qu’il nourrit pour ce métier de meunier depuis plusieurs années attirent une clientèle fidèle. Au quartier Niangdo, dans la cour d’Adama Tiemtoré, un groupe de jeunes égrène le maïs à côté d’un moulin traditionnel, implanté à l’extrémité de la concession. Sanata Kabré et Alimata Nikiéma, malades depuis une dizaine de jours, n’ont pas encore rejoint les champs pour les récoltes tardives d’arachides. 
Sanata raconte que deux semaines plus tôt, elle a dû écraser du petit mil à la meule pour préparer de la bouillie pour toute la famille, le moulin moderne du quartier étant tombé en panne. « Le meunier a mis trois jours avant que le ronronnement ne reprenne », explique-t-elle.

La chanson à la meule, une « arme » pour la femme

Sa coépouse Alimata renchérit : « C’est pour faire face à ces situations, sans oublier les coupures intempestives d’électricité, que nous avons demandé à nos maris de nous construire une meule ».
 En cas de panne ou de coupure, le menu est improvisé. En lieu et place du tô, initialement prévu, elles préparent du « babenda » ou du « gonré », lorsque des feuilles de haricot sont disponibles. Ces mets locaux nécessitent moins de farine, souvent obtenue à partir de maïs ou de petit mil écrasé et complétée par de la poudre d’arachide, contrairement au tô qui exige une quantité plus importante.

L’activité de moulage se déroule sur une sorte de terrasse aménagée, où chaque femme installe sa meule, appelée «neeré » en langue mooré. Cet espace devient un véritable lieu de rassemblement où les femmes se retrouvent ensemble ou individuellement pour écraser les céréales. Dans les sociétés africaines en général, la parole étant sacrée et ne devant pas être prononcée n’importe où, les femmes ont développé une littérature orale qu’elles

La 2e épouse de Teng-soaba,
NoagaYaméogo : « si l’outil de moulage devient lisse, c’est un fer très dur qui est utilisé, avec
une technique de réparation pour qu’il redevienne rugueux ».

expriment dans le cadre de leurs activités quotidiennes.
Autour de la meule, elles chantent les louanges de leurs maris, se consultent, échangent des conseils et partagent leurs expériences de vie conjugale.

Par le passé, lorsqu’un message devait être transmis au chef du village, c’est à travers les chants exécutés à la meule qu’il était communiqué. La chanson exécutée au lieu de moulage remplit une double fonction : le divertissement et la dénonciation. Dans cette dernière, le mari, la coépouse ou la belle-mère peut être visé sans détour. Cette réalité est résumée par ce proverbe moaga qui stipule que :
« Continuer d’écraser, c’est continuer de chanter ». Autrement dit, l’écrasement est indissociable du chant. Même seule à la meule, la femme chante souvent sans s’en rendre compte.
« C’est à travers la chanson que la femme exprime ses émotions, ses frustrations et ses réalités sociales.

Elle extériorise son silence intérieur, la bouche étant parfois son unique arme. La chanson devient un art et un véritable compagnon de travail », soutient Sanata Kabré. Le Directeur provincial (DP) chargé de la Culture du Boulkiemdé, Bely Bayala, souligne que la meule, au-delà de sa fonction première de mouture, joue un rôle fondamental de cohésion sociale. Véritable outil de communication, elle constitue selon lui, un espace où circulent informations, rumeurs et messages communautaires, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Répondre rapidement aux cas d’urgence

La meule en granite se compose de deux éléments distincts : la meule-mère de forme rectangulaire, posée sur une élévation en terre battue et la meule-fille, que la femme fait glisser à la surface de la meule-mère dans un mouvement de va-et-vient, tout en exerçant une pression sur les grains pour les écraser. Aujourd’hui, bien que les moulins à gasoil ou électriques soient présents dans presque tous les villages, le moulin traditionnel demeure, de l’avis de nombreuses femmes, la meilleure alternative en cas d’urgence. 
Pour Béatrice Baki, nièce du village de Niangdo, la meule reste irremplaçable.

Buudnoma Yaméogo (en action de moulage) se souvient qu’à l’époque, quelle que soit l’heure, du retour des champs, la farine pour le tô de son mari sortait de cette meule.

Elle explique que l’accueil d’un étranger impose la préparation du traditionnel zom-koom, boisson obtenue à partir de mil écrasé à la meule, pétri avec du beurre de karité et relevé d’un peu de piment. « Du point de vue écologique, la meule est la meilleure option. La farine ne dégage ni odeur de gasoil ni arrière-goût suspect », affirme-t-elle. Lors des cérémonies coutumières, telles que le Poug-poussoum (PPS), qui signifie salutations de la femme en mooré ou les mariages traditionnels, les céréales sont systématiquement moulues à la meule.
 Quelle que soit la quantité, toutes les femmes se mobilisent. Elles reconnaissent unanimement par ailleurs, que le tô issu de la meule est plus savoureux que celui du moulin moderne.

« Avec la meule, le tô est plus collant, plus naturel. On mange mieux et on se rassasie plus vite », confie Béatrice Baki, sourire aux lèvres. Chez le Teng-soaba de Koudougou, Sibkalga Yaméogo, centenaire installé au secteur 1, quartier Dapoya, une seule meule trône au milieu de la cour, sur une terrasse. Sa première épouse, Buudnoma Yaméogo, âgée de plus de 80 ans, limite désormais ses activités en raison du poids de l’âge.
 C’est sa coépouse, Noaga Yaméogo, qui a pris la relève. Elle recourt à la meule lorsque la quantité de mil à moudre est modeste.

Donner un nouveau mécanisme à la meule

Chaque année, des rituels et fêtes coutumières sont organisés chez le vieux Sibkalga. A ces occasions, il exige qu’une partie du mil soit moulue à la meule, l’autre pouvant passer au moulin cylindrique. Avant l’apparition des moulins à cylindres, il y a environ 40 ans, les femmes dépourvues de meule se déplaçaient de concession en concession pour moudre leurs céréales.
 Aujourd’hui, au quartier Dapoya, moins de deux cours disposent encore d’une meule. Autrefois accessible à 300 F CFA, la meule coûte désormais beaucoup plus cher. Alassane Zongo, originaire du village de Ramongo, dans le Boulkiemdé, exerce le métier de tailleur de meules.

Lors des cérémonies coutumières, le Teng-soaba de Koudougou exige qu’une partie des céréales soit moulue à la meule.

Il affirme pouvoir sculpter jusqu’à trois meules par jour et les vendre à 6 000 F CFA l’unité. « La production a fortement baissé, car peu de familles continuent d’utiliser la meule. Pourtant, obtenir un produit de qualité exige de la force, une bonne alimentation et un savoir-faire spécifique », justifie-t-il. Selon Bely Bayala, les sites d’extraction des meules sont aujourd’hui reconvertis, notamment au profit des carrières de Bâtiment et travaux publics (BTP), jugées plus rentables.
« La donne est devenue plus fructueuse du côté des carrières que de celui des meules », constate-t-il.

Malgré la pénibilité du moulage, les utilisatrices reconnaissent les nombreux avantages de la meule : absence de dépenses financières, réduction des déplacements et gain de temps pour d’autres activités. Elles souhaitent que cet outil ancestral soit préservé pour les générations futures. Dans la société moaga traditionnelle, la maîtrise de la meule faisait partie des épreuves imposées à la jeune fille nouvellement mariée. Savoir moudre constituait un honneur pour la mère et une fierté pour la fille.

« Aujourd’hui, cet outil emblématique est relégué au second plan, au profit du moderne », regrette Buudnoma Yaméogo. Pour des raisons culturelles, sociologiques et écologiques, le Directeur régional de l’Eau et de l’assainissement de l’environnement (DREAE) de Nando, Mamoudou Kandé, par ailleurs inspecteur de l’Environnement, souligne que les meules communautaires et collectives peuvent être maintenues. Pour qu’elle soit moins pénible, il note que la meule traditionnelle peut être modernisée. « Elle peut être fabriquée sous forme de roue comme dans des zones rurales de certains pays arabes, pour réduire la pénibilité lors du moulage », fait-t-il savoir. Des impacts sanitaires humains et environnementaux

Le DREAE/Nando, Mamoudou Kandé : « aujourd’hui, tout le monde court vers le moderne, croyant que là-bas c’est propre pourtant, ce n’est pas trop vrai ».

Le DP chargé de la Culture, Bely Bayala, confie que le Burkina Faso est aujourd’hui dans une dynamique où tout doit être endogène et il faudra travailler à donner un nouveau mécanisme à la meule. « Même s’il n’y avait pas le moulin moderne, avec l’évolution, nos grands-parents allaient trouver un moyen pour mécaniser la meule et l’adapter à notre époque », se convainc-t-il. Il indique qu’au niveau du ministère en charge de la culture, il y a une direction chargée du patrimoine culturel pour préserver ces valeurs matérielles et immatérielles de la meule.

Si le moulin moderne réduit la pénibilité, il fait néanmoins gagner du temps et permet aux femmes d’entreprendre des Activités génératrices de revenus (AGR). Il n’est pas sans conséquences sanitaires et environnementales. Le moulin moderne conçu à base de ferrailles, sans occulter les odeurs des fuites d’huile ou des hydrocarbures se répercutent parfois sur le produit fini. « Avec les évolutions technologiques, il serait difficile que la génération actuelle et future revienne à la meule, sinon que cette farine naturelle, fraichement moulue à la meule est meilleure et elle nous épargne de toutes sortes de maladies », lâche le chef de ménage, Adama Tiemtoré.

Le meunier Ousséni Ouédraogo du village de Ramongo, faute d’électricité, utilise du gasoil. Il dit dépenser 110 000 F CFA pour l’achat de cet hydrocarbure qu’il juge moins coûteux que l’électricité. Le nutritionniste en charge de fortification et de la sécurité sanitaire des aliments, Abdoulaye Gueye, rappelle que les céréales complètes sont riches en vitamines B, vitamine E, en fibres et en sels minéraux. « Après le décorticage ou le raffinage, la majorité de ces micronutriments est perdue. Il faut alors enrichir artificiellement la farine pour compenser le manque à gagner », explique-t-il.

Il existe plusieurs types de moulins à céréales, allant des petits moulins manuels aux moulins industriels à grande échelle. Au Burkina Faso, ceux répandus sont les moulins électriques et à gasoil. Toutefois, le concept de base demeure le même, qui est de broyer

Sanata Kabré (en voile) du village de Niangdo, souhaite qu’ily ait dans chaque famille, au moins une meule traditionnelle pour garder
les valeurs ancestrales.

les grains des céréales en des farines raffinées, dépourvues du son et du germe. Cela entraîne, de l’avis du nutritionniste, une réduction non négligeable des fibres alimentaires, de vitamines du groupe B, de vitamine E, de sels minéraux (fer, magnésium, zinc) et d’antioxydants avec pour conséquences, un risque accru de carences en micronutriments, de troubles digestifs et de maladies chroniques, comme le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.

Les moulins varient en termes de coût, de la capacité de production, du fonctionnement, de l’entretien, de la robustesse, de la rentabilité, de la disponibilité, du développement socio-économique et du potentiel de réduction de CO2. Le DREAE, Mamoudou Kandé, indique que certaines options ancestrales étaient orientées pour conserver la nature.
Il souligne que les moulins à gasoil sont plus polluants que l’essence parce qu’ils produisent, selon lui, de la fumée avec beaucoup plus de CO2 nocif pour la santé. Il ajoute que ce même CO2 augmente les Gaz à effet de serre (GES) du pays des Hommes intègres.

« Si on laisse déverser un centilitre de gasoil sur le sol, il le pollue et cela peut atteindre la nappe phréatique. En plus, la pluie l’emportera dans les rivières, occasionnant des

L’avènement des moulins électriques à contraint les femmes à…

conséquences sur la santé humaine, animale et environnementale », déplore-t-il. Il justifie que les technologies anciennes, dans leur cycle de vie ont très peu d’impacts négatifs
sur l’environnement et les ressources naturelles, contrairement aux moulins modernes qui consomment de l’énergie, avec des huiles de vidange et de petits déversements qui contribuent à dégrader l’environnement. Il précise qu’en dehors du granite, la meule conçue avec du bois ou de la terre cuite, joue également sur l’environnement.

Il détaille que les types de déchets produits par les moulins modernes sont solides, liquides et gazeux et le gros des déchets sont les ferrailles. L’environnementaliste affirme qu’avant d’être recyclés, ils sont déposés dans des endroits encombrants, provoquant des nids d’insectes et des moustiques. « Il n y’a pas de gestion spécifique pour ces déchets.
Au niveau des petits moulins, il y a certains types de déchets à négliger, par contre, pour les grands moulins, on se pose la question de savoir comment est fait le nettoyage des céréales et où vont les eaux usées ? », se questionne M. Kandé. Pour lui, en matière de déchets, le meilleur déchet est celui qui n’a pas été produit et seul le système traditionnel est très minimisé.

« Dans le domaine écologique, nous sommes prudents parce que le zéro impact négatif est extrêmement rare tout comme le 100% impact positif est rare », confie l’inspecteur de l’environnement. Comme alternatives pour réduire les impacts environnementaux, M. Kandé propose des moulins électriques à base de plaques solaires. « Bien que ces plaques aussi aient été fabriquées à quelque part dans le monde, elles vont minimiser les impacts sur l’environnement parce qu’en ce moment, l’électricité du moulin viendra directement de la plaque ou de la centrale solaire ou bien de l’éolien », justifie-t-il.

… abandonner la meule traditionnelle

Pour les risques de maladies avec les moulins modernes, le nutritionniste conseille d’une part, l’utilisation des bacs de rétention pour les réservoirs d’huile et de carburant afin de contenir les fuites. D’autre part, il recommande de privilégier les surfaces lisses, imperméables et faciles à nettoyer, pour éviter l’accumulation de poussières, d’huile et d’installer des systèmes d’aspiration à la source pour les poussières de farine et de son.

« Il faut que nous ayons une bonne pratique d’hygiène et de maintenance en formant et en sensibilisant des opérateurs. Il faut que nous établissions aussi des normes claires pour l’implantation et l’exploitation des moulins, comme la distance entre zone mécanique et zone alimentaire », suggère-t-il. Il précise que les risques sanitaires des moulins modernes ne sont pas une fatalité. L’idéal pour lui est de promouvoir des moulins “propres”, où la qualité nutritionnelle des céréales est préservée.

Afsétou SAWADOGO

 

 

L’AES contre vents et marées

Bamako, la capitale malienne, abrite, les 22 et 23 décembre 2025, la 2e session du Collège des chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel (AES) qui regroupe le Burkina, le Mali et le Niger. Faisant suite à celui de Niamey en juillet 2024, ce rendez-vous au sommet historique va permettre aux trois chefs d’Etat membres, le capitaine Ibrahim Traore, le général d’Armée Assimi Goïta et le général d’Armée Abdourahamane Tiani de faire le point du chemin parcouru par l’AES, depuis sa création le 16 septembre 2023.

Porté sur les fonts baptismaux sous la forme d’une Alliance pour ensuite devenir une Confédération, l’organisation est née dans un contexte de tensions géopolitiques, marquées par le retrait du Mali, du Niger et du Burkina de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) considérée comme un outil aux mains des impérialistes. Les Etats fondateurs de l’AES, confrontés au terrorisme, n’en pouvaient plus de l’incapacité de cette institution à les aider à juguler le phénomène et de sa mise sous ordre de certaines puissances étrangères comme la France.

Aussi, ont-ils décidé de se mettre ensemble pour lutter pour leur souveraineté et amorcer un véritable développement endogène.
En se donnant pour mission d’établir une architecture de défense collective face au terrorisme et à la criminalité organisée et de construire un espace politique et économique commun, l’AES a fait des pas de géant, alors que certains observateurs ne pariaient pas un sou sur sa crédibilité et sa longévité.

L’institution a déjoué les pronostics, en tissant sa toile dans l’espace régional, avec des résultats appréciables en deux ans d’existence. De nombreuses initiatives ont permis à l’AES de prendre corps. Parmi celles-ci, figurent l’instauration d’un passeport et d’une carte d’identité, la transformation de l’Autorité du Liptako-Gourma en un outil opérationnel, la création des commissions nationales de l’AES, d’une Cour pénale et des droits de l’Homme du Sahel, d’une Banque d’investissements avec un capital initial de 500 milliards F CFA, d’organes de médias (radio, télé et presse écrite) et d’une Force unifiée de 5 000 hommes pour lutter contre le terrorisme.

Plus spécifiquement dans le domaine de la diplomatie, l’organisation sahélienne est engagée dans des relations décomplexifiées et de diversification des partenariats. Il n’est plus question de paternalisme ou de diktat des puissances étrangères, qui décidaient de tout et de rien dans ces Etats. Le rêve nourri par l’AES de construire un Sahel uni et libre est en train de devenir réalité. Il reste à consolider les acquis et à dégager les perspectives, en vue de continuer sereinement la marche vers la souveraine voulue.

Le sommet de Bamako offre l’occasion aux dirigeants de se livrer à cet exercice hautement important, dans un contexte où l’AES est vue d’un mauvais œil par certains dirigeants occidentaux, habitués à décider du sort des Etats africains comme ils le voulaient.
Voir l’AES prospérer trouble manifestement le sommeil dans certaines chancelleries qui vont devoir pourtant s’accommoder de cette nouvelle donne géopolitique.

Dans ce mode en pleine évolution, l’Afrique ne peut plus être un simple spectateur. Elle ne peut plus demeurer dans l’éternelle assistance et la soumission. Elle doit pouvoir prendre en main son destin, discuter d’égal à égal avec les autres partenaires au plan mondial. A travers le difficile combat pour la liberté et la souveraineté qu’elle mène sans relâche, l’AES a tracé la voie à suivre…

Kader Patrick KARANTAO

Région du Nakambé: le Conseil constitutionnel explique son rôle au public

Dans le cadre de la commémoration de ses 25 ans, le Conseil constitutionnel a organisé, vendredi 19 décembre 2025, à Tenkodogo, dans la région du Nakambé, une conférence publique afin de mieux se faire connaitre.

Le Conseil constitutionnel se rapproche des citoyens burkinabè. A l’occasion de ses 25 ans
d’existence, il a organisé une conférence publique, vendredi 19 décembre 2025, à Tenkodogo, afin de mieux se faire connaitre des populations de la région du Nakambé. Pour ce faire, deux communications ont été au menu des échanges. La première, sur l’organisation, les missions et attributions du Conseil constitutionnel, a été animée par le juge constitutionnel, Bessolè René Bagoro. Celui-ci a indiqué que le Conseil constitutionnel a été créé, le 11 avril 2000 et est composé de 10 membres.

« Le mandat de chacun d’eux est de 9 ans non renouvelable », a ajouté le conférencier. Les membres du Conseil, selon toujours le communicateur, ne peuvent mener une autre activité, sauf les membres enseignants qui peuvent donner des cours. L’ancien Garde des sceaux a également précisé qu’il est interdit aux « sages » de prendre des positions publiques. Pour ce qui est des missions, M. Bagoro, a fait savoir que le Conseil constitutionnel s’occupe, entre autres, du contentieux normatif en vérifiant si les lois sont conformes à la Constitution, de contentieux électoral et référendaire. Le juge constitutionnel a, en outre, souligné que le Conseil a une compétence non-contentieuse en tant que conseiller de l’Exécutif et du Législatif.

La deuxième communication, animée par l’enseignant de droit à l’université Thomas-Sankara de Ouagadougou, Pr Yakouba Ouédraogo, a porté sur « Le rôle du Conseil constitutionnel dans la protection des droits fondamentaux des citoyens ». Pour lui, le Conseil constitutionnel a pour mission implicite la protection des droits des citoyens. Parmi les 800 décisions et avis rendus par cette juridiction depuis sa création, il a cité plusieurs décisions prises en faveur du citoyen. Selon Pr Ouédraogo, en 2017, les juges constitutionnels, par une décision, ont estimé que l’inexistence du deuxième degré de juridiction pour juger les anciens membres du gouvernement de Luc Adolphe Tiao, était une violation à la Constitution. Ce qui, selon lui, a entrainé la révision de la loi, créant un double degré de juridiction pour donner une autre voie de recours aux accusés.

Des insuffisances dans le système

L’enseignant-chercheur a aussi relevé la décision du Conseil constitutionnel, en 2024, en faveur d’un agent public, licencié de facto au regard des dispositions de la loi alors qu’il était encore présumé innocent dans une affaire dans laquelle, il en sortira du reste blanchi. En matière d’éligibilité, Yakouba Ouédraogo a rappelé que le Conseil constitutionnel a admis les candidatures indépendantes lors des élections de 2020.

En dépit de ces décisions, rendues au profit du citoyen, le conférencier a relevé des insuffisances dans le système de protection. Parce que, a-t-il expliqué, le citoyen, sauf l’exception d’inconstitutionnalité, ne peut pas saisir directement le Conseil constitutionnel à l’étape actuelle. La haute juridiction, en définissant le citoyen comme un individu jouissant des droits civiques et politiques, exclut, d’après Pr Ouédraogo, les étrangers, les structures morales et l’Etat.

« Quelle est l’importance d’un Conseil constitutionnel dans une révolution », a questionné un participant ? « La modification de la Constitution pour l’adhésion du Burkina Faso à la Confédération des Etats du Sahel n’a-t-elle pas un caractère personnel », a ajouté un autre ?

Pour le Pr Yakouba Ouédraogo, un régime révolutionnaire ne veut pas dire un régime arbitraire. Il a ajouté que si le Conseil constitutionnel a été maintenu en dépit des différents régimes qu’a connus le Burkina Faso, c’est parce qu’il joue un rôle important. René Bagoro, pour sa part, a soutenu qu’en cas d’urgence, de force majeure ou lorsque les conditions ne permettent la tenue d’un referendum n’a rien de personnel. Loin s’en faut.

Le président du Conseil constitutionnel, Me Barthélemy Kéré, a indiqué que cette conférence permet au plus grand nombre de connaitre son institution. Il a fait observer que le Conseil constitutionnel continue d’évoluer en s’adaptant aux exigences de la modernité juridique et aux réalités nationales. « Dans ce contexte de reconstruction de la souveraineté nationale, de lutte pour la sécurité et la paix, il demeure un repère de stabilité, un gardien vigilant de la légitimité républicaine et un acteur de bonne gouvernance constitutionnelle », a-t-il conclu.

Anselme KAMBIRE

Ministère de la Santé: le mérite de 362 agents reconnu

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La cérémonie de décoration du personnel du ministère de la Santé, à l’occasion de la commémoration de la fête de l’indépendance du Burkina Faso, a eu lieu, vendredi 19 décembre 2025, à Ouagadougou.

La Nation est reconnaissante envers les agents de santé qui se sont distingués par leur dévouement et engagement professionnel en 2025. C’est pourquoi, à l’occasion de la commémoration du 65e anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso, le ministère de la Santé a décidé de leur décerner des distinctions honorifiques, vendredi 19 décembre 2025, à Ouagadougou. Ils sont au total 362 personnes physiques, morales et décédées à avoir reçu des médailles dans plusieurs Ordres burkinabè. Il s’agit de 25 distinctions dans l‘Ordre de l’Etalon, 27 dans l’Ordre du Mérite burkinabè et 310 dans l’Ordre du Mérite de la santé et de l’Action sociale avec agrafe santé.

Le ministre de la Santé, Robert Kargougou, a soutenu que, décorer un agent de santé, c’est honorer le travail bien fait, le sens du sacrifice et la loyauté envers le service public. En effet, il a expliqué que dans le contexte où le Burkina Faso traverse des défis sécuritaire et sanitaire, les agents de santé sont restés debout, fidèles à leur serment. Ainsi, il a souligné que leur contribution a permis d’assurer la continuité des soins, de renforcer la prévention et protéger les populations les plus vulnérables. « Les distinctions qui vous ont été décernées ne sont pas de simples insignes honorifiques.

Elles symbolisent la reconnaissance de la Nation pour des années de service exemplaire, de professionnalisme et d’abnégation », s’est-il adressé aux récipiendaires. Ces distinctions, a-t-il ajouté, traduisent la volonté des plus hautes autorités burkinabè à promouvoir l’excellence, le mérite et l’éthique dans le secteur sanitaire. Le ministre Kargougou a invité les récipiendaires à continuer d’incarner les valeurs de rigueur, de solidarité et de patriotisme.

L’ancien ministre chargé de la Santé, Pr Charlemagne Ouédraogo, fait officier de l’Ordre de l’Etalon, a exprimé des sentiments de joie, de satisfaction de voir son travail reconnu par les autorités. « Nous devons chacun, en ce qui nous concerne, nous engager plus pour que nous puissions dérouler les missions qui nous ont été confiées avec satisfaction », a-t-il poursuivi.

L’épouse du colonel-major, feu Pr Lassana Sangaré, Nestorine Sangaré a traduit sa reconnaissance au ministère de la Santé pour la distinction à titre posthume de son mari fait officier dans l’Ordre de l’Etalon. « Ça fait de la peine car, j’aurais aimé que ce soit mon mari lui-même qui vienne. Mais, je suis reconnaissante aux autorités qui ont reconnu le mérite de son travail et sa contribution au développement de la santé », a-t-elle confié.

Pour le Pr Diarra Yé, élevée au rang de Commandeur de l’Ordre de l’Etalon, pédiatre et enseignante à l’Université Joseph-Ki-Zerbo, admise à la retraite, c’est une fierté de
recevoir cette distinction. « Je remercie toutes les équipes avec lesquelles j’ai travaillé. Je suis reconnaissante à ma famille, particulièrement mon époux qui n’est plus de ce monde, Dr Bognéssan-Arsène Yé », a-t-elle dit.

Le Pr Abel Kabré, médecin neurochirurgien a été fait Officier de l’Ordre de l’Etalon. « C’est une cérémonie qui représente un honneur pour nous, pour les services rendus à la Nation, à la population. Cette distinction vient nous réconforter », s’est-il réjoui.
Gbetcheni Constantin

Bertrand KAMBIRE
(Collaborateur)

Ecole polytechnique de Ouagadougou: les meilleurs élèves honorés

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L’Ecole polytechnique de Ouagadougou a organisé une Journée d’excellence, vendredi 19 décembre 2025, à Ouagadougou. Une trentaine d’étudiants et trois agents administratifs ont été honorés.

L’Ecole polytechnique de Ouagadougou (EPO) veut inciter ses élèves à cultiver l’excellence. A cet effet, elle a organisé la IVe édition de la Journée d’excellence, vendredi 19 décembre 2025, à Ouagadougou, pour célébrer les meilleurs élèves et enseignants. Ainsi 30 meilleurs élèves et 3 agents de l’établissement ont été honorés. Selon le directeur général adjoint chargé des affaires académiques et de la vie de l’école (DGA-AVE), Dr Boris Ouédraogo, la cérémonie n’est pas seulement un rituel, mais un acte citoyen. De son avis, l’objectif affiché par la direction est de former l’élite de demain.

Cette édition a été marquée par une volonté d’innover et d’encourager la créativité. Selon Dr Boris Ouédraogo, l’innovation majeure de cette année réside dans l’augmentation de la valeur des prix et l’intégration de nouvelles compétitions ciblées, notamment celles du « Meilleur site web de l’EPO » et des « Meilleurs projets HackEPO. Il a révélé que le Hack EPO 2025 est un concours de pitch et d’innovation.

Selon lui, 13 équipes d’étudiants ont présenté leurs projets devant un jury. Elles ont rivalisé par leur créativité et l’esprit d’équipe, en mettant en exergue l’importance de l’innovation technologique au sein de l’Etablissement. Dr Boris Ouédraogo a souligné que la création d’un site web pour l’EPO était vraiment nécessaire.

« Elle implique des projets spécifiques comme celui mentionné sur leur page Facebook, avec des réunions pour les groupes participants, utilisant potentiellement des outils de conception comme Elementor ou Oxygen pour WordPress, ou des constructeurs comme Wix », a-t-il précisé.

Des chèques de 60 000 F CFA à 1 million F CFA remis aux meilleurs

Au total, des chèques allant de 60 000 F CFA à 1 000 000 F CFA et des ordinateurs portables ont été distribués. L’équipe lauréate du meilleur site web a ainsi été doté de 750 000 F CFA. Le gros lot, 1 000 000 F CFA, est revenu au groupe créateur du projet
« Moto Save » dans la catégorie HackEPO. L’élève en première année de Génie mécanique et membre de l’équipe lauréate, Da Nontarsa Jean Bertin, a expliqué que leur projet à consister à sécuriser les engins à deux et à trois roues par une approche combinant « software et hardware ».

Salimata Paré, meilleure élève fille en physique chimie à l’Ecole polytechnique de Ouagadougou, fait partie des élèves distingués au cours de la Journée de l’excellence scolaire 2025 à l’EPO. Selon elle, aucune transformation ne peut s’accomplir sans une ressource humaine compétente, d’où l’importance stratégique accordée à l’éducation et à l’excellence scolaire.

La lauréate du prix d’excellence a félicité les autres lauréats pour leurs résultats, tout en exhortant les enseignants à continuer d’inculquer, dès le plus jeune âge, des valeurs civiques essentielles telles que l’amour de la patrie, la solidarité et l’intégrité.
Pour la Directrice des res- sources humaines, Rachelle Sawadogo, ces lauréats incarnent des valeurs essentielles de persévérance, d’intégrité et d’innovation.

Valentin KABORE
(Collaborateur)

 

Lutte contre la criminalité dans le Goulmou, la Tapoa et la Sirba : 37 réseaux de délinquants démantelés en 2025

La direction régionale de la Police nationale du Goulmou a dressé, lundi 22 décembre 2025, à Fada N’Gourma, au cours d’une conférence de presse, le bilan des opérations de sécurisation et de lutte contre la criminalité, menées en 2025. Durant l’année, 37 réseaux de délinquants ont été démantelés sur toute l’étendue du territoire de l’ex-région de l’Est.

L’année 2025 n’a pas été de tout repos pour la Police nationale de l’ex-région de l’Est, constituée aujourd’hui du Goulmou, de la Tapoa et de la Sirba. En effet, face aux multiples défis sécuritaires, les policiers ont multiplié les actions de terrain dans le cadre de leurs missions régaliennes de protection des personnes et des biens. A l’orée du nouvel an, la direction régionale de la Police nationale du Goulmou a animé, lundi 22 décembre 2025, à Fada N’Gourma, une conférence de presse pour faire le point des opérations.

Selon le directeur régional de l’institution, Yacouba Ouattara, le principal conférencier, 1557 patrouilles de jour et de nuit ont été effectuées, aussi bien dans les centres urbains que périurbains. Aussi, a-t-il dit, 320 opérations de bouclage et de contrôle dans les zones sensibles ont été exécutées. « Au cours de ces opérations, 7 574 personnes,
1 100 engins à deux roues et 641 véhicules automobiles ont été contrôlés », a ajouté le commissaire divisionnaire de police, Yacouba Ouattara.

Des opérations qui ont permis d’interpeller 1273 personnes pour diverses infractions, de démanteler 37 réseaux de délinquants, de conduire 215 motos et 68 véhicules automobiles en fourrière et de saisir des armes à feu et des armes blanches. Par ailleurs, le directeur régional a indiqué que les unités combattantes de la Police nationale sont déployées dans plusieurs localités où elles participent activement à la
lutte contre les groupes armés terroristes.

43 350 CNIB délivrées

Pour ce qui est de la Police judiciaire, 2 860 procédures ont été diligentées au cours de l’année. Elles concernent notamment, 708 cas de vols et vols à main armée, 40 affaires d’escroquerie, 105 cas de coups et blessures volontaires, 96 infractions liées aux stupéfiants, ainsi que 78 autres infractions telles que le stellionat, l’enrichissement illicite, le faux et usage de faux et le chantage. Ces procédures ont conduit à l’interpellation de 1 078 personnes, à la mise en garde à vue de 221 individus, à la présentation de 46 personnes devant les parquets et de 18 autres devant le pôle judiciaire spécialisé.

En matière de police administrative, 1 634 contrôles routiers ont été réalisés, donnant lieu à la constatation de 945 infractions au Code de la route et à la mise en fourrière de 240 engins. Ces actions ont contribué, selon le conférencier, à une baisse significative des accidents de la circulation, passés de 242 en 2024 à 172 en 2025, soit une réduction de
29 %. Toujours au titre de la Police administrative, 199 enquêtes ont été menées, 43 350 Cartes nationales d’identité burkinabè (CNIB) délivrées, 7 023 documents administratifs traités et 8 952 certifications matérielles de déclarations, procurations ou promesses effectuées.

Les actions de police de proximité, quant à elles, ont porté sur la sensibilisation des élèves, des parents et des leaders communautaires sur des problématiques telles que la consommation de stupéfiants en milieu scolaire, la délinquance juvénile, l’usage du téléphone portable à l’école, les violences basées sur le genre
et la collaboration entre populations et forces de sécurité.

Plus de 30 millions de recettes

A l’échelle régionale, la Police nationale a également assuré plusieurs opérations de maintien et de rétablissement de l’ordre public, sans occulter les opérations de police de nuit. Dans l’exercice de leurs missions quotidiennes, les policiers ont toutefois été confrontés à des difficultés majeures, notamment l’insuffisance de moyens logistiques et roulants, la vastitude de la région et la forte pression opérationnelle sur le personnel. Malgré ces contraintes, les opérations ont permis de recouvrer 30 380 900 F CFA de recettes dont 3 430 000 F CFA provenant des amendes forfaitaires et 26 950 900 F CFA des timbres.

A l’issue de la déclaration liminaire, le commissaire divisionnaire, Yacouba Ouattara et ses collaborateurs ont répondu aux questions des journalistes. Interrogé sur les zones criminogènes de Fada N’Gourma, il a cité, certains quartiers non viabilisés des secteurs 1, 9 et 11. Concernant la collaboration interservices, il a indiqué que plusieurs opérations ont été menées conjointement avec la gendarmerie nationale et la Police municipale, notamment. S’agissant des mesures sécuritaires en cette période de fêtes, le directeur régional a rappelé que l’opération « Wibga » est en cours sur toute l’étendue du territoire national.

Il a, par ailleurs, exhorté les populations à adopter des comportements préventifs, notamment l’installation de caméras de surveillance, l’éclairage des concessions et des commerces et l’organisation de la veille citoyenne dans les quartiers. Il a aussi invité à signaler tout comportement suspect aux numéros verts 16, 17 et 1010. Avant de clore la conférence, Yacouba Ouattara a lancé un appel pressant aux populations à renforcer leur collaboration avec les forces de sécurité, rappelant que « la sécurité n’est pas l’affaire exclusive des forces de défense et de sécurité, mais une responsabilité collective ».

Joanny SOW

Urbanisme et habitat: le ministère réfléchit à la dynamisation de construction des villes

Le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat a organisé la deuxième session ordinaire du Conseil d’administration du secteur ministériel de l’année, vendredi 19 décembre 2025, à Ouagadougou, sur le thème «la Stratégie nationale de développement des villes et du logement (SNViL) 2026-2030 : vers une nouvelle dynamique de construction
de nos villes ».

Le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat fait de la construction et de l’aménagement des villes son cheval de bataille. Ainsi, il a porté la réflexion sur le thème «la Stratégie nationale de développement des villes et du logement (SNViL) 2026-2030 : vers une nouvelle dynamique de construction de nos villes », lors de la deuxième session ordinaire du Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM) de l’année tenue, vendredi 19 décembre 2025, à Ouaga- dougou.

Le ministre chargé de l’Urbanisme, Mikaïlou Sidibé, a affirmé que cette thématique traduit l’ambition de faire des villes, des espaces modernes, inclusifs et durables où chaque citoyen peut vivre dignement. « Il marque aussi le passage à une autre étape avec la fin de la Stratégie nationale de l’habitat, du développement urbain (SNHDU) 2021-2025 et l’avènement d’un nouveau référentiel, plus audacieux et mieux adapté aux défis actuels », a-t-il poursuivi. Mikaïlou Sidibé a confié que la SNViL 2026-2030 capitalise les leçons tirées de la mise en œuvre des référentiels antérieurs et prend en compte les nouvelles
orientations fixées par les autorités en matière d’urbanisme, de gestion foncière, de construction et de logements.

Le ministre Sidibé a, par ailleurs, relevé des acquis majeurs de l’année 2025 enregistrés par son département. Il s’agit notamment, de l’ouverture de 100km de voies, la réalisation de près de 10km de caniveaux, le géoréférencement des plans de 13 locali-tés, la construction de 595 logements, le contrôle de 85 aménagements et de 4842 constructions, la supervision de 111 projets de maitrise d’œuvre et d’ouvrage déléguée. Il a également souligné la réalisation de 232 expertises techniques pour l’ouverture d’établissements scolaires, universitaires et sanitaires, l’adoption de la loi N°006-2025/ALT sur
la profession d’architecte, l’élaboration de la SNViL 2026-2030 et de son Plan d’actions triennal glissant (PATG) 2026-2028.

« Ces résultats sont la preuve que, malgré les défis, nous avançons avec détermination », a-t-il soutenu. En termes de perspectives pour 2026, le ministre chargé de l’Urbanisme a évoqué la dotation de toutes les villes pilotes de la Stratégie nationale de reconfiguration urbaine (SNRU), la construction de logements collectifs et sociaux, l’élaboration d’un label national de performance énergétique, l’apurement du passif foncier des lotissements et des opérations de promotion immobilière, la restructuration des zones d’habitat spontané, le renforcement du réseau de voirie urbaine et d’assainissement pluvial…

Aly SAWADOGO
Yasmine Aida Arlette KAFANDO
(Stagiaire)

2e session du Collège des chefs d’Etat de l’AES: la rencontre au sommet s’ouvre aujourd’hui à Bamako

La deuxième session du Collège des chefs d’Etat de la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel(AES) s’ouvre, ce mardi 23 décembre 2025, à Bamako, au Mali, sous la présidence du Président en exercice de la Confédération, le général d’armée, Assimi Goïta.

Les chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel sont à Bamako, au Mali. Cette rencontre de haut niveau, se tient dans le cadre de la 2e session du Collège
des chefs d’Etat de la Confédération qui se tient après celle qui s’est déroulée à Niamey, en 2024. Ce conclave vise à renforcer la coopération, la solidarité au service de la paix, de la sécurité et du développement de l’espace sahélien. Par ailleurs, il traduit la solidité des liens entre les Etats membres de la Confédération ainsi que leur engagement à apporter une réponse commune et endogène aux défis de développement.

Dans la matinée d’hier, lundi 22 décembre 2025, c’est le Président du Niger, le général d’armée Abdourahamane Tiani, qui a été le premier à fouler la terre de la capitale

A son arrivée à Bamako, le Président du Niger, le général d’armée Abdourahamane Tiani, a été accueilli par son homologue malien, le général d’armée Assimi Goïta.

malienne. A sa descente d’avion, il a été accueilli, chaleureusement, par son homologue, le général d’armée Assimi Goïta, Président en exercice de la Confédération, sur le tarmac de l’aéroport international Modibo-Keïta de Bamako. Après un bref entretien, en tête-à-tête, au pavillon présidentiel, les deux chefs d’Etat se sont dirigés vers le Palais présidentiel de Koulouba. Sur les artères de la ville, ils ont été chaleureusement acclamés par une foule en liesse, venue témoigner leur attachement à la dynamique de construction de l’espace du Sahel.

Au programme de cette journée de ce mardi 23 décembre 2025, consacrée à la session proprement dite, il y a l’ouverture officielle de la télévision de l’AES et de la Banque confédérale d’investissement et de développement de l’AES (BCID-AES), par le trois chefs d’Etat, Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traoré. En plus, il est prévu un diner au palais présidentiel de Koulouba. Par ailleurs, après la clôture du sommet, le Président du Faso, capitaine Ibrahim Traoré, devrait également s’entretenir avec la communauté burki-nabè vivant au Mali.

Soumaïla BONKOUNGOU,
envoyé spécial à Bamako

CAN quadriennale à partir de 2028: Tout sauf une surprise

Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a annoncé samedi dernier au Maroc à l’issue d’une rencontre du comité exécutif, que la Coupe d’Afrique se tiendra tous les quatre ans à partir de 2028. De nombreux observateurs voyait, avec une certaine crainte, cette décision venir.

La nouvelle est tombée à Rabat, au Maroc, à la veille du coup d’envoi de la 35e Coupe d’Afrique des nations (CAF). La grande fête du football africain, biennal depuis 1968 (à l’exception des éditions 2012 et 2013 tenues deux années de suite), deviendra quadriennale dès 2028, à l’issue de la 36e édition en 2027 organisée par le trio Kenya-Tanzanie-Ouganda. En plus, la Ligue des Nations africaines verra le jour à partir de 2029. Ces annonces ont été faites par le président de la CAF, Patrice Motsepe, le 20 décembre dernier à Rabat. « Nous avons la nouvelle structure la plus prometteuse pour le football africain », a affirmé le président Motsepe, tout en indiquant qu’il fait « ce qui est dans l’intérêt de l’Afrique ».

Il a également souligné que le calendrier international
« doit être bien mieux synchronisé et harmonisé ». Le moins que l’on puisse dire est que cette décision de passer à une CAN tous les quatre ans est loin d’être une surprise. Bon nombre d’observateurs la voyait venir. Le calendrier de la CAN, la seule compétition organisée en pleine saison sportive, a toujours provoqué l’ire des clubs qui ont toujours rechigné à libérer les joueurs africains. Pour cette CAN, les clubs concernés ont été autorisés par la FIFA à ne libérer les footballeurs sélectionnés qu’à une semaine du début de la compétition. En plus, la FIFA, par son président, Gianni Infantino, n’a eu cesse depuis 2019, l’année où l’ancien président de la CAF Ahmad Ahmad a été accusé de corruption et de détournements de fonds, de fustiger l’organisation et le mode de gestion de la Confédération africaine.

Alors que la CAF était mise sous tutelle par la FIFA pour six mois à l’époque suite à cette affaire, Gianni Infantino avait déclaré que la CAN « génère 20 fois moins de revenus » que l’Euro. Ainsi, certains estiment qu’une CAN biennale est devenue « un modèle économiquement toxique pour la CAF et ruineux pour les Etats africains. La CAF dépendait, selon eux, à plus de 60% des revenus générés par la CAN et le coût pour les pays organisateurs est écrasant avec des sommes faramineuses pour la construction de stades, des routes, des hôtels, etc. Gianni Infantino avait alors, dès 2020, lancé un ballon d’essai en proposant une CAN tous les 4 ans pour la « rendre commercialement plus viable et attrayante ». Enfin, l’organisation de la Coupe du monde à 32 équipes en juin dernier, contraignant la CAF à reporter cette 35e édition en cette fin d’année, avait fini par convaincre les fins observateurs du football africain que c’en était fini des CAN tous les deux ans.

A l’époque, le vœu du président de la FIFA d’organiser les CAN tous les quatre ans avait été vivement contesté par des légendes du football africain comme les Sénégalais El Hadj Diouf et Habib Baye ainsi que le Camerounais Samuel Eto’o Fils. « C’est une compétition exceptionnelle pour le football africain. Il est plus judicieux de l’organiser tous les deux ans plutôt que tous les quatre ans », avait souligné Habib Beye. Quant à Samuel Eto’o, actuel président de la fédération camerounaise de football, il avait fermement rejeté à l’époque cette idée, estimant qu’elle servait les intérêts des clubs européens. « Est-ce l’intérêt des Africains d’organiser une CAN tous les quatre ans ? Je crois que c’est plutôt celui des Européens », avait-il déploré. La CAN quadriennale est entérinée. Elle s’aligne désormais sur le calendrier international et le format des grandes compétitions mondiales. Les grands clubs européens se frottent déjà les mains. Mais pour certains Africains, cette réforme de l’instance dirigeante du football africain occasionnera la mort d’un modèle sportif et culturel. Et plus grave, une perte de l’indépendance et de la souveraineté de la CAF.

Sié Simplice HIEN

CAN quadriennale à partir de 2028: « Je crains d’entrée le manque d’attractivité », Madou Dossama, consultant Sidwaya Sport

Ancien footballeur international burkinabè avec deux participations aux Coupes d’Afrique des Nations (2000-2002), Madou Dossama consultant de Sidwaya sport pour la présente phase finale se prononce sur le passage de la compétition de 2 à 4 ans à partir de 2028.

Quelle est votre réaction sur le passage de la CAN de 2 à 4 ans ?

Pour moi c’est juste une façon d’assujettir encore plus le football africain à la puissance faîtière mondiale, la FIFA. Aujourd’hui, le football business a littéralement pris les dessus sur le football populaire. Cette course effrénée vers le profit fait que la CAF, qui est très dépendante de la FIFA ne pouvait que se plier aux désidératas du puissant président de la FIFA

Voyez-vous déjà venir la chose ?
Ce changement qui prendra effet en 2028 était prévisible et cette nouvelle n’a rien d’un scoop. Nous avons un peu suivi le teasing jusqu’à l’annonce officielle des changements à venir.

Quelles sont, selon vous, les raisons qui ont milité à ce changement ?

La principale raison invoquée est l’harmonisation du calendrier mondial. La périodicité chaque 2 ans de la CAN créait souvent des chevauchements avec la Coupe du monde ou l’Euro, perturbant les clubs européens qui paient le salaire des joueurs africains. Le passage à quatre ans aligne la CAN sur les cycles FIFA et UEFA, facilitant la libération des joueurs. Ceux qui ont décidé pensent qu’une CAN tous les quatre ans rendra la compétition plus rare, donc plus prestigieuse, comme la Coupe du monde. Cela aura l’avantage de booster les droits TV, d’acquérir plus de sponsors, donc plus de revenus.

Le passage du nombre d’équipes à 24 n’y est-il pas pour quelque chose ?

Pas forcément, le passage du nombre des équipes à 24 n’est pas la cause principale de ce changement comme je l’ai déjà expliqué plus haut.

Quelles pourront être les conséquences de ce changement sur le football africain selon vous ?
Je crains d’entrée le manque d’attractivité et la perte de la visibilité sur notre football. Cette réduction de la présence régulière de la CAN diminue son rôle fédérateur et l’exposition des championnats locaux. Il y a ensuite le ralentissement au niveau des acquisitions des infrastructures, car, moins d’éditions risquent de freiner les investissements dans la construction des stades, des routes et hôtels, qui étaient stimulés par la CAN tous les deux ans. Je termine par une autre conséquence et non des moindres, cette dépendance accrue de l’alignement sur l’Europe va plutôt avantager les intérêts étrangers au détriment du développement du football sur notre continent.

Que pensez-vous de la nouvelle Ligue des Nations qui sera instituée pour pallier un peu ce vide ?

La Ligue des Nations, encore calquée sur le modèle européen, va permettre des confrontations régulières de haut niveau. Ce qui pourrait améliorer le niveau global des équipes africaines et leur préparation pour la CAN ou la Coupe du monde. Il va aussi avoir un accroissement des revenus sur l’augmentation des prize-money (ndlr : argent des prix distribués) et autres opportunités commerciales pour les fédérations. Ce qui va dynamiser l’économie du football continental. Attention, cette Ligue des Nations pourrait ajouter des matchs supplémentaires aux calendriers déjà très denses des footballeurs avec son corollaires de blessures due à l’épuisement des talents africains en Europe malgré l’harmonisation FIFA. Je vais terminer en mettant en évidence le retard du lancement de cette Ligue des Nations qui débute en 2029 après la Coupe du monde des clubs. Cela va créer un trou entre 2026-2028, avec la possibilité de frustrer les nations en quête de compétition.

Entretien réalisé par
Yves OUEDRAOGO