A 33 ans, Steeve Yago a pris tout le monde de court en annonçant dès la défaite face à la Côté d’Ivoire qu’il mettait un terme à sa carrière internationale. Tous les superlatifs peuvent être envisagés pour qualifier un joueur qui aura marqué les Etalons de par son engagement et son exemplarité.
6 janvier 2026 au Grand stade de Marrakech, les Etalons sont sévèrement battus 3-0 par les Eléphants de la Côte d’Ivoire en 8e de finale de la 35e Coupe d’Afrique des nations. Après une telle débâcle pour un derby, il est clair que l’atmosphère des vestiaires burkinabè était loin d’être festifs. Au plus profond moment de doutes et désarrois collectifs un homme prend une décision d’une grande ampleur. Il s’agit de Steeve Yago. Il annonce à ses coéquipiers et au staff que sa carrière internationale venait de prendre fin. Surprise pour certains.
Pour d’autres, il n’y a rien de cela, car, l’international aux 91 sélections avait bien muri sa décision. Né le mercredi 16 décembre 1992 à Sarcelles en banlieue Nord de Paris, dans le département du Val-d’Oise d’un père burkinabè et d’une mère de nationalité rwandaise, Steeve n’a pas eu la chance de grandir aux côtés de son géniteur de père puisque arraché très tôt à son affection à sa 8e année. Le jeune Steeve opte ainsi de prendre le football comme allié. Il montre très tôt des aptitudes d’un joueur engagé, combatif doté d’une intelligence de jeu. Il est alors repéré par Toulouse football club qui le recrute. Il y passe toutes les petites catégories, idéales pour sa formation.

Cela jusqu’à la saison 2011-2012 où il dispute le championnat de CFA 2. Après un bon début de saison 2012-2013 avec le groupe professionnel, il prolonge son contrat de trois ans. Ainsi commence la vraie vie professionnelle de Steeve Yago. Au cours de la saison 2013, il effectue ses grands débuts avec l’équipe première de Toulouse dans la Ligue 1 française. Défenseur polyvalent, il engrange 140 matchs avec les Toulousains entre 2012-2019 avant d’être prêté à Le Havre AC. Juste pour une demi-saison où il dispute 13 rencontres. Après quoi, il fait ses adieux à son club formateur pour prendre la direction de Caen pour 2 saisons avec à son actif 43 sorties. Joueur de caractère et doté d’une bonne capacité résiliente, Steeve quitte carrément l’Hexagone pour l’île de Chypre en 2021. Depuis lors, il est fidèle au club de Limassol, Aris. Equipe avec laquelle il a été champion en 2023 et vice-champion en 2025.
Discrétion et calme
Après la CAN 2013 où les Etalons ont été finalistes malheureux, le Burkina va à la quête des binationaux pour renforcer l’équipe nationale. Steeve Yago est parmi les joueurs ciblés. Après une prise de contact suivi d’un déplacement d’une délégation burkinabè à Toulouse, il accepte de porter les couleurs du pays de son père. L’affaire ainsi bouclé, le jeune Steeve intègre les Etalons le 23 mars 2013 à l’occasion des éliminatoires du mondial 2014.

Rencontre largement remportée par le Burkina 4-0 face au Niger. L’aventure avec les Etalons va être belle et longue, car, il est de nos jours le 2e joueur burkinabè le plus capé avec 91 sélections juste derrière le capitaine emblématique des Etalons Charles Kaboré (100 sélections).
Steeve totalise 5 CAN disputées (2015, 2017, 2021, 2023, 2025) dont une 4e place en 2021 au Cameroun et une médaille de bronze en 2017 au Gabon. Discret, calme et jovial, ex-coéquipiers et ex-coachs des Etalons qui l’ont vu passer gardent un bon souvenir de lui. C’est le cas de Paulo Duarte (2007-2012 et 2016-2019). Il a avoué avoir suivi Steeve Yago depuis Toulouse avec les équipes de jeunes.
« Un joueur puissant avec une grande capacité physique et très fort, agressif et intelligent. Il perd rarement son vis-à-vis. C’était un combattant » se rappelle
le technicien portugais. L’actuel sélectionneur du Syli national de Guinée reconnait que Steeve lui avait permis de construire une équipe solide.
Le facteur X des Etalons
Le coach Kamou Malo (avec les Etalons) 4e à la CAN 2021 avec Steeve Yago dans son effectif, le qualifie de joueur de devoir, qui, avec abnégation, a souvent été le facteur X des Etalons. « Il est capable de colmater les brèches là où il y avait un manque à gagner. Il a toujours répondu avec beaucoup de joie et d’enthousiasme. Il avait cette grinta assez contagieuse » le vante-il. Selon l’ex-entraineur de l’AS Douanes du Burkina, l’on peut tout reprocher au sociétaire de Aris Limassol sauf son engagement, sa loyauté vis-à-vis de son pays. « C’est un garçon exemplaire. Toujours prêt à conseiller les plus jeunes que lui. Ce n’est pas pour rien qu’il a eu une longévité au sein du vestiaire des Etalons. Il était prêt et ouvert pour tout le monde », témoigne-t-il. Hors pelouse, Kamou Malo trouve en Steeve Yago un garçon bien éduqué, respectueux et très loyal qui a vécu socialement « très
bien » avec le groupe Etalons.
Pour l’ex-Etalon Adama Guira, Steeve Yago est un exemple du don de soi.
« C’est un homme exceptionnel, qui a su très rapidement s’adapter à un environnement qui n’était pas forcément le sien, compte tenu de son parcours et de ses origines », constate celui qui a été son premier binôme de chambre en sélection et qui, depuis lors sont restés très proches. Il apprécie son état d’esprit irréprochable, son moral au plus haut, et qui a su accepter toutes les situations sans jamais se plaindre. L’ancien capitaine Charles Kaboré abonde dans le même sens. « C’est un vrai soldat qui s’est battu en répondant présent à tous les matchs. Malgré toutes les difficultés rencontrées souvent, il ne s’est jamais plaint », confie-t-il.
Une adaptation surprenante
Honnête, sincère en amitié, serviable et joyeux, selon Alain Traoré, il confesse avoir été marqué quand il a rejoint les Etalons. « Il s’est rapidement adapté surtout à l’environnement et à tout. L’on se disait qu’il était plus Burkinabè que nous car, il ne s’est jamais plaint de quoi que ce soit. Il a été un coéquipier modèle », renchérit le frère aîné de Bertrand Traoré. Alain Traoré n’est pas près d’oublier cette anecdote sur le nouveau retraité international. En effet, lors d’un déplacement au Botswana, beaucoup de joueurs Etalons se plaignaient de la pelouse qui était dur et difficile pour une bonne partie de football.

« A notre grande surprise, Steeve apparait brusquement avec une paire aux crampons vicés. Je lui demande pourquoi cela ? Il me répond : « Tu sais que je ne suis pas technique comme toi, il me faut être sur mes appuis. Ce qui a fait marrer tout le groupe », raconte Alain. Tous regrettent l’arrêt à l’international du natif de Sarcelles. « C’est dommage que chaque chose ait une fin. J’aurai préféré qu’il soit toujours là, mais, c’est un être humain et à un certain moment, les muscles ne répondent plus comme vous voulez », relativise Kamou Malo. Adama Guira, lui, pressent que sa bonne humeur, sa combativité et son exemplarité vont énormément manquer à la sélection.
L’ambassadeur pour le sport Charles Kaboré, demande à tous les binationaux de prendre en exemple Steeve, « un patriote qui a aimé son pays ». Des hommages bien mérités pour un joueur qui a et qui va toujours marquer l’histoire de la sélection nationale du Burkina. Steeve Yago a vécu une carrière internationale utile et le Burkina football le lui revaudra.
Yves OUEDRAOGO







