Après la débâcle en 8e de finale de la Coupe d’Afrique des nations face à la Côte d’Ivoire, Steeve Yago, avec émotion dans le vestiaire, a annoncé à ses coéquipiers qu’il mettait fin à son aventure avec les Etalons. Une nouvelle qui a surpris plus d’un, surtout qu’elle intervient à l’issue d’une fausse note. L’homme aux 91 caps avec le Burkina peint dans cette exclusivité son passage chez les Etalons qui a duré 13 ans.
Comment les contacts se sont noués pour que tu acceptes de porter les couleurs du Burkina ?
Le contact s’est fait naturellement dans un premier temps parce que j’étais dans une bonne exposition avec l’équipe de Toulouse quand je commençais à jouer en Ligue 1. Mais aussi par deux ou trois internautes sur les réseaux sociaux qui ont fait un peu ma propagande au niveau de la Fédération burkinabè de football à l’époque, et surtout au niveau du peuple. C’est après tout cela que j’ai reçu les premiers dirigeants qui ont fait le déplacement de Toulouse pour discuter avec moi. Ils ont voulu connaitre mon état d’esprit par rapport à la sélection du Burkina.

Avais-tu la possibilité pour un autre pays ?
Je suis né en France. Peut-être que si mes compétences m’auraient permis, j’aurais pu jouer pour l’équipe de France. Il y a ma mère qui vient du Rwanda et je pouvais aussi défendre les couleurs de ce pays. Mais, comme j’aime à le dire souvent, mon choix a été fait depuis bien longtemps, de rejoindre la sélection du Burkina.
Comment as-tu appris ta première sélection ?
J’ai appris ma première sélection via les réseaux sociaux, comme tout le monde, lors de l’officialisation de la liste du coach. Malgré le fait que je savais avant que c’était quasiment sûr que je sois dans la liste, j’ai laissé les choses se faire naturellement. Je n’ai pas insisté et je l’ai apprise comme tout le monde.
Comment as-tu été accueilli pour ta première avec les Etalons ?
J’ai toujours été bien accueilli en sélection. La chance d’avoir des footballeurs burkinabè comme Charles Kaboré, Alain Traoré, Jonathan Pitroipa qui évoluaient en Ligue 1 française a facilité mon adaptation, car, ils savent d’où je viens. J’étais ouvert à apprendre au maximum de la sélection. Ça s’est superbement bien passé.
Qu’est ce qui t’a marqué lors de ton premier cap ?
(Rires) Peut-être que cela va vous étonner mais j’avoue que la nourriture de Joli hôtel, le lieu de notre mise au vert m’a marqué. Durant la semaine de compétition, souvent plus, on mangeait aussi bien. Je pense que ça m’a marqué.
En termes de bilan succinct, que peut-on retenir de ton passage chez les Etalons ?
Le bilan que l’on peut retenir est la longévité. Maintenir le cap en jouant chaque année sans interruption avec la sélection avec très peu de blessures est quelque chose de formidable. Etre toujours présent pour défendre son pays durant 13 ans avec la chance de jouer des Coupes d’Afrique des nations et d’être demi-finaliste deux fois n’est pas donné à tout le monde.
Quel est le match qui t’a marqué positivement ?
Il y en a tellement qui m’ont marqué. Mais, si je dois choisir un, je pense à celui contre la Tunisie à la CAN 2017 où nous avons gagné 2-1 garce à des buts d’Aristide Bancé et Préjuce Nakoulma. Au niveau des émotions, elles se sont ressenties chez tout le monde. Ce fut vraiment une grande joie après le match de pouvoir aborder les demi-finales. En termes d’émotions, ce match était vraiment très fort.
Et la déception ?
La plus grosse déception a été le match après contre l’Egypte en demi-finale. Nous étions à deux doigts d’aller en finale. Nous avions un groupe solide à l’époque.
Nous avions mis tous les moyens pour que l’atmosphère soit le meilleur possible. Et être éliminé aux portes de la finale m’a fait mal. Même si je reconnais que cela m’a le plus permis de réfléchir pour la suite et d’apprendre.
Si c’était à recommencer, qu’allais-tu faire et qu’est-ce que tu n’allais plus refaire ?
Honnêtement, je ne suis pas quelqu’un qui aime vivre avec des regrets. Je pense qu’il n’y a rien à changer, c’est la vie. Je pense que les victoires et les échecs de certains donneront la chance à d’autres de faire plus.
Ainsi va la vie, c’est le destin. Je ne changerais en rien sur ce qui s’est passé avec le Burkina Faso. Je suis très content et très fier.
Y-a-t-il eu des faits ou des choses durant tes 13 ans passés avec les Etalons qui t’ont frustré ?
Forcément, il y a eu des choses qui m’ont frustré. Il y en a eu de pas bonnes au niveau de la logistique, que ce soit les terrains, les voyages et même au niveau de l’organisation. Mais, c’est aussi cela le football. C’était une belle aventure et il faut apprendre de ses erreurs. Et c’est ce que le Burkina a essayé de faire depuis ces nombreuses années.
De nos jours, l’on peut dire que le Burkina est en train de devenir une grande nation de football. Certaines générations ont payé le prix le plus cher pour qu’aujourd’hui nous soyons là. Il faut savoir être reconnaissant de ce qu’on a et pouvoir améliorer chaque jour. Je profite de votre clin d’œil pour remercier les fans burkinabè. C’est grâce à eux que j’ai pu tenir toutes ces années.
L’on m’a attribué ce surnom de « Couteau suisse » (rires) qui m’a fait marrer et que j’aime bien. Je pense avoir aidé la sélection. Je demande aux fans de rester comme ils sont. N’essayez pas de vous attribuer un style. Vous avez été nombreux et magnifiques pendant mes nombreuses années avec les Etalons. J’espère que vous serez bien meilleurs pour la génération à venir.
Interview réalisée par
Yves OUEDRAOGO







