Mauritania head coach Amir Abdou during the 2023 Africa Cup of Nations match between Mauritania and Angola held at Peace Stadium in Bouake, Cote dIvoire on 20 January 2024 ©Djaffar Ladjal/BackpagePix

La Fédération burkinabè de football a tranché. Les rênes des Etalons sont désormais confiées à Amir Abdou. Le moins que l’on puisse dire est que ce choix suscite à la fois espoir et exigence. Espoir, parce que le technicien franco-comorien arrive auréolé de deux expériences marquantes sur le continent. Exigence, parce que le Burkina Faso n’est ni les Comores ni la Mauritanie : ici, l’ambition ne se limite pas à exister, elle consiste à viser haut. Et le vœu de tous les Burkinabè depuis quelques années est de remporter enfin une CAN. S’il a été désigné, ce n’est pas un hasard.

A la tête des Comores, Amir Abdou a écrit l’une des plus belles pages du football africain récent. Lors de la CAN 2021 au Cameroun, il a conduit les Cœlacanthes en 8e de finale pour leur toute première participation, en éteignant au passage les Black Star du Ghana. Un exploit qui a révélé un technicien méthodique, capable de bâtir un collectif discipliné, solidaire et tactiquement cohérent. Le chapitre mauritanien a confirmé cette réputation. Avec les Mourabitounes, il a su structurer une sélection en quête de repères et lui offrir une compétitivité sur la scène continentale. Partout où il est passé, Amir Abdou a laissé l’image d’un bâtisseur, d’un homme capable de tirer le maximum d’un groupe limité en moyens mais riche en volonté.

Cependant, le Burkina Faso évolue dans une autre dimension. Les Etalons ne partent pas de zéro. Ils portent une histoire, une fierté et un statut forgés au fil des campagnes continentales, notamment depuis l’épopée de 2013 jusqu’à la constance affichée entre 2017 et 2022. Le public burkinabè ne réclame plus des exploits isolés. Il exige de la régularité, du panache et des résultats. Or, les deux dernières participations à la CAN ont laissé un goût d’inachevé. Deux éliminations en 8e de finale, deux sorties prématurées qui ont installé un doute. Le talent individuel est là, indéniable.

Mais la magie collective s’est effritée. Ce supplément d’âme qui faisait la force des Etalons, cette solidarité à toute épreuve, leur capacité à souffrir ensemble et à frapper au moment juste, semble s’être dilué. Ainsi, le premier défi d’Amir Abdou sera donc psychologique : redonner confiance à un groupe qui a les moyens de ses ambitions mais qui manque de constance. Il devra recréer une identité claire, un style reconnaissable, une colonne vertébrale autour de laquelle s’articuleront les talents. Et c’est là que surgit le chantier le plus urgent : le milieu de terrain.

Depuis plusieurs compétitions et les départs à retraite successif de Charles Kaboré et d’Adama Guire, l’entrejeu burkinabè apparaît comme le maillon faible. Manque de créativité, difficulté à imposer le tempo, transitions parfois mal maîtrisées, le cœur du jeu peine à ravitailler l’attaque et à protéger la défense. Le technicien comorien, réputé pour son organisation tactique, devra trouver l’équilibre subtil entre récupération, projection et maîtrise technique. Enfin, il lui faudra restaurer l’esprit collectif qui a fait la force des Etalons entre 2013 et 2022. Cette génération-là avait compris que le talent individuel ne suffit pas sans discipline et solidarité. Le Burkina brillait parce qu’il jouait en bloc, avançait en bloc et souffrait en bloc.

Retrouver cette alchimie sera la clé. La nomination d’Amir Abdou n’est donc pas seulement un changement d’homme, c’est un tournant stratégique. La FBF a misé sur un bâtisseur, un sélectionneur habitué à transformer les défis en opportunités. Mais au pays des Hommes intègres, la marge d’erreur est mince. Le public est très exigeant et attend des résultats. A Amir Abdou désormais d’écrire sa propre page avec les Etalons. Entre héritage à honorer et chantier à reconstruire, le défi est immense. Mais c’est précisément dans l’ampleur des défis que naissent les grandes aventures.

Sié Simplice HIEN

 

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